Billets tagués ‘néo-libéralisme’

2007/11/02 14:45

Présence du Français: Agir d’une position de force

Ce billet est inspiré et fait suite à la discussion qui a lieu sur le blogue de Renart L’éveillé, dans un billet où il nous explique pourquoi il ne peut pas signer la lettre ouverte « Québécois dits “de souche” contre l’intolérance »

La polémique tourne autour du point trois de la lettre qui s’oppose à l’idée d’un test de Français pour l’obtention d’une citoyenneté québécoise.

Je tiens à dire que je supporte cette idée et que mes problèmes avec le projet de loi 196 se situent ailleurs. J’ai expliqué ma position ici et dans les commentaires du billet de Renart.

Je ne cherche plus à convaincre Renart de signer la lettre. (Je relis le point trois et je suis assez inconfortable avec le fait que j’y ai associé mon nom. Mais je l’ai fait pour l’ensemble du propos)

Sauf que la discussion m’a poussé à vouloir clarifier mes positions sur la question de la langue. Surtout après ces deux commentaires de Renart:

Dans le fond, tout ce que je dis, c’est qu’il ne faut pas baisser les bras et j’ai l’impression que vous essayez de m’en convaincre…

Et:

encore, à vous lire, ça me donne une autre bonne raison d’être borné, juste pour faire contrepoids. Si la majorité des francophones se disent qu’il n’y a pas de problème, quand il y en aura un sérieux, il sera trop tard… J’ai même l’impression qu’il est déjà trop tard : pour la majorité, vouloir protéger le français est considéré comme raciste, xénophobe et intolérant. C’est comme ça que je me sens jugé de votre part.

Je livre ma réponse dans ce billet qui est écrit sous forme de lettre à Renart, mais qui se veut aussi une lettre ouverte à tous ceux qui ont la “défense” du Français à coeur.

———————————————

Renart,

Je suis loin de vouloir te convaincre de baisser les bras. Bien au contraire.

Contrairement à toi et à Eric, le concept de citoyenneté québécoise en est un auquel je réfléchis déjà depuis un bout de temps et qui me tenait à coeur bien avant qu’il soit question de ce projet de loi particulier. Ce concept fait partie de mes nombreuses idées de progression hyper-gradualiste pour l’épanouissement de notre nation vers une souveraineté de facto dont la reconnaissance formelle ne deviendra alors qu’une formalité. Ma démarche en critiquant certaines dispositions de la loi dans sa forme actuelle et en dénonçant le mauvais timing de sa présentation en est une qui vise à sauver ce concept de la surenchère politique actuelle qui risque de le stigmatiser pour de bon. C’est parce que je veux son succès que je souhaite qu’il soit retiré et repensé.

De plus, je tiens à dire que le rayonnement du Français en Amérique est la cause qui me tient le plus à coeur. C’est la motivation numéro un derrière mon blogue. Le conflit linguistique est le combat de toute une vie pour moi.

Je te dirais même qu’ayant grandi (depuis l’âge de 9 ans) dans Côte-Des-Neiges et N.D.G. (aux frontières du West Island) j’ai passé presque toute ma vie à vivre et à évoluer sur les lignes de front de ce conflit.

J’irais encore plus loin en te disant que mes racines franco-ontariennes font de la lutte pour le français quelque chose qui est inscrit dans mon sang. (Les Québécois se “sentent” minoritaires et menacés dans leur identité, mais vous ne savez pas vraiment ce que c’est que d’être vraiment minoritaires et de ressentir une volonté explicite et agressive d’assimilation de la part d’une culture dominante qui détient absolument TOUS les leviers du pouvoir)

Ma conscience de la dimension générationelle du conflit commence dès ma tendre enfance, alors que mon arrière grand-mère nous racontait comment, en 1918, elle et ses comparses ont renvoyé, poêle de fonte et rouleau-à-pâte à la main, l’inspecteur du gouvernement ontarien qui voulait s’assurer que l’enseignement ne soit pas dispensé “illégalement” en Français dans l’école de la paroisse.

À mon école secondaire (Saint-Luc) à quelques blocs de Montréal-West, là où commence le West-Island, où seulement 15% de la population étudiante était née au Canada (ce qui, dans ce coin de l’île, n’en fait pas tous des “de souche”) la question de l’avenir du Français en était une de tous les jours… de chaque instant.

