Billets tagués ‘intolérance’

2007/12/01 22:30

Ma lettre au cardinal Ouellet

…tarde à sortir, je le sais.

…et elle ne sera pas dans ce billet.

En fait, les habitués doivent s’y attendre maintenant… si je vous promets quelque chose et que ça n’arrive pas dans les 24 heures suivantes, les chances sont que ça n’arrivera pas. Et lorsque je vous annonce que je diminue mon rythme de publication, attendez-vous à le voir augmenter. Je crois vous avoir déjà parlé de ma relation tendue avec la discipline personnelle.

J’avais de grands plans avec cette lettre… Fort de mes récents « succès » dans les médias, je planifiais, en plus de l’envoyer au cardinal et de la publier ici, de l’envoyer aussi aux journaux… qui sait?

Mais pour que tout ça ait une chance de fonctionner, il aurait fallu que je l’aie pondue lundi ou mardi et envoyée sitôt. Là, on commence à passer la limite du cycle de 7 Jours (Bonne Semaine!) décrété par les impératifs corporatifs de notre petit univers pour presser le citron d’un évènement médiatique avant de passer au prochain sujet chaud. (Encore mieux si ça peut démarrer le dimanche soir à TLMEP, avec trois jours de pré-avis… Ça, on aime ça!)

Enfin… Voilà déjà deux jours que la petite bannière en-haut qui annonce la venue de cette lettre n’est plus qu’une charade pour m’éviter à avoir à répondre à vos commentaires pendant que je lis et écris ce qui me chante. (Surtout que là, je suis complètement freaked-out depuis que le Mistral a soufflé chez moi… [Ok, enough with the puns! It's not that imaginative.])

Ce qui m’a stoppé dans mes tracks, comme disait Shakespeare, c’est cette discussion que j’ai eue (et que j’ai laissée sans réponse, ce qui est assez impoli de ma part) avec Suzanne, une radi-catho à tendance sédévacantiste (que j’aime ce mot depuis que je le connais) qui tient un blogue pro-« culture de la vie » et que j’ai croisée via le blogue de Philippe David. Disons que cette expérience a eu pour effet de refroidir mes ardeurs à l’idée d’explorer les possibilités de rapprochement avec l’Église. Avant de pouvoir continuer, je dois me réconcilier avec le fait que cette dame, malgré ce qu’elle en dit, ne représente pas l’attitude actuelle de l’institution, mais bien un courant qui souhaiterait retourner au moeurs, rites et dogmes d’avant Vatican II. C’est justement une de celles qui l’est trop, comme dit le maire Jean Tremblay, et qui lui tape sur les nerfs.

Mais bon. Ça a ruiné mon élan.

Et bien que j’aimerais explorer avec elle la cohérence de son attachement farouche aux doctrines de l’Église combiné à son rejet, ou du moins sa déception, face à « l’Esprit de Vatican II » qui est reflété dans la doctrine moderne (I think) et qu’elle se doit donc de suivre selon ses propres principes: « Si on croit que l’Église a la parole de la Vie, on la suit, malgré la difficulté de comprendre certaines doctrines, parce qu’on croit qu’elle est protegé de l’Esprit saint par l’erreur doctrinale,[sic] et qu’elle est chargé de prêcher la vérité de Dieu. » J’ai eu ce type de discussion avec des fondamentalistes de toutes les variétés dans ma vie et ce n’est vraiment plus cet aspect des choses qui m’intéresse.

En fait, mon intérêt et mon ouverture actuelle face à l’Église et à la religion en général me viennent de deux sources très distinctes, je crois.

La première étant la réaction extrême que j’ai eue récemment face à toute l’intolérance patente du discours laïcisant à la commission BT. Je le répète, les seules personnes que j’entends exprimer le désir de vouloir dire aux autres comment vivre dans toute cette histoire sont les laïcs. Les religieux ne revendiquent qu’un espace de liberté suffisant pour être heureux sans trop déranger les autres. Cette intolérance face à la croyance religieuse est tellement répandue dans la culture ambiante qu’il est permis, sans que personne ne bronche, de dire des choses sur les croyants qu’il est interdit de dire à propos de tout autre groupe.

