Billets tagués ‘nationalisme’

2008/08/10 12:12

Une masse critique à droite?

Vincent Geloso répond à mon billet où je mettais en doute son idée de conjuguer discours identitaire et discours de droite libérale:

il existe une masse critique de gens en faveur de réformes assez radicales comme le privé en santé, la privatisation de la Société des Alcools, l’élimination du corporate welfare etc. Il suffit d’avoir une infrastructure qui est capable d’activer cette masse critique.

Son billet soulève quelques bon points dont certains avec lesquels je suis d’accord et d’autres, moins. Je vous invite à le lire.

Je tenterai d’y répondre plus en détail dans le courant de la semaine.

Aujourd’hui, c’est dimanche et il fait beau.


Billets similaires

2008/08/08 14:10

Prix du commentaire le plus…

En mai dernier, en l’honneur de la fête des patriotes, je pondais un billet, parmi ceux dont je suis plutôt fier, intitulé Les patriotes ne sont pas morts pour la “nation québécoise”. Il portait sur la récupération de textes historiques par un projet identitaire moderne dont l’insécurité fondamentale le pousse à en gommer certains passages qu’il trouve gênant.

Il y a quelque jours, quelqu’un qui signe “steven” est venu y laisser le commentaire suivant:

je dois dire que je ne suis pas fière d être québécois.de voir au québec que l on veut en faire un pays bilingue comme le fait jean charest.et l on ne défend même pas notre langue.se n est pas en restant assis que cela vas changer.mais en posant des geste concrait,pour que les fédéraliste et libéraux comprenne une fois pour toute.je fais partie d une cellule qui s appelle ­­ULQ union de libération du québécois.et il y en n as d autre.je peut n en dire plus long.sauf que les québécois ne connaisse même pas leur histoire.et dise que la séparation es passer date donner vote pays au canada anglais sa iras plus vite.ses triste de voir cela.bien a vous.mercie.

J’ai plutôt tendance à penser qu’il s’agit de quelqu’un de plus intelligent qui me tend un hameçon, [auquel je suis entrain de morde, j'imagine... enfin. Ça me donne une excuse pour vous inviter à lire mon billet] mais autrement…

Plusieurs questions me viennent à l’esprit en lisant un tel commentaire… mais je laisse de coté. La seule chose que je trouve à dire à notre ami steven est que “défendre sa langue”, ça commence d’abord par apprendre à l’écrire.

Langage-toi, mec.


Billets similaires

2008/08/07 15:28

Ouate de phoque!?

Je fouillais la toile hier à la recherche d’une photo de manifestants nationalistes québécois pour agrémenter mon billet sur le nationalisme québécois et le libéralisme économique et parmi les nombreuses photos qui ont été mise en ligne par le site laliberation.org (chez qui l’on peut trouver plaques de char, mode souverainiste et de quoi remonter le moral de tout bon patriote [Et on se croit différent des américains? Ha!])…

En parcourant leurs nombreuses photos, dis-je, je suis tombé sur quelques une qui m’ont troublées:

On a tu vraiment des twits de même icitte?

Et quelqu’un peut-il me fournir le contexte derrière ceci et ceci? (À part que c’est la fête des patriotes)

Permettez-moi d’être sidéré.


Billets similaires

2008/08/06 21:10

Le nationalisme québécois cache-t-il un complexe de colonisé?

marche québec français

Il y a quelques jours, Vincent Geloso touchait à un des nombreux aspects qui m’exaspèrent au sujet de l’orthodoxie nationaliste québécoise ces temps-ci dans un billet intitulé Idées de droite et identité:

Un ami m’a dit que les jeunes libéraux ont été traités de «néolibéraux et d’antinationalistes». Cette idée qu’être libéral (dans le sens classique)implique une haine de l’identité Québécoise est vastement répandu. Néanmoins, je ne vois pas nécessairement d’opposition entre les deux.

Après tout, l’ADQ a obtenu 41 siéges en 2007 en associant liberté économique et affirmation identitaire. Comme si une société confiante passait par moins d’État et plus d’entrepreneurs laissés libres.

Il poursuit en proposant que la droite économique infuse son discours de notions identitaires à la manière du “capitalisme populaire” de Thatcher dans les années 80. Hmmm… Je me souviens des années 80… on peut certainement se plaindre d’une certaine sclérose institutionnelle québécoise aujourd’hui, mais nous sommes tout de même très loin de l’économie britannique hyper-planifiée d’avant l’époque Thatcher. Si Vincent souhaite qu’un tel discours résonne ici, il ferait mieux de rejoindre les rangs des gauchistes qu’il oppose. L’étatisme québécois a encore beaucoup de chemin à faire avant d’écoeurer le peuple autant que celui de la Grande Bretagne des années 70 qui a produit Thatcher.

Mais là n’est pas mon propos.

Je me suis moi aussi souvent demandé d’où peut bien venir cette étrange notion adoptée des gardiens de l’orthodoxie identitaire québécoise qui dicte que le libéralisme économique serait corrosif à notre fibre nationale et qu’il faut donc faire intervenir l’état à chaque étape pour la protéger.

Contrairement à mes amis militants de la “droite économique”, je suis quand-même ouvert à l’idée que l’état a un rôle important à jouer sur plusieurs plans, dont celui de nourrir (et non protéger) notre fibre identitaire collective, sauf que l’opposition au désir individuel d’améliorer son sort sur le plan matériel n’a rien à y voir, bien au contraire!

D’ailleurs, je commence plutôt à me poser la question de la façon suivante:

Entre le bonze nationaliste d’aujourd’hui qui prétend que le Québecois francophone n’ira nulle part (sinon à sa perte) sans se soumettre à un État maternel omniprésent qui seul peut le protéger des sinistres néolibéraux mondialisants et le chanoine catholique des années trente qui prétend que le Canadien-français n’ira nulle part (sinon à sa perte) sans se soumettre à une Église paternelle omniprésente qui seule peut le protéger des sinistres négociants anglais…

Quelle différence?