Mon bilinguisme profond (je pense et rêve dans les deux langues) fait aussi de la lutte pour la prédominance du Français, un conflit qui se joue tous les jours au plus profond de mon âme.

Alors crois moi lorsque je te dis que j’ai le feu sacré lorsqu’il s’agit de me battre pour l’épanouissement du Français.

Et que je tiens autant (sinon plus) que toi à faire en sorte d’augmenter le poids du Français à Montréal comme partout ailleurs en Amérique où c’est possible. (Et il y a beaucoup à faire de ce côté.)

Mais, en effet, j’ai la prétention de croire que tout ce que j’ai énuméré plus tôt, mes origines, mon parcours, mes circonstances particulières… (combiné à un sens aiguisé de l’Histoire motivé d’abord par la question qui nous préoccupe)…me donnent une perspective et une profondeur d’analyse quand aux moyens qui sont propices à produire les meilleurs résultats ainsi qu’aux pièges à éviter dans cette entreprise.

Je ne prétends pas du tout posséder toutes les bonnes réponses, mais je suis convaincu d’avoir mis le doigt sur la bonne façon de se poser la question… que je formulerais comme suit: « Quels sont les moyens d’imposer le Français de façon à ce que ceux qui se le font imposer n’ai pas du tout l’impression de se le faire imposer et si possible qu’ils aient même l’impression de l’avoir demandé eux mêmes? » … Hmmm… je n’y avais jamais pensé comme ça avant, mais une autre façon de le dire serait que les meilleurs moyens à utiliser pour augmenter la présence du Français dans le “marché” linguistique sont ceux du néo-libéralisme tel que conçu par la gauche!

Bon. Je crois que je viens peut-être de me tirer dans le pied avec une partie de mon auditoire… Revenez! Je ne fais que de l’esprit.

Je reviens à mon propos.

Tu comprendras que mon approche consiste à trouver les moyens de maximiser les résultats tout en minimisant le plus possible (et c’est très important) le ressentiment de toute part. Car c’est là justement que se trouve le principal piège à éviter.

Aussi légitime que soit notre cause… Aussi sincère que soit notre approche… aussitôt que nous voyons poindre du ressentiment, du braquage de positions, etc… de l’autre côté, il faut à tout prix éviter de se laisser aller à notre propre ressentiment, tout justifié soit-il. Sinon on se retrouvent dans la situation que j’ai décrite plus tôt dans un autre commentaire où tout le monde a raison, plus personne ne bouge, la gangrène s’installe et plutôt que de s’approcher de notre objectif nous nous en éloignons, car il faudra nettoyer la gangrène avant de pouvoir à nouveau progresser.

Ah, mais pourquoi diable est-ce tout le temps nous et pas les autres qui devont rester sensible? et flexible? et gentil? et compréhensif? etc… etc…

Plusieurs raisons. D’abord, parce qu’en situation de braquage mutuel, la flexibilité nous donne l’avantage de pouvoir toujours redéfinir le terrain à notre avantage.

Mais surtout, parce que nous sommes les plus forts.

Le braquage de position est une stratégie utile (parfois nécessaire) seulement lorsqu’on est en position de faiblesse. Elle est très dangereuse et le plus souvent contre-productive lorsqu’utilisée d’une position de force, c’est-à-dire là où nous sommes en mesure d’imposer nos volontés à l’autre. Dès que nous nous trouvons dans cette situation, il faut être extrêmement habile et prudent. Celui qui, d’une position de force se braque et impose à l’autre partie ses volontés, se donne une victoire immédiate, mais illusoire et empoisonnée. Car il aura créé du ressentiment chez l’autre qui, s’il n’y est pas extrêmement sensible, reviendra lui exploser dans la figure et détruire les gains acquis. Le degré de noblesse et de justification légitime derrière l’initiative de la partie forte ne changera en rien le montant de ressentiment créé par son imposition. Pire, plus le sentiment de légitimité est fort, plus il court le risque de nous aveugler au ressentiment qu’il génère. (voir États-Unis d’Amérique)

Mais je sens déjà ta frustration… Nous ne sommes justement pas dans une position de force! Nous baignons dans une mer anglo-saxonne, collé à la capitale mondiale de l’hégémon marchand, globalisant et anglicisant qui domine notre ère, nous n’avons pas le choix que de nous braquer à un moment donné ou l’autre, te dis-tu.