Quelle différence entre:

« Je n’ai rien contre la religion, mais ça ne devrait pas sortir de la maison et/ou de l’église/temple/mosquée/etc., on n’en veut pas sur la place publique. »

Et:

« J’ai rien contre les homosexuels, tant que ça reste derrière des portes closes. Le reste, j’veux pas l’savoir. J’veux pas les voir s’embrasser pis s’tenir la main dans la rue. »

Pour moi, il n’y a aucune différence entre ces deux attitudes.

Pourtant, dans la société bien pensante dans laquelle j’évolue, il est permis d’exprimer cette première opinion et de passer pour un être éclairé, tandis que la deuxième nous condamne à être perçu (à juste titre) comme un cro-magnon homophobe et intolérant.

J’ai toujours accusé les homophobes d’avoir peur de leur propres désirs homosexuels. Maintenant, j’accuse les laïcisants de la place publique d’avoir peur de leur propre soif de Dieu.

…Mais je m’éloigne de mon propos.

Ce que j’essaie de dire est que dans de telles circonstances, j’ai tendance à beaucoup (trop) m’identifier avec celui que je perçois comme injustement persécuté. J’aimerais pouvoir le dire en français, mais ça sort pas, I’m a classic bleeding-heart liberal in that sense. Sauf que ce sentiment est éphémère et s’évapore rapidement au contact de quelqu’un comme Suzanne.

La deuxième (et plus profonde) source de mon ouverture est plus difficile à expliquer.

Elle vient en grande partie du fait que mon cheminement spirituel, incluant toutes les recherches que j’ai faites ces dernières annéees sur les origines historiques et l’évolution des différentes religions (surtout le christianisme et l’Islam), m’a récemment mené à un endroit à l’intérieur de moi où le paradoxe apparent de la phrase suivante: « Il n’est pas nécéssaire de croire en Dieu pour croire en Dieu » semble s’évaporer.

Je sais que ça semble ésotérique… ça m’apparaît si clair et si simple, mais en même temps, je n’ai pas l’impression que je pourrais l’expliquer comme il faut en moins de 20 pages. Alors je n’insiste pas.

Sauf pour dire que depuis ce temps, c’est comme s’il m’était permi de « croire en Dieu » sans abdiquer la moindre parcelle de mon adhésion à la pensée critique et rationelle, non plus qu’à la méthode scientifique et la cosmologie qui s’en dégage.

Délire? Vue de l’esprit? Je ne sais pas.

Mais savoir si c’est « vraiment vrai » n’est pas la question.

C’est utile.


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2007/10/31 14:17

Pourquoi j’ai signé la pétition « Québécois dits "de souche" contre l’intolérance » malgré certaines sérieuses réserves

J’ai appris l’existence de cette pétition grâce à un billet de Renart L’éveillé où il nous explique pourquoi il ne peut la signer malgré sa grande tolérance naturelle (en faveur de laquelle je témoigne volontiers).

La pétition est ici.

J’avoue que le libéllé du point numéro trois, tel qu’originalement écrit et raporté par Renart m’aurait aussi posé problème et m’aurait empêché d’y apposer mon nom. La révision, qui n’est toujours pas assez pour Renart, me pose encore problème mais a été assez diluée pour que je puisse m’y joindre.

À condition de pouvoir y enregistrer mes dissidences particulières, ce qui fut fait.

Je reproduis ici le commentaire qui
Continuer la lecture…
accompagne ma signature:

Je signe malgré mes réserves à certains aspects du texte parce qu’en tant que Québécois “de souche” ayant passé la majeure partie de ma vie à Côte-Des-Neiges à vivre parmi les immigrants, je suis profondément choqué et blessé par l’intolérance démontrée par trop de mes concitoyens.Par contre, mes réserves sont que j’appuie le principe d’une citoyenneté québécoise qui soit liée à la connaissance ou la volonté d’aprentissage du Français. Mais étant de nature profondément accommodante, je serais beaucoup plus inclusif dans sa présentation et flexible son application. Et je suis d’accord pour dire que le projet, tel présenté par le PQ, est d’une maladroitesse et d’une insensibilité malheureuse (presqu’absurde) en faisant une exigeance légale (la connaissance du Français pour se présenter à un poste électif) d’un principe qui est déjà très bien établi dans les us et coutumes, qui ne pose problême à personne et qui n’avais donc nullement besoin d’être codifié de la sorte. C’est vrai que cela présume injustement d’un manque de volonté qui n’existe tout simplement pas au sein des nouveaux adhérants à notre société. Bien au contraire…

Et je suis très d’accord pour dire que d’introduire ce projet de loi à ce moment-ci, dans sa forme actuelle, en pleine session de défoulement, relève d’une irresponsabilité étonnante.

De plus, bien que je suis loin d’aller aussi loin que Bock-Coté dans mon analyse… je ne suis pas prêt à condamner son discours aussi catégoriquement. Je crois qu’il existe un espace raisonnable de discussion où ses positions sont légitimes et méritent d’avoir voix au chapître (et non de dominer la discussion).

Ayant dûement inscrit mes dissidences particulières au libéllé, je signe avec enthousiasme cette pétition car il faut se prémunir contre l’intolérance aveugle quelle que soit son origine.

Alain Berger, Québécois d’origine “canayenne”


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2007/10/30 20:26

Hier soir à la commission

Juste pour mettre les choses en perspective, voici, en rafale, les témoignages de la première demi-heure à la commission hier.

C’est rendu à la petite madame qui voudrait que tout le monde s’habille pareil que j’ai perdu les pédales.

Je ne veux pas les mettre sur YouTube.

Mais ça vous aidera à comprendre pourquoi ça a tellement fait de bruit.

Et pourquoi ma réaction fut si extrème.

Ne vous en faîtes pas, le Trudeau en moi a été exorcisé.


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2007/10/30 19:52

Catharsis

20:52 : Je suis ému.

Mais mes larmes sont toutes autre qu’hier. Le climat de ce soir à la commission est à l’axe opposé d’hier. Les gens dans la salle y font même souvent référence.

Mon constat à chaud: Le discours le plus tolérant vient des croyants, pas des laïques. …hmmm, ça prendrait un autre terme. Laïcistes?

Ma réflexion: Les partisans d’une “place publique” qui exclue l’expression religieuse sont toujours les premiers à pointer les religions du doigt comme étant des fournaux d’intolérance. Pourtant…

Ça me rappelle queuqu’chose qu’un gars a dit, un moment donné, y’a longtemps…

à propos d’une paille… et d’une poutre…


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2007/10/29 23:19

Désolé

00:07 : Il y a plein de commentaires dans les 48 dernières heures auquels je n’ai pas encore répondu…

Je voulais le faire ce soir… mais les témoignages que j’ai entendus à la commission BT plus tôt m’ont vraiment trop affectés… j’ai pété une coche… je ne vois pas très clair…

Pfff! Pour que je commence à m’identifier à Trudeau… j’pense qu’il est temps que j’me schédule une session avec mon psy.

Continuer la lecture…Merci à Sam. Ton blogue est une grande découverte pour moi.

Mouafek… Vraiment, merci pour le lien vers l’autre converstation sur l’Imam Koné
http://www.dailymotion.com/videos/relevance/search/imam+kon%C3%A9/1
J’apprécie ton travail aussi… Bravo!

radiCarl, bienvenue chez moi. Je te réponds sous peu… tsé le traumatisme de Kuebek?… je le partage. Pas exactement pour les mêmes raisons mais tout de même… toute idée de réglementer (ou pire, de légiférer) la blogosphère me fait carrément paniquer! Mais tout ça ira à plus tard… comme j’explique… je ne suis pas de saine humeur ce soir… et ça sortirait tout croche. Respectueusement.

Renart, ton amitié m’est précieuse malgré nos différences d’approches.

Bonne nuit tout le monde… le dernier épisode de Heroes vient de rentrer sur mon BitTorrent… Je vais me dégourdir l’esprit avec un peu de pur divertissement… et après …dodo.