Et entre ces deux premiers (qui pourtant ne cessent de nous casser les oreilles en parsemant leurs discours d’éloges à la grandeur et la noblesse du peuple francophone) et l’individu francophone (comme Vincent, par exemple) qui croit que le peuple dont lui et ses compatriotes sont issus lui a fourni les outils, la capacité et les avantages nécessaire pour compétitionner dans l’arène des grands et soutirer plus que sa juste part du butin…

Qui est le plus fier de son identité?

Et qui souffre encore d’un complexe de colonisé?


La photo est d’ici


Billets similaires

2008/06/03 01:31

Si pas “canadien-français”, alors quoi?

Le sociologue et ancien sous-ministre de Camille Laurin, Guy Rocher, dénonce les conclusions du rapport BouchTay comme étant un “un malheureux retour en arrière“. Il s’en prend plus particulièrement au retour à l’expression “canadien-français”.

Sa critique semble plutôt axée sur le concept de l’interculturalisme qu’il considère comme étant, à toutes fins pratiques, une version maquillée du multiculturalisme de Trudeau… On dirait, d’ailleurs que c’est surtout dans ce contexte que l’expression “canadien-français” pose problème.

Devant un pays qui niait les visées nationales de sa culture et de son Histoire en la fondant parmi les autres cultures qui forment ce grand bassin multiculturel post-nationaliste que se veut le Canada d’après l’empire, le peuple canadien-français du Québec à répondu répondu NON! Nous refusons d’être une sous-culture dans notre propre pays. Cela représente pour nous, la voie de l’assimilation. Nous sommes une culture nationale, une culture fondatrice. Puisque le Canada voit les canadiens-français comme une culture non-nationale nous rejetons la conception de cette culure. Dorénavant nous sommes québécois. Car seul le Québec peut et veut donner cet aspect national à notre culture.

Cela donne aujourd’hui “la nation québécoise”

Très bien. Je comprend. J’aurais préféré qu’on continue à se battre pour l’aspect national de la culture canadienne-française plutôt que d’abandonner aux Anglais la signification de ce terme, mais je comprend que c’était probablement nécessaire pour sortir des vices logiques et arguments circulaires sans fin découlant du fait que ce pays qui ne nous reconnais plus porte notre nom. Et probablement inévitable étant donné le grand sentiment de renouveau et d’affranchissent qui dominait la planète pendant les années soixante.

Mais aujourd’hui, ça pose un problème… un problème que je considère plus grave sur le plan identitaire… mais que je qualifierai ici de simple problème sémantique.

J’aimerais poser une question sérieuse à ceux qui n’aime pas le terme “canadien-français” et aussi à ceux qui ont répondu “je suis québécois, un point c’est tout” à mon petit sondage.

Disons que j’ai un Franco-ontarien et un Québécois…

Pour rendre l’exemple plus clair, disons qu’ils portent tous deux un nom typiquement “québécois”… genre Desmarais.

C’est quoi le terme qui me permet de les identifier comme faisant partie de la même culture… la même Histoire… la même nation?

Les “Québécois, un point c’est tout” considèrent-ils que le Desmarais qui vit en Ontario (depuis plusieurs générations) fait maintenant partie d’une autre culture/nation?

S’il n’est pas québécois… et que vous n’êtes pas canadien-français…

Y a-t-il un lien qui vous unit?

Et comment le nomme-t-on?


Billets similaires

2008/05/26 06:16

À propos de l’identité québécoise

[Note: Il arrive arrive qu'un billet commence avec une intention (une mise au point idéologique rapide) et se transforme en autre chose (un long délire allégorique). Ceci est un de ces billets.]

J’ai finalement décidé de (commencer à) me taper la lecture du rapport BouchTay. Je n’en suis encore qu’au début, mais la lecture du quatrième point des “orientations générales du rapport”…

Le lecteur devra garder à l’esprit que notre réflexion se trouve délimitée par les choix collectifs fondamentaux que les Québécois ont faits au cours des dernières décennies. Leur faible fécondité et le désir de soutenir la croissance démographique et économique les ont amenés à prendre le parti de l’immigration. Parallèlement, ils ont abandonné la pratique de la religion en très grand nombre, tout en prenant leurs distances par rapport à l’identité canadienne-française au profit de la nouvelle identité québécoise. Ils ont également décidé (jusqu’à nouvel ordre) d’appartenir au Canada et, par conséquent, de relever de ses institutions. Enfin, ils ont accepté de prendre le virage de la mondialisation et – comme le veut l’expression courante – de « l’ouverture sur le monde ».

…m’ammène à vouloir préciser ma pensée à propos de certains commentaires que j’ai fait recemment concernant la “fiction” qu’est pour moi la nation québécoise.

J’avoue que j’y suis allé un peu fort rhétoriquement ces derniers temps pour ce qui est de remettre en question “l’identité québécoise”.

On pourrait même croire, à la lecture de la dernière partie de ce billet où je donne pleine voix au délire ultime de mon héritage nationaliste canadien-français, que je souhaite reléguer l’identité québécoise aux oubliettes de l’Histoire. À un certain niveau (celui du fantasme), ce n’est pas complètement faux, mais comprenez-moi, je suis bien conscient que je délire… un délire sincère, senti et réfléchi, qui cherche à provoquer la réflexion, mais un délire tout de même.

Je comprends très bien qu’aujourd’hui, en 2008, il existe une “nation” ou du moins un pôle identitaire bien réel et proprement “québécois”… je m’en réclâme moi-même… et que ce pôle a (presque) entièrement supplanté celui qu’on nommait autrefois “le peuple canadien”, puis “canadien-francais”, et ce, pour la vaste majorité de ses constituants. Le travail est fait, on ne peut pas (et on ne doit pas) revenir en arrière.