En effet, c’est complexe. Il faut comprendre que notre situation particulière fait que nous avons les deux rôles et que la légitimité de notre cause (et surtout de notre ressentiment) fait qu’on tend à se mélanger de tactique selon la cible.

Du point de vue du citoyen non francophone, nous sommes les plus forts car nous avons entre nos mains l’instrument législatif. Il nous incombe alors, surtout lorsqu’on est sur le terrain sensible des questions identitaires, dont la langue fait partie, d’être ferme et catégorique dans l’élaboration de nos objectifs, mais infiniment sensible, flexible et surtout, agile dans les moyens qu’on utilise pour y arriver.

Alors, j’espère que tu comprends que ma critique n’est pas envers ton élan à vouloir défendre le Français. Bien que je préfère parler de promotion, de rayonnement et d’épanouissement que de “défense”, je suis avec toi à 100% là-dessus. Ma critique est seulement envers certaines tactiques que tu prônes pour y arriver et le fait que tu sembles laisser la légitimité de ton ressentiment guider ta stratégie et t’aveugler aux obstacles que ça produit sur le terrain. Tu tombes dans le piège du fort qui se braque.

Mon acharnement vient du fait que de mon point de vue, se braquer sur nos positions lorsque nous créons trop de ressentiment chez ceux sur qui nous avons la main haute, nous fait reculer au lieu d’avancer et rend les avancées futures encore plus difficile. Je m’acharne parce que je le perçois comme faisant du tord à la cause qui m’est la plus chère: La consolidation et l’épanouissement du fait Français en Amérique du Nord.

Qu’est-ce que je propose, alors, tu demandes?

Il n’y a pas de remède miracle, il faut multiplier les initiatives, mesurer sobrement les résultats, rester vigilants, encourager ce qui fonctionne, modifier ce qui produit du ressentiment de façon à le contourner ou mieux encore, à le détourner à notre avantage… insister sur ce qui rassemble, aplanir ce qui divise, toujours être prêt à modifier notre approche selon les circonstances et surtout, surtout ne jamais se braquer et dire que nous sommes intraitables (même lorsque nous le sommes) Il faut, en somme, agir comme une culture dominante consciente du pouvoir qu’elle détient et sensible au ressentiment inévitable qu’elle génère par le simple fait de sa dominance.

J’ai toujours cru que la culture francophone d’Amérique, grâce à ce double statut réel d’être à la fois culture dominante à un niveau de réalité et dominé à un autre, était l’une des mieux placées au monde pour vraiment bien comprendre ce jeu des cultures et qu’elle pourrait ainsi ainsi se tailler une place de choix dans l’étrange échiquier culturel que nous annonce le processus aplanissant de mondialisation économique et de démocratisation de l’information en cours aujourd’hui.

Mais pour cela, il faut qu’elle apprenne à apprivoiser son pouvoir réel et à l’utiliser habilement. Il faut qu’on arrête de penser et d’agir en dominé quand on joue sur le plan dominant.

J’irais même plus loin, ce n’est qu’en adoptant les stratégies d’une culture qui est en position de force (même lorsque nous ne le sommes pas vraiment) que nous réussirons à nous affranchir de ce qui reste de notre position de faiblesse réelle. Et être en position de force signifie ne pas se laisser aller à la peur (même lorsqu’il y a bonne raison) et comprendre que le dernier mot nous appartiens et que nous pouvons donc nous permettre d’être magnanimes pour arriver à nos fins.

Agir en dominant ne veut pas dire, par-contre, de répéter les erreurs des autres cultures dominantes. Je lève les yeux au ciel à chaque fois que j’entend un nationaliste dire quelque chose du genre: « Pourqoi on prendrait pas exemple sur le Canada Anglais? Eux se sont pas gênés pour nous imposer tel ou tel truc. Pourquoi nous on pourrait pas faire la même chose à l’intérieur de notre espace à nous? » Hé! Ho! Le nationaliste… toi, aujourd’hui, est-ce que tu ressens une loyauté quelconque envers le Canada Anglais? Non? C’est donc que ça pas vraiment marché leur affaire… Pis tu veux qu’on fasse la même chose? Trouvez l’erreur.