A+

PS J’aime quand même profondément mon peuple, c’est juste qu’il me déprime des fois…

Ça serait probablement pire si j’étais américain.


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2007/10/29 19:12

Chus pus capable

19:53 : Je suis en train de me taper la commission BT à Québec en direct à la télé.

J’ai honte

J’ai honte

Je suis loin d’être un multiculturaliste… Mais je refuse de vivre dans une société qui ne veut pas être pluraliste.

L’intégrisme laïque démontré par trop de mes concitoyens m’écoeure.

Chus pus capable.

J’en suis aux larmes…

Je vous laisse sur ce billet que j’ai écrit il y a peu de temps qui exprime mon dégoût et ma déprime actuelle face au profond manque de confiance de mon peuple.

Chus pus capable.


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2007/10/11 16:02

Le dûr chemin de la marginalité.

Ce billet est une réponse à un billet de mon ami Renart Léveillé qui fait écho à certaines choses que j’ai dites ici et m’a beaucoup donné à réfléchir. [Merci Renart.]

Je crois pouvoir dégager deux axes de réflexion bien distincts qui m’interpellent dans son billet le premier étant lorsqu’il demande: « quelle est la différence entre un homme-sandwich qui publicise un produit de consommation et quelqu’un qui affiche sa religion par un vêtement symbolique? » Mais je sens qu’au fond, nous ne sommes pas si loin l’un de l’autre là-dessus et qu’il a bien compris l’idée (outre la question ci-dessus) que j’essayais d’exprimer lorsqu’il dit: « Je me demande bien quel serait le résultat d’un sondage sur la question des hommes aux cheveux longs… » [En effet, mon ami, il n'y a pas si longtemps, j'aurai ri à l'idée... mais vraiment, aujourd'hui... si la question avait été posé au même échantillon, lors du même sondage, dans le contexte actuel?... Je ne sais plus... et je crains que nous serions surpris] Mais bien que la question en soi, celle de comparer le signe religieux arboré sur sa personne à l’homme-sandwich qui publicise un produit de consommation m’interpelle, je la mettrai de coté pour m’adresser à ce que je crois être le vif du sujet.

Renart prends à parti un passage particulier de mon billet où je trace un paralèlle équivalent entre « l’Hassidique » et « le Marginal. » et, en effet, moi d’ajouter plutôt gratuitement pour ce second archétype: « gauchistes … qui rejettent le système marchand qui … leur permet d’exister. » et que j’associe tour à tour à la simplicité volontaire, au freeganisme, etc…

Il me reproche alors de:

…mélanger les choses. Je crois surtout qu’il faut éviter de diaboliser la gauche en la vidant de tout son sens pratique. Donc, je ne crois pas que la simplicité volontaire est un chemin direct vers l’assistance sociale et pire, l’itinérance. Aussi, je ne crois pas que le rejet du système marchand s’accompagne obligatoirement d’une volonté de scission avec la société pour ceux qui la rejettent. Et je ne peux pas m’empêcher de dire que ce propos me fait joyeusement penser à ceux qui pensent que de prendre une bouffée de marijuana mène automatiquement au crack…

[Ha ha! Bien dit! ...Euh, mais c'est de moi qu'il parle, là. Ouch! Non, je ne veux pas être associé à ceux-là. :))]

Maître Renart, a du visou. Et il vise juste.

Et il a un peu raison de dire que je mélange les choses. Mais juste un peu.

Avant de continuer, je tiens à dire que je regrette entièrement l’inclusion du concept de simplicité volontaire dans ma caricature du cas type de marginalité idéaliste que je met, en effet, sur un pied d’égalité avec celle du Juif ultra-orthodoxe. Et surtout de l’association qui en résulte avec l’image du marginal qui me demande mon aide lorsque ses idéaux ne suffisent plus à la tâche.