Mais ce que je dit par contre, c’est qu’il ne faut pas se faire d’illusions non-plus. En 1959, le “peuple québécois” n’existait tout simplement pas. [Ceci dit en passant, en 1935, quand mes regrettés grands-parents canadiens-français étaient petits, il n'y avait pas de crucifix à l'assemblée "législative" non plus, alors pour ce qui est de la "valeur patrimoniale" de ce symbole, on repassera.] La “nation québécoise” est donc une très jeune nation (même pas encore 50 ans) et son lien identitaire à celle dont on célèbre le 400e aniversaire cet été demeure… problématique.

Le PQ et l’ADQ nous parlent d’un “malaise identitaire” et se plaignent que le rapport ne s’y adresse pas assez… je ne sais pas (encore) pour le rapport, mais ils ont raison. Il y a bel et bien un malaise. Seulement, il n’a pas grand chose à voir avec les nouveaux adhérants à notre société…

Permettez-moi un autre délire:

Si l’identité québécoise se sent insécurisée par le défi posé par l’immigration, c’est parce qu’elle n’a pas encore réglé sa relation avec l’identité canadienne-française qui a défrichée sa terre et lui a donnée naissance… et surtout, avec cet oncle puissant qu’est l’identité catholique qui, il faut le dire, violentait régulièrement la mère de notre pauvre petite identité québécoise encore innocente et humiliait le père à chaque fois qu’il tentait de se tenir debout face au propriétaire anglais…

Aujourd’hui, la jeune identité québécoise, encore rebelle et trop adolescente pour son age, est animée d’une haine encore bouillonnante et palpable pour l’oncle catholique, maintenent déchu. Elle est hantée par la honte et le mépris qu’elle ressent envers ses parents canadiens-français qui se sont pliés aux véléitées de l’oncle. Et surtout, elle ne leur pardonne pas d’avoir donné naissance à sa soeur, l’identité canadienne, la petite studieuse bilingue qu’ils ont donnée en mariage au propriétaire anglais, avec comme dot, l’héritage et les écussons familiaux dont le bandit se drappe maintenent, tout en refusant d’apprendre sérieusement la langue de celle qui lui a donné sa légitimité.

Elle tente de convaincre tout le monde qu’elle est la seule capable de poursuivre l’entreprise familiale, mais malgré la fiction idéalisée qu’elle nous présente de ses parents et la vision renouvelée qu’elle a de leur entreprise, elle trahit constament son mépris envers eux lorsqu’elle parle des crimes de son oncle et de son dégout envers sa soeur qui continue à se fondre dans l’identité de son mari. Le dégout pour sa soeur est si puissant qu’elle s’est convaincue, non seulement qu’elle n’avait pas besoin de l’héritage et des écussons familiaux pour poursuivre l’entreprise, mais, plus étrangement, depuis que l’Anglais s’en est vêtu, que cet héritage était en fait un symbole de son opression que ses parents avaient tort de conserver. Ce qui est une autre façon par laquelle l’identité québécoise trahit son mépris envers ses parents canadiens-français et l’entreprise dont elle se prétend l’unique légitime héritière.

Sa honte et sa haine refoulées pour ceux qui l’ont formée (et donc pour elle-même) font d’elle une errante sympathique, toujours entrain de râler… fuyant et niant cette part d’elle même qu’elle ne peut tolérer… se cherchant constament dans le regard des autres… et se débattant vainement lorsque ce regard lui reflète celui, trop hautain, de sa soeur ou celui, trop accomodant, de ses parents ou encore, et c’est là qu’elle perd les pédales, celui, trop sévère, de son oncle.

Ceci dit, on l’aime bien, elle est sympa et bien intentionnée. Et clairement, c’est elle qui a héritée de toute la fougue et la créativité dans la famille. Mais elle est si triste à voir aller, avec ses grands plans d’épanouissement et d’entraide collective… et le doute qui lui brûle le fond des yeux… que restera-t-il de l’entreprise familiale maintenent que je dois la partager avec d’autres?… suis-je assez forte/généreuse/ouverte/sévère?… vont-ils me suivre?… vont-ils adopter le (nouveau) credo familial?… combien de temps avant qu’ils s’apperçoivent que ma soeur est une putain, mes parent des laches crédules et mon oncle un monstre autoritaire et qu’ils courent se réfugier chez l’Anglais?…

Pauvre petite identité… tu n’es pas prète.

Tu ne peux pas demander aux autres de participer à ton entreprise familiale alors que tu portes encore en toi un si grand malaise envers ta propre famille. Tu te remets en question au moindre accommodement et tu vois l’ombre de ton oncle partout.

Retourne d’abord chez toi. Vas passer du temps auprès de tes parents… ils sont vieux maintenant… et ils sont fiers de toi, tu sais? Et ils ne le dirons pas ouvertement, mais tu sentiras aussi, à demi mots, qu’ils regrettent d’avoir tant fait confiance à l’Anglais avec ta soeur et les écussons… Ils te dirons qu’ils s’inquiètent de son sort… qu’elle perd sa langue… et qu’elle a besoin de toi. Ils te dirons de ne pas la juger si séverement, son amour pour l’Anglais est sincère et elle en est prisonière. Puis, un peu plus sévèrement, ils te dirons de ne pas oublier que nombre de ses compromis les plus abjectes ont été ont été faits en ton nom et que, bien qu’elle désaprouve de ton intention de gérer seule l’entreprise familiale et qu’elle ait parfois intrigué pour t’en empêcher, elle n’a jamais cessé de t’aimer et de plaider ou d’intriguer en ta faveur auprès de l’Anglais… que c’est en bonne partie grâce à elle si tu as pu te développer aussi librement. Peut-être aussi pourras-tu constater que ce que tu voyais autrefois comme faiblesse chez tes parents etait en fait une patience sans bornes, une force tranquille mais herculéenne qui leur a permis de porter l’entreprise jusqu’a toi.