C’est vrai qu’au fond nous ne partageons pas exactement la même analyse des dangers et des solutions. Pour ma part, après avoir passé une vie à naviguer le cas de Montréal, je trouve que la situation ici est plus ou moins “sous contrôle.” Il faut rester vigilant et il y a beaucoup à faire pour accélérer la cadence… mais je crois sincèrement que nous sommes sur la bonne voie. Je suis beaucoup plus préoccupé par le sort du Français à l’extérieur de nos frontières et j’aimerais beaucoup convaincre mes concitoyens québécois qu’il nous appartient à nous de nous en occuper. Plus le Français rayonne ailleurs en Amérique, plus il sera en sécurité ici.

En terminant, j’espère que tu auras compris que je ne suis pas de ceux qui prétendent simplement que tout va bien et qu’on a qu’à laisser les choses aller d’elle-même. Que mon but n’est pas de te faire baisser les bras, mais seulement de te faire changer de perspective dans ton analyse et de stratégie pour atteindre les buts que nous partageons.

Quand au fait qu’on te fait sentir comme un xénophobe raciste à chaque fois que tu parles de défendre ta culture…

Welcome to the wonderful world of dominant cultures, my friend. Get used to it, we just can’t win on that one. It’s best to just be gracious about it. After all, we are on top.


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2007/10/11 16:02

Le dûr chemin de la marginalité.

Ce billet est une réponse à un billet de mon ami Renart Léveillé qui fait écho à certaines choses que j’ai dites ici et m’a beaucoup donné à réfléchir. [Merci Renart.]

Je crois pouvoir dégager deux axes de réflexion bien distincts qui m’interpellent dans son billet le premier étant lorsqu’il demande: « quelle est la différence entre un homme-sandwich qui publicise un produit de consommation et quelqu’un qui affiche sa religion par un vêtement symbolique? » Mais je sens qu’au fond, nous ne sommes pas si loin l’un de l’autre là-dessus et qu’il a bien compris l’idée (outre la question ci-dessus) que j’essayais d’exprimer lorsqu’il dit: « Je me demande bien quel serait le résultat d’un sondage sur la question des hommes aux cheveux longs… » [En effet, mon ami, il n'y a pas si longtemps, j'aurai ri à l'idée... mais vraiment, aujourd'hui... si la question avait été posé au même échantillon, lors du même sondage, dans le contexte actuel?... Je ne sais plus... et je crains que nous serions surpris] Mais bien que la question en soi, celle de comparer le signe religieux arboré sur sa personne à l’homme-sandwich qui publicise un produit de consommation m’interpelle, je la mettrai de coté pour m’adresser à ce que je crois être le vif du sujet.

Renart prends à parti un passage particulier de mon billet où je trace un paralèlle équivalent entre « l’Hassidique » et « le Marginal. » et, en effet, moi d’ajouter plutôt gratuitement pour ce second archétype: « gauchistes … qui rejettent le système marchand qui … leur permet d’exister. » et que j’associe tour à tour à la simplicité volontaire, au freeganisme, etc…

Il me reproche alors de:

…mélanger les choses. Je crois surtout qu’il faut éviter de diaboliser la gauche en la vidant de tout son sens pratique. Donc, je ne crois pas que la simplicité volontaire est un chemin direct vers l’assistance sociale et pire, l’itinérance. Aussi, je ne crois pas que le rejet du système marchand s’accompagne obligatoirement d’une volonté de scission avec la société pour ceux qui la rejettent. Et je ne peux pas m’empêcher de dire que ce propos me fait joyeusement penser à ceux qui pensent que de prendre une bouffée de marijuana mène automatiquement au crack…

[Ha ha! Bien dit! ...Euh, mais c'est de moi qu'il parle, là. Ouch! Non, je ne veux pas être associé à ceux-là. :))]

Maître Renart, a du visou. Et il vise juste.

Et il a un peu raison de dire que je mélange les choses. Mais juste un peu.

Avant de continuer, je tiens à dire que je regrette entièrement l’inclusion du concept de simplicité volontaire dans ma caricature du cas type de marginalité idéaliste que je met, en effet, sur un pied d’égalité avec celle du Juif ultra-orthodoxe. Et surtout de l’association qui en résulte avec l’image du marginal qui me demande mon aide lorsque ses idéaux ne suffisent plus à la tâche.