La simplicité volontaire est une approche que je trouve tout-à-fait raisonnable, saine et désirable face à un monde où la logique marchande prends de plus en plus, dans nos vies, une place qui devrait être réservée à la spiritualité et à la métaphysique (et à l’art libre aussi) et je n’aurais pas dû la mettre sur le même pied que les autres idéologies et pratiques plus extrêmes que je citais. Je cherchais un concept plus francophone pour compenser le fait que je ne trouvais pas de termes Français pour le freeganism et le dumpster diving.

Mon billet était quand-même écrit sous l’effet de la colère et de l’amertume et j’avoue que j’y suis allé à (très) gros traits dans mes descriptions et analogies. Et un peu maladroitement peut-être… car mon intention n’était pas du tout d’intimer « que la simplicité volontaire [ou même les autres pratiques que j'ai citées sont] un chemin direct vers l’assistance sociale et pire, l’itinérance. » (Je vois bien, en me relisant, que c’est plutôt ce que j’ai fait. Mais là n’était pas mon intention) Au contraire, je crois absolument qu’il est (et qu’il doit être) possible de vivre pleinement selon ces approches, idéologies et modes de vie si on le choisit.

Je dis seulement que c’est difficile. Et que la société ambiante n’a pas à s’en accommoder tant et aussi longtemps que le principe ne commence à faire consensus au sein d’une pluralité suffisante.

Je connais des gens qui font des choix semblables …et réussissent. Ils ont mon respect et surtout mon admiration, d’abord parce que je me sais moi-même incapable de vivre de tels choix, au quotidien, avec une telle rigueur et une telle discipline, mais surtout parce que leur démarche n’implique pas d’exiger ou de revendiquer que « la Société » at large adopte leurs pratiques (mêmes s’ils le souhaitent) ou même qu’elle s’en accommode. Eux, sont tellement convaincus d’avoir pris le bon chemin, qu’ils le vivent simplement, quotidiennement, difficilement, en subsistant tant bien que mal presqu’exclusivement de leur petite économie communautaire parallèle… se disant que de toute façon, bientôt, tout le monde vivra comme eux. Ce qui ne les empêche pas de vanter leur mode de vie à quiconque veut l’entendre… faisant petit à petit de nouveaux adeptes. Et provoquant chez moi, (et ceux comme moi) même si je trouve qu’ils y vont quand-même un peu fort, de sérieuses remises en questions de mes propres pratiques dans mon propre quotidien d’homme qui a fait le choix de jouer le jeu de l’insidieuse société de consommation.

Le cas du Juif orthodoxe est pour moi, identique au précédant de la façon suivante: Bien que ce qu’il tient à vivre au quotidien ne m’emballe pas du tout. Lui aussi, ainsi que son épouse, j’insiste, [certaines diront qu'en tant qu'homme je n'a pas le droit d'insister là-dessus, ont-elles raison?] sont convaincus d’être dans le droit chemin. Eux aussi font des choix difficiles pour pouvoir vivre simplement, quotidiennement, une quête spirituelle centenaire qui est centrale à leur identité. [Je sais que ce n'est pas évident pour nous de le concevoir ainsi, je partage cette difficulté, mais c'est bien de quoi il s'agit.] Et eux non-plus n’exige pas de la société at large qu’elle adopte leurs pratiques. Même si eux aussi souhaiterait qu’on se calme un peu avec notre poursuite effrenné cette société de consommation qui nous mène à notre perte (morale et spirituelle de leur point de vue.) Et je me dois de respecter cela puisque, même si je trouve qu’ils y vont un peu fort, je revendique moi-même le droit de poursuivre ma propre quête spirituelle, dans mon quotidien sans que qui que se soit s’en mêle si je n’en ai pas envie.