Puis, avant de les quitter, ils te diront, sachant que tu ne veux pas vraiment les entendre, que tu devrais aussi aller voir ton oncle…

Si tu reprends le dialogue avec ta soeur, tu verras qu’elle a ses propres problèmes et que malgré les apparences qu’elle tient à garder, même (surtout) devant toi, il est clair qu’elle n’est plus si heureuse que ça dans son ménage… Dans le même souffle, d’abord d’un ton presque absent, elle t’assurera que tout va bien dans le mariage, que son époux est beaucoup plus sympatique à ta cause qu’avant, puis, d’un ton plus sombre elle lui reprochera de rire d’elle dans son dos, que malgré ses promesses de bilinguisme, il ne fait rien pour apprendre le français et ne fait que faire semblant de l’écouter alors qu’en fait, elle est écartée des vraies décisions, puis, d’un ton accusatoire elle se retournera vers toi pour te dire que tout ça est de ta faute, que si tu l’avais appuyée plutôt que de faire des crises, de renier l’héritage et les écussons, et menacer de partir à tout bout de champ, elle aurait pu en faire davantage auprès de son mari et tu n’aurais alors plus envie de partir et en terminant, comme si rien de tout ça ne s’était passé, elle t’offrira plus de thé et vantera la dernière “résolution” de son mari en ta faveur. Alors, armé de la force tranquille de tes parents, tu comprendras qu’ils ont raison, que sans toi, elle est perdue; que lorsqu’elle s’est opposée à toi, c’était d’abord par loyauté pour l’héritage et les écussons qu’ils lui avaient légués, puis par crainte de te perdre, pas pour servir l’Anglais. Tu comprendras qu’elle souffre car, même si elle ne se l’admet pas, elle a bien compris que son mari s’est emparé du vetement identitaire qu’elle lui avait tissé à-partir de l’héritage et des écussons et qu’en réalité, il en fait bien ce qui lui chante; qu’aujoud’hui il est trop tard pour le lui reprendre et qu’elle est maintenent prisonière de sa loyauté envers cet héritage qui ne lui appartient plus mais sans lequel elle ne sautait exister. Et que si tu veux la sauver (c’est optionel, mais tu seras plus forte avec elle que sans elle), il te faudra trouver moyen de défier l’Anglais et reprendre les écussons de tes parents… sinon, tu auras compris que ces symboles sont un cadeau empoisonné pour l’Anglais, car une fois que tu voleras de tes propre ailes (et ce jour viendra) ta soeur périra (ou sera à tes côtés) et le vetement identitaire qu’il porte n’aura plus aucun sens et le protegera plus de ses péchés d’empire.

Finalement, et je sais que c’est le plus difficile pour toi, mais tu dois faire la paix avec ton oncle. Car ta rage, même celle que tu crois vouer à l’Anglais, te vient de ce qu’il t’a fait à toi et à tes parents. Et lui, souhaiterait tellement obtenir ton pardon. Tu pourra constater le désespoir dans ses yeux alors qu’il plaide et t’explique qu’il ne faisait qu’obéir à un pacte de survivance entre lui et tes parents, un pacte qui ne visait qu’a poursuivre et faire fleurir l’entreprise familiale alors que l’Anglais aurait préféré l’éteindre; qu’il reconnait que vers la fin, alors que le monde changeait et que de nouvelles indentités se préparaient à émerger, il a eu tort de vouloir y résister en “serrant la vis” et en tentant de figer l’identité de tes parents pour l’éternité alors qu’il aurait du avoir comme mission de parainer ta naissance et ta croissance; qu’il réalise aujourd’hui que dans son zèle à vouloir assurer la perpétuité identitaire, il a abusé de tes parents et a tenté de te museler; et enfin, qu’il te demande pardon et qu’il veut ouvrir “un dialogue” avec toi. Le vieux criminel, encore à la solde de Rome, n’est toujours pas prêt à admettre la cupidité et la mauvaise foi qui l’ont aussi animé et il ne mérite pas entièrement ton pardon, mais tu dois quand-même trouver moyen de lui pardonner ses excès, de le comprendre et de te réconcilier aussi le rôle important qu’il a joué dans ton héritage… car c’est de lui que te vient ta farouche volonté de “faire ce qu’il faut” pour assurer ta perpétuité et il en a autant à t’apprendre sur les moyens d’y parvenir que sur les conséquences désastreuses, inhérentes à ce coté excessif de ta nature, qui peuvent se produire lorsqu’on s’acharne trop à figer une identité en perpétuité. Et puis crois moi, ma petite identité québécoise, tu as beau te redéfinir et te distancer de ton oncle, l’identité catholique, tant que tu veux, ça ne change rien. Tu finis toujours par lui ressembler.

C’est seulement à ce moment, ayant renoué avec la force tranquille de tes parents, la loyauté ancestrale de ta soeur, le sens du devoir (et du calcul) de ton oncle et ce qu’il y avait de bon dans la tradition spirituelle qui les réunissait tous, que tu pourras dire que tu as réglé ton “malaise” et que tu pourras enfin prendre les rennes de l’entreprise familiale en toute confiance et en te moquant du pauvre Anglais et de l’illusion identitaire que ta soeur lui a laissée. Saisissant alors pleinement la force de ton identité quadricentenaire nouvellement réintégrée tu ne craindra plus d’en partager les rennes avec ces nouveaux partenaires qui veulent y adhérer en y intégrant à leur façon leurs propres traditions culturelles et spirituelles.

Mais d’ici là, j’ai pas l’impression qu’on en est à notre dernière session chez le psy…

BouchTay n’est qu’un début.

[Pfff... et avec tout ça je n'en suis qu'à la page 12. On est pas sorti du bois.]