La simplicité volontaire est une approche que je trouve tout-à-fait raisonnable, saine et désirable face à un monde où la logique marchande prends de plus en plus, dans nos vies, une place qui devrait être réservée à la spiritualité et à la métaphysique (et à l’art libre aussi) et je n’aurais pas dû la mettre sur le même pied que les autres idéologies et pratiques plus extrêmes que je citais. Je cherchais un concept plus francophone pour compenser le fait que je ne trouvais pas de termes Français pour le freeganism et le dumpster diving.

Mon billet était quand-même écrit sous l’effet de la colère et de l’amertume et j’avoue que j’y suis allé à (très) gros traits dans mes descriptions et analogies. Et un peu maladroitement peut-être… car mon intention n’était pas du tout d’intimer « que la simplicité volontaire [ou même les autres pratiques que j'ai citées sont] un chemin direct vers l’assistance sociale et pire, l’itinérance. » (Je vois bien, en me relisant, que c’est plutôt ce que j’ai fait. Mais là n’était pas mon intention) Au contraire, je crois absolument qu’il est (et qu’il doit être) possible de vivre pleinement selon ces approches, idéologies et modes de vie si on le choisit.

Je dis seulement que c’est difficile. Et que la société ambiante n’a pas à s’en accommoder tant et aussi longtemps que le principe ne commence à faire consensus au sein d’une pluralité suffisante.

Je connais des gens qui font des choix semblables …et réussissent. Ils ont mon respect et surtout mon admiration, d’abord parce que je me sais moi-même incapable de vivre de tels choix, au quotidien, avec une telle rigueur et une telle discipline, mais surtout parce que leur démarche n’implique pas d’exiger ou de revendiquer que « la Société » at large adopte leurs pratiques (mêmes s’ils le souhaitent) ou même qu’elle s’en accommode. Eux, sont tellement convaincus d’avoir pris le bon chemin, qu’ils le vivent simplement, quotidiennement, difficilement, en subsistant tant bien que mal presqu’exclusivement de leur petite économie communautaire parallèle… se disant que de toute façon, bientôt, tout le monde vivra comme eux. Ce qui ne les empêche pas de vanter leur mode de vie à quiconque veut l’entendre… faisant petit à petit de nouveaux adeptes. Et provoquant chez moi, (et ceux comme moi) même si je trouve qu’ils y vont quand-même un peu fort, de sérieuses remises en questions de mes propres pratiques dans mon propre quotidien d’homme qui a fait le choix de jouer le jeu de l’insidieuse société de consommation.

Le cas du Juif orthodoxe est pour moi, identique au précédant de la façon suivante: Bien que ce qu’il tient à vivre au quotidien ne m’emballe pas du tout. Lui aussi, ainsi que son épouse, j’insiste, [certaines diront qu'en tant qu'homme je n'a pas le droit d'insister là-dessus, ont-elles raison?] sont convaincus d’être dans le droit chemin. Eux aussi font des choix difficiles pour pouvoir vivre simplement, quotidiennement, une quête spirituelle centenaire qui est centrale à leur identité. [Je sais que ce n'est pas évident pour nous de le concevoir ainsi, je partage cette difficulté, mais c'est bien de quoi il s'agit.] Et eux non-plus n’exige pas de la société at large qu’elle adopte leurs pratiques. Même si eux aussi souhaiterait qu’on se calme un peu avec notre poursuite effrenné cette société de consommation qui nous mène à notre perte (morale et spirituelle de leur point de vue.) Et je me dois de respecter cela puisque, même si je trouve qu’ils y vont un peu fort, je revendique moi-même le droit de poursuivre ma propre quête spirituelle, dans mon quotidien sans que qui que se soit s’en mêle si je n’en ai pas envie.

Un et l’autre ont choisis, parce qu’ils rejettent des pans entiers de l’ensemble des « valeurs et institutions qui inspirent l’adhésion du plus grand nombre, » de vivre en marge de la société. L’un inspire mon respect car j’admire les valeurs au nom duquel il agit, l’autre obtient ma tolérance, vu les sérieux problèmes que j’ai avec la misogynie et l’insularité de sa spiritualité. Mais que j’aime ou j’aime pas, je me dois de défendre sauvagement l’espace de sécurité et de liberté qui leur permet de vivre ainsi car je le revendique pour moi-même. Je revendique le droit de vivre pleinement, selon mes convictions à moi, même si elles ne cadrent pas entièrement avec celles de la majorité. (Dans l’harmonie et le respect d’autrui, évidemment) Il me semble que là-dessus, mes amis « gauchistes » et moi pouvons nous entendre, non? Ne revendiquent-ils tous pas à leur façon en tant qu’individus, tout comme moi, le droit de ne pas marcher dans le même sens que la masse?