Un et l’autre ont choisis, parce qu’ils rejettent des pans entiers de l’ensemble des « valeurs et institutions qui inspirent l’adhésion du plus grand nombre, » de vivre en marge de la société. L’un inspire mon respect car j’admire les valeurs au nom duquel il agit, l’autre obtient ma tolérance, vu les sérieux problèmes que j’ai avec la misogynie et l’insularité de sa spiritualité. Mais que j’aime ou j’aime pas, je me dois de défendre sauvagement l’espace de sécurité et de liberté qui leur permet de vivre ainsi car je le revendique pour moi-même. Je revendique le droit de vivre pleinement, selon mes convictions à moi, même si elles ne cadrent pas entièrement avec celles de la majorité. (Dans l’harmonie et le respect d’autrui, évidemment) Il me semble que là-dessus, mes amis « gauchistes » et moi pouvons nous entendre, non? Ne revendiquent-ils tous pas à leur façon en tant qu’individus, tout comme moi, le droit de ne pas marcher dans le même sens que la masse?

Mais l’autre chose que j’essayais d’exprimer dans ce paragraphe c’est ce qui ce passe lorsque les groupes et les individus qui font le choix de la marginalité commencent à exiger que la société s’accommodent de leurs modes de vie plutôt que le contraire. Ainsi que la nature du sentiment individuel (que je ressens comme tout le monde) qui sous-tend ce « refus global » de les accommoder. Je voulais démontrer que moi aussi, je comprends que « le sens des accommodements est un gouffre sans fond. » Mais ma cible, avec mon exemple caricatural du « militant de gauche freeganistique » ne visait pas tant le militant politique réfléchie d’une gauche responsable que je crois indispensable à l’évolution d’une société équilibrée que ceux, et il y en a plusieurs, tout militant de gauche le moindrement peu honnête vous le dira (en privé du moins, après quelques verres dans l’nez) qui scandent tous les slogans par besoin de sentiment d’appartenance sans vraiment avoir réfléchi aux implications réelles de ce qu’ils prônent et encore moins, à l’instar du premier groupe que j’ai mentionné, d’en vivre les conséquences.

Je ne me fais toutefois pas d’illusions, la droite militante possède son lot de ces individus. Je ne suis pas de ceux qui croient que c’est un phénomène uniquement de gauche. J’ai choisi, ici, l’exemple de la gauche parce que, n’en déplaise à Renart, la vaste majorité des individus de notre société sont (encore) incapables de se départir (en partie avec bonne raison) de la croyance que l’abandon de notre système de croissance actuel serait un désastre terrible et planétaire qui mènerait à la plus grande misère pour le plus grand nombre. Et pour eux, comme pour une partie de moi, ce que certains militants de gauche prônent nous semblent aussi farfelu que l’idée que Dieu a ordonné aux hommes de ne pas se raser et aux femmes de marcher derrière.

Dernière note avant de complètement passer pour un droitiste enragé:

C’est vrai que je suis de ceux qui croient (pour moi il s’agit d’une réalité) que la sécurité, la liberté, l’extraordinaire privilège (par rapport à mes ancêtres) que j’ai à m’exprimer ainsi (et d’être lu) dépendent tous intimement du « succès » de notre système de croissance actuel. Et que son abandon imprudent serait désastreux.

Mais je suis loin d’être insensible à l’autre coté de l’argument évoqué dans la note pessimiste sur laquelle Renart termine son billet: « je ne crois pas que notre bonne Terre va s’accommoder très longtemps de nous… » Je reconnais entièrement que ce que je nomme le « succès » de ce système est aussi en train de nous mener droit vers un terrible désastre planétaire. Voyant de terribles désastres de chaque coté qui doivent être navigués avec finesse et sobriété si nous espérons nous en sortir, je n’ai aucune patience avec ceux de ma mouvance qui nient le désastre écologique à venir et que sa cause est justement le système (et son rythme) que nous prônons tous. Mais j’ai aussi beaucoup de difficulté avec ceux qui, au nom de l’urgence du désastre écologique qu’ils voient clairement poindre, refusent de comprendre qu’une transition hors de notre système de croissance se fait vraiment à grand risque et péril et ne peut être implanté que très, très, très, et j’insiste, très prudemment, sans quoi nous risquons aussi un grand désastre à l’échelle planétaire qui en plus de plonger l’humanité dans la misère, risque de nous enlever les moyens d’agir pour contrer le premier désastre dont la mécanique infernale est déjà enclenchée! Ceux là de chaque coté, pour moi, n’ont pas de solution réelle à apporter.