Billets similaires

2008/03/04 20:50

“Arrêtons de nous flageller”

Je fouillais dans mes fonds de tirroirs, et j’ai trouvé cette ébauche de billet (daté du 24 septembre 2007) que j’avais l’intention de publier à mes tout débuts. Sérieusement, je crois qu’il s’agit de mon troisième ou quatrième billet, et le premier qui ne fut jamais terminé pour ensuite se perdre dans les méandres de mon esprit.

J’ai cru interessant de le terminer. La partie en jaune fut écrite ce soir. Le billet original finissait sûrement autrement dans ma tête, mais enfin, le voici:

Je regardais Il va y avoir du sport vendredi dernier et j’ai été frappé à quel point le discours d’un des participants résonnait avec celui que j’ai envi de tenir aux souverainistes. [Je n'ai jamais eu, ni n'ai, l'ambition d'être un écrivain, alors je prends mon inspiration où je peux]

Il s’agit ici d’un débat sur la question: Montréal est-elle une ville d’envergure? La participante en question, du coté des «oui», est Isabelle Hudon, présidente de la chambre de commerce du Montréal Métropolitain. Les autres détails sont ici. Vous pouvez voir le débat en entier ici. Le sujet me tient à coeur (et j’en aurais long à dire) mais n’est que périphérique à celui de ce billet.

Remplacez les termes “Montréal” et “Montréalais” par “Québec” et “Québécois”; “régions” par “Canada Anglais”; et l’idée de trous et de malpropreté par tout ce vous n’aimez pas est qui est de la faute du fédéral (et je dis ça sans sarcasme) … et vous avez l’essentiel de mon approche sur l’avenir de la nation.

Qu’on arrête de blamer les autres pis occupons nous de nos affaire… prenons nous en main. Fédéraliste? Non. Je me fous pas mal de la nation anglo-canadienne (et je le dis sans hostilité). Culturellement, je la trouve plus faible et fragile que la notre. Sans nous, ils n’ont pas beaucoup de bases solides pour se définir… mais ils ont commencé et je leur souhaite bonne chance… un jour, par contre, il faudra bien qu’ils se défassent de certains mythes sur lesquels elle est fondée, comme le bilinguisme, mais ça, c’est leur problème.

Pour ma part, c’est simplement que ça fait longtemps que j’ai compris que ce ne sont pas eux qui nous empêche d’avancer. Et que culturellement, sur le plan de l’identité, c’est nous qui avons le gros bout du baton.

Notre ennemi n’est pas externe à nous.

Il est à l’intérieur de nous.

Il s’apelle la peur.


Billets similaires

2008/02/26 12:25

Angry French Response

AngryFrenchGuy s’adresse aux accusations de traîtrise de Louis. (Ma réaction à moi est ici)

L’essence:

Goddam. Fighting off Barbara Kay on one side and now these clowns on the other. I must be doing something right.

Je traduis:

Maudite marde, je dois me battre contre Barbara Kay d’un bord pis maintenant, ces clowns là de l’autre. Je dois être sur la bonne voie.

Mets-en.

Et pas si angry que ça, finalement… je le trouve plutôt serein dans son combat, ce AngryFrenchGuy.

Le blogueur est aussi venu intervenir dans la discussion qui a lieu chez Renart que je remercie d’avoir créé un espace où cela à pu se produire de façon sereine. J’ai tellement aimé son intervention que je me permet de la reproduire ici.

“Non, le nationalisme n’a pas, pas du tout, pour but la préservation d’une culture populaire - ou d’une langue -, ni le bien-être des citoyens habitant une société donnée - ça, ce ne sont que ses prétextes.

Le nationalisme n’est pas une idéologie, c’est une rhétorique: ce n’est pas un biscuit, mais la manière de le mettre en marché - le fait d’en changer l’emballage ne l’affecte en rien. Le nationalisme, c’est une manière de maintenir sur la place publique une et une seule vision de ce que peut être la vie en commun: celle dans laquelle, par le recours à la notion de menace permanente, la population est sommée d’obéir à des élites qui, du fait de la gravité de la situation telle qu’elles la décrivent elles-mêmes puisqu’elles sont les seules à avoir le droit de parler, n’ont aucun compte sérieux à rendre. Le nationalisme, c’est le contraire de la démocratie: c’est opposer aux droits de l’homme le devoir d’assurer la survie de l’ensemble dans des termes qu’il est interdit de discuter.”

-René-Daniel Dubois

On dirait qu’il parle de Louis, n’est-ce pas?

Merci à Renart et particulièrement à tous ceux qui ne sont pas nécessairement d’accord avec mon blogue et qui prennent quand même la peine de défendre mon droit de l’avoir.

À la base AngryFrenchGuy c’est une façon de remettre en question le nationalisme Canadian et son hypocrisie condescendante, sa xénophobie mal refoulée et son patriotisme niais.

Mais c’est certainement pas pour faire l’éloge du nationalisme Québécois des sophismes pompeux, de la xénophobie assumée et du patriotisme épais.

24 heure après le début de ce débat je suis plus indépendantiste que jamais. Mais je ne suis pas indépendantiste parce que je DOIS l’être. Je ne DOIS être rien et je ne DOIS surtout rien à personne.

Il n’y a rien qui ne puisse être remis en question. Tout doit être testé, re-testé, pitché sur le mur, passé sous le char, envoye a permanent press dans sécheuse. Tout doit continuellement être détruit et reconstruit.

Mon Québec c’est le pays de gens qui ont tout remis en question. Absolument TOUT! La Fédération Canadienne, l’Empire Britannique, le Vatican et même le bon Dieu en personne -Christ, Dieu le père! - y’a rien que les Québécois n’ont pas eu les couilles de remettre sur la table.

Alors si des pédés comme Louis en Colère (bon, on va encore m’accuser de faire dans l’enfantillage… (t’a pogne-tu?)), Davidg et les autres curés pensent qu’ils peuvent m’excommunier…

Il ne faut jamais que ces gens puissent prétendre parler pour le Québec, que ce soit en anglais, en espagnol, en Serbo-croate ou en Français.

Bravo.

I can’t help it. I like this guy.


Billets similaires

2008/02/19 13:30

Le Canada et la D.U.I. du Kosovo

Ça semble être un  des sujets chaud de notre sphère…

J’avoue être pas mal déconnecté de l’actualité canadienne et fédérale ces jours-ci, et je n’ai aucune idée comment les choses se tramment à Ottawa… mais je suis très curieux de voir ce qui va se passer.

Le Canada reconnaîtra-t-il la déclaration unilatérale d’indépendence du Kosovo? Et si oui, qu’advient-il du concept en jurisprudence canadienne? (J’ai hâte de voir les pirouettes et acrobaties de nos politiciens sur le sujet.)

Bien que non réfractaire à la souveraineté du Québec, j’ai depuis longtemps de sérieuses réserves quant à l’idée d’y accéder via une DUI. Comme feu René Lévesque, je préfèrerais continuer à évoluer à l’intéreur du cadre légalisto-constitutionnel de tradition britanique… (je sais que mon sentiment est loin d’être partagé, mais ma préférence serait pour un Québec souverain qui conserve la couronne britanique comme chef d’état et son attachement au commonwealth)

Tout ça est bien beau… sauf qu’il semble que l’Histoire soit entrain de tracer un autre chemin.


Billets similaires

2007/12/11 09:21

Dany Laferrière: nationalisme et identité

Selon Dany Laferrière, de retour de Haïti, les Haïtiens suivent attentivement notre débat sur les accommodements et sont plus sympathiques à la “majorité québécoise” qu’à leurs propres ressortissants…

Toujours fascinant ce Dany.

Je me réclame davantage de l’oiseau que de l’hippopotame.


Billets similaires

2007/11/03 14:33

Enflure de la semaine

Louis, sur son blogue, Un homme en Colère:

Le Canadien de Montréal, c’est plus qu’une tradition: c’est l’expression collective du défoulement d’un peuple qui a été infériorisé pendant des siècles et qui peut exprimer sa rage dans le contexte bien défini d’un match de hockey.

Peut-être que c’est parce que je ne suis pas un amateur de sport, mais…

Wow!

On parle d’une équipe de hockey.

Tsé? …de hockey.

Un jeu.


Billets similaires

2007/09/16 21:58

Campagne de Wal-Mart au Québec

Présenté sans commentaires.

YouTube - Campagne de Wal-Mart au Québec


Billets similaires

2007/09/03 10:53

Du nationalisme canadien-français au projet souverainiste: quelle continuité?

Voici un autre article qui évoque à merveille un des axes de réflexion de ce blogue… Il était une fois, il y avait un sentiment et un mouvement nationaliste qui réunissait toute la francophonie nord-américaine qui se définissait alors comme nation «canadienne-française.» Mais dans les années 60, ce mouvement, trop empreint de concepts mal-adaptés à la modernité du 20e siècle, s’est fractionné et a donné naissance, dans son effort de revouvellement, au nationalisme civique et territorial québécois dans ces deux formes ennemies: fédéraliste et souverainiste. L’ironie est que le nationalisme canadien-anglais moderne et antagoniste des deux variantes québécoises puise aussi la majeure part de ses sources dans ce même nationalisme canadien-français d’avant les années 60!

Du nationalisme canadien-français au projet souverainiste: quelle continuité?

Guy Rocher, Professeur au département de sociologie et chercheur au Centre de recherche en droit public de l’Université de Montréal

Le Devoir, 16 avril 2007

On l’a souvent dit: la Révolution tranquille n’est pas advenue subitement en 1960; elle avait été préparée par différentes voies et diverses voix au cours des années qui l’ont précédée. Dans la même veine de pensée, il faut reconnaître que le projet souverainiste n’est pas, lui non plus, apparu par hasard et sans passé dans l’espace public québécois des années 50 et 60: il avait été préparé, et depuis bien plus longtemps que la Révolution tranquille. Il puise une partie de ses racines dans le nationalisme canadien-français de la première moitié du XXe siècle.

Je ne suis pas un historien du nationalisme canadien-français. Mais il a été l’univers politique que j’ai habité durant la première partie de ma vie. Et j’en garde un vif souvenir, parfois assez différent de ce que je lis aujourd’hui à son sujet. C’est adolescent, étudiant dans un des collèges classiques de l’époque, que j’ai connu et pratiqué ce nationalisme, sans doute comme un certain nombre d’autres individus de ma génération.

Ce nationalisme canadien-français que j’ai connu était au moins aussi canadien que canadien-français. Il était porté et inspiré par un projet canadien, par l’image d’un Canada à venir que nous espérions voir un jour se réaliser. Ce Canada rêvé serait avant tout composé de deux peuples fondateurs: le français de la première colonie et l’anglais de la conquête. Entre ces deux peuples, un contrat avait été conclu, croyions-nous, avec la Confédération canadienne, qui était censée reconnaître l’égalité de l’un et de l’autre. Cette vision allait finalement un jour, selon ce qu’on pouvait espérer, remplacer la présente domination de l’anglais, associée à l’appartenance du Canada à l’Empire britannique. Logique avec cette position, ce nationalisme canadien-français prônait l’indépendance du Canada, sa séparation d’avec l’Empire ou le Commonwealth.

Il s’agissait donc d’un projet essentiellement souverainiste et indépendantiste du pays canadien à venir. Ce Canada nouveau, il fallait activement travailler à son avènement. C’est ce que nous faisions en réclamant que disparaissent les symboles du colonialisme britannique, pour les remplacer par les signes annonciateurs d’un Canada libre et indépendant. Par exemple, nous demandions qu’un drapeau canadien vienne remplacer l’Union Jack, ou le drapeau de la marine marchande qui tenait lieu de drapeau canadien, et qu’un hymne national se substitue au God Save the King britannique.

Un Canada bilingue

Une autre condition apparaissait logiquement essentielle à la réalisation de ce projet: que ce Canada des deux peuples fondateurs se reconnaisse comme bilingue. Les campagnes pour la bilinguisation du Canada prenaient deux voies complémentaires. La première consistait à réclamer que l’administration fédérale soit entièrement bilingue: je me souviens avoir écrit de nombreuses lettres pour exiger de la part de tel ou tel ministère, et surtout de ce qui s’appelait alors le Dominion Bureau of Statistics, des documents en français et une réponse en français. À cette époque, nous pouvions écrire sans frais de poste à toute instance du gouvernement fédéral: nous ne nous gênions pas pour en profiter largement. La seconde campagne était menée en faveur de la reconnaissance d’écoles françaises hors du Québec, notamment en Ontario, au Manitoba et au Nouveau-Brunswick. L’anglicisation par l’école — entre autres — des Canadiens-Français des autres provinces canadiennes nous paraissait scandaleuse et pouvait être pour l’avenir le plus grand obstacle à la réalisation du projet d’un Canada égalitaire.

Tel que je l’ai connu, ce nationalisme canadien-français n’était donc pas que canadien-français. Il était à la fois canadien et canadien-français: il était le porteur du projet d’un Canada décolonisé et de l’espoir du statut égalitaire qu’y occuperaient les Canadiens français. Par ailleurs, ce nationalisme canadien-français n’avait aucune teinte d’antisémitisme. Je me souviens, par exemple, que dès qu’il circula parmi nous, nos professeurs dénoncèrent vivement le Protocole des sages de Sion comme un faux, d’inspiration antisémite. Par ailleurs, ce nationalisme s’accompagnait d’un catholicisme conservateur. Nous appuyions Franco dans la guerre espagnole et vénérions Pétain. Le conservatisme social cohabitait avec le nationalisme sans que, dans nos esprits, l’un soit essentiel à l’autre.

Les rejetons du nationalisme

Le nationalisme canadien-français a sans doute été le mouvement politique le plus important, le plus puissant du Québec du début du XXe siècle, sinon avant. Et il est toujours vivant, tout en se transformant comme tout ce qui est vivant. Il compte plusieurs rejetons: j’en identifie quatre. Il a d’abord été un des principaux facteurs de l’éclosion et de l’expansion du nationalisme canadien, maintenant triomphaliste. Le rêve canadien-français d’un Canada indépendant s’est réalisé, sans doute en lien avec d’autres facteurs, notamment l’antiaméricanisme puissant qui régna dans une partie de l’intelligentsia canadienne-anglaise des années 60 et 70.

Le rêve nationaliste canadien-français d’un grand Canada assez accueillant pour nous accommoder, celui de ma jeunesse, a survécu et survit toujours: c’est le deuxième rejeton. On le retrouve chez les Québécois francophones qui se disent à la fois «fédéralistes» et «autonomistes», promoteurs des intérêts du Québec, tenants du caractère distinct, voire de l’autonomie de «la Belle Province».

La Révolution tranquille et ses suites ont été un troisième rejeton du nationalisme canadien-français: menée sous le signe du «maître chez nous», elle disait clairement l’aspiration longtemps contenue de la prise en charge de l’économie du Québec à la fois par un État québécois fort, par une jeune bourgeoisie qui découvrait ses ambitions et ses potentialités et par un syndicalisme militant.

Enfin, le projet souverainiste, apparu au moment où éclate la Révolution tranquille, fut et demeure un héritier du nationalisme canadien-français qui l’a préparé. Il a pu paraître lui tourner le dos, comme aujourd’hui encore, mais il est indubitable qu’il s’en est nourri. Quand, à ses débuts, il proclamait «le Québec aux Québécois», il voulait dire «le Québec aux Canadiens français».

Mais surtout, le mouvement souverainiste a progressivement rallié un nombre croissant de militants de toutes origines qui prenaient progressivement conscience que le rêve canadien-français du Canada s’avérait définitivement illusoire. Dans le Canada en voie de réaliser son indépendance, les Canadiens-français perdaient sans cesse du terrain: le thème des deux peuples fondateurs était à jamais rejeté, le biculturalisme remplacé par le multiculturalisme, les pouvoirs centralisateurs du gouvernement fédéral renforcés, les «cadeaux» fédéraux toujours et plus que jamais attendus. Avec l’apport de l’immigration, la minorisation des Canadiens français dans ce nouveau Canada était inéluctable, et d’autant plus inacceptable qu’elle signifie à plus ou moins long terme une évidente perte de pouvoir politique tandis que se profile à l’horizon la menace d’une extinction en douceur.

Jusqu’à l’indépendance

C’est une telle analyse qui menait à ce qui est apparu la seule solution logique: faire du Québec le pays qui remplacera le rêve canadien; échanger le statut indéfiniment minoritaire au sein du Canada pour celui de majoritaire dans un Québec indépendant. Une partie de l’énergie combative du nationalisme canadien-français en faveur d’un nouveau Canada s’est redéployée dans le jeune projet indépendantiste québécois.

Le mouvement indépendantiste a eu beaucoup à faire pour se dégager de l’étiquette ethnique qu’on n’a cessé de lui accoler. Il a donc eu tendance, et de plus en plus, à prendre ses distances du «vieux» nationalisme canadien-français, comme s’il lui fallait en récuser l’héritage. Et pourtant, la filiation est bien évidente, à la condition de ne pas voir dans le souverainisme d’hier et d’aujourd’hui un clone du nationalisme canadien-français. En adoptant le Québec comme pays, le souverainisme a ouvert la notion du Québécois d’une manière que l’on dit «inclusive»; la survie du français ne passe plus par le bilinguisme canadien mais par la Charte de la langue française.

Il faut le reconnaître: le projet de l’indépendance du Québec n’a de sens que s’il est fondé dans la continuité avec ce passé, encore bien récent, et sur lui. Ce n’est pas dans le reniement de ce passé, auquel on reconnaît les ambiguïtés de son temps, qu’il peut trouver son épanouissement. La clé de voûte d’un Québec souverain est d’abord la tradition française enracinée et adaptée au Québec, enrichie par la dynamique des interactions qu’elle a connue dans le passé et continue de connaître avec toutes les autres cultures qui l’accompagnent et s’y associent.

Je suis à la recherche des éléments ou des bases autour desquels pourrait se former un nouveau sentiment d’appartenance, un mouvement d’affirmation, un nationalisme même, qui réunirait toute la francophonie nord-américaine. Car je crois que dans le paysage mouvant de la mondialisation et de la démocratisation de l’information que nous annonce l’avenir, dans ce monde ou l’État perd de plus en plus son rôle en tant que pôle central de l’identité collective, il est impératif de réunir la nation francophone d’Amérique autour d’une idée commune de son destin qui transcende la simple notion de souveraineté de l’État québécois.

C’est là, à mon avis, que se trouve la clé, non pas de la survivance de cette nation, mais de son épanouissement.


Billets similaires

2007/08/31 13:17

C’est pas parceque c’est légitime d’en parler qu’il faut nécéssairement aller de l’avant et l’implanter

Je note la chronique de Christian Rioux dans Le Devoir d’aujourd’hui (version Web disponnible qu’aux abonnés… abonnez-vous.) portant sur l’obsession actuelle qu’ont les Québécois, celle de l’ouverture.

Il pose d’abbord une très bonne question: «Mais d’où vient donc cette peur maladive qui tenaille les Québécois de passer pour de pauvres épais pas assez ouverts?» En effet.

Et bien que le ton de la chronique heurte quelque peu mes sensibilités bien-pensantes de gauche, je suis, en gros, d’accord avec l’ensemble de son propos.

Surtout ici:

Ce qui agace le plus, c’est que nos prêcheurs dissimulent mal leur intention de se dédouaner en ce qui a trait aux prétendues fautes de leurs ancêtres. Dans leur bouche, le mot «ouverture» — qui, en latin, signifie «trou, espace béant» — résonne le plus souvent comme un acte d’accusation contre tout ce qui a précédé Expo 67. Comme si, avant cette date, tout n’était qu’ignorance et préjugés au pays du Québec.Mais qui furent donc ces êtres «fermés» qui nous ont enfantés? Veut-on parler de ces anciens Canadiens qui accueillirent les Irlandais fuyant la famine? Veut-on désigner ces Canadiens français qui ont vu passer à Montréal plus d’immigrants que n’en verront jamais ceux qu’on désigne comme les «enfants de la loi 101»? S’agit-il de ceux qui ont fondé une nation métisse au Manitoba ou qui ont accueilli les réfugiés juifs après la guerre? Ou de ce million de Québécois partis vivre et fonder des familles aux États-Unis? À moins qu’on ne désigne ces coureurs des bois dont les jésuites se méfiaient comme la peste tant ils s’ensauvageaient auprès des autochtones? Comme si les Québécois avaient des leçons de multiethnisme à recevoir de quelqu’un!

Bien dit. Il est plus que temps qu’on éclaire le mythe de notre prétendu «ferméture» et «ignorance» d’avant la révolution tranquille, mythe souvent entretenu autant par les tenants du nationalisme souverainiste québécois que par ceux du nationalisme canadien trudeauiste, et qu’on se réapproprie cette part de notre identité que ces deux mouvements opposés mais jumeaux et enfants renégats d’une même mère, le nationalisme canadien-français, contribuent à dénigrer.

J’ai aussi bien aimé ceci:
(les italiques sont de moi)

On peut aussi, sans être un arriéré, ne pas vouloir vivre dans une société où chaque communauté culturelle cultive sa propre identité. D’ailleurs, ce multiethnisme est le plus souvent un miroir aux alouettes, pour ne pas dire une idéologie qui s’est développée dans le monde anglo-saxon, là où la pression de l’intégration est un rouleau compresseur si puissant que la sacralisation des identités n’y change rien.

Voilà aussi une vérité qui mériterait d’être répétée plus souvent.

M. Rioux, dans sa chronique, défend le droit des sociétés à déterminer ou freiner leur niveaux d’immigration sans pour autant que cela en fasse des «repères de racistes et de xénophobes.» Il parle des «réactions de vierges offensées aux récents propos de Mario Dumont au sujet de l’immigration.»

Soit. Je suis bien d’accord que toute société doit être en mesure de déterminer le nombre d’immigrants qu’elle veut recevoir «sans devoir subir l’opprobre des donneurs de leçons multiethniques.» Et c’est bien vrai que tout ce que M. Dumont a dit (et il a bien raison de le dire) est que l’impératif économique ne peut pas être le seul élément qui détermine cette question.

Mais quand-même, l’impératif économique ne peut pas non-plus être évacué de l’équation. Il me semble qu’il soit tout aussi essentiel à l’essor d’une nation francophone en Amérique que l’impératif de la langue. Et il me semble évident qu’une diminution de l’immigration qui ne serait pas accompagnée d’une augmentation correspondante dans la natalité (chez les francophones) ne ferait que semer les germes sinon d’un désastre, du moins d’un grand risque d’affaiblissement économique pour l’état québécois.

C’est pourquoi je continue de croire que l’accent devrait plutôt être mis sur les critères d’admissibilité et que le débat devrait surtout porter sur les effort que nous mettons à intégrer les nouveaux adhérants à notre société…

Je veux bien qu’il ne soit pas illégitime de discuter de «diminuer» ou «geler» les niveaux d’immigration, mais tant que je n’entend personne me parler de la nécéssité d’augmenter la natalité francophone (en proposant des pistes de solutions), je ne marche pas.

J’ai beau chercher, mais je n’entends pas (encore) assez ce discours au sein de la collectivité francophone pour me sentir confortable à même discuter d’une baisse dans les niveaux d’immigration au Québec.


Billets similaires