Mais l’autre chose que j’essayais d’exprimer dans ce paragraphe c’est ce qui ce passe lorsque les groupes et les individus qui font le choix de la marginalité commencent à exiger que la société s’accommodent de leurs modes de vie plutôt que le contraire. Ainsi que la nature du sentiment individuel (que je ressens comme tout le monde) qui sous-tend ce « refus global » de les accommoder. Je voulais démontrer que moi aussi, je comprends que « le sens des accommodements est un gouffre sans fond. » Mais ma cible, avec mon exemple caricatural du « militant de gauche freeganistique » ne visait pas tant le militant politique réfléchie d’une gauche responsable que je crois indispensable à l’évolution d’une société équilibrée que ceux, et il y en a plusieurs, tout militant de gauche le moindrement peu honnête vous le dira (en privé du moins, après quelques verres dans l’nez) qui scandent tous les slogans par besoin de sentiment d’appartenance sans vraiment avoir réfléchi aux implications réelles de ce qu’ils prônent et encore moins, à l’instar du premier groupe que j’ai mentionné, d’en vivre les conséquences.

Je ne me fais toutefois pas d’illusions, la droite militante possède son lot de ces individus. Je ne suis pas de ceux qui croient que c’est un phénomène uniquement de gauche. J’ai choisi, ici, l’exemple de la gauche parce que, n’en déplaise à Renart, la vaste majorité des individus de notre société sont (encore) incapables de se départir (en partie avec bonne raison) de la croyance que l’abandon de notre système de croissance actuel serait un désastre terrible et planétaire qui mènerait à la plus grande misère pour le plus grand nombre. Et pour eux, comme pour une partie de moi, ce que certains militants de gauche prônent nous semblent aussi farfelu que l’idée que Dieu a ordonné aux hommes de ne pas se raser et aux femmes de marcher derrière.

Dernière note avant de complètement passer pour un droitiste enragé:

C’est vrai que je suis de ceux qui croient (pour moi il s’agit d’une réalité) que la sécurité, la liberté, l’extraordinaire privilège (par rapport à mes ancêtres) que j’ai à m’exprimer ainsi (et d’être lu) dépendent tous intimement du « succès » de notre système de croissance actuel. Et que son abandon imprudent serait désastreux.

Mais je suis loin d’être insensible à l’autre coté de l’argument évoqué dans la note pessimiste sur laquelle Renart termine son billet: « je ne crois pas que notre bonne Terre va s’accommoder très longtemps de nous… » Je reconnais entièrement que ce que je nomme le « succès » de ce système est aussi en train de nous mener droit vers un terrible désastre planétaire. Voyant de terribles désastres de chaque coté qui doivent être navigués avec finesse et sobriété si nous espérons nous en sortir, je n’ai aucune patience avec ceux de ma mouvance qui nient le désastre écologique à venir et que sa cause est justement le système (et son rythme) que nous prônons tous. Mais j’ai aussi beaucoup de difficulté avec ceux qui, au nom de l’urgence du désastre écologique qu’ils voient clairement poindre, refusent de comprendre qu’une transition hors de notre système de croissance se fait vraiment à grand risque et péril et ne peut être implanté que très, très, très, et j’insiste, très prudemment, sans quoi nous risquons aussi un grand désastre à l’échelle planétaire qui en plus de plonger l’humanité dans la misère, risque de nous enlever les moyens d’agir pour contrer le premier désastre dont la mécanique infernale est déjà enclenchée! Ceux là de chaque coté, pour moi, n’ont pas de solution réelle à apporter.

Mais à ceux qui comme moi, reconnaissent le double tranchant de l’épée de Damoclès qui frôle nos cheveux, à ceux là, quelle que soit leur mouvance d’origine, je dis: Mes amis, mettons nous au travail, l’heure est grave et il faut nous pencher sur les solutions.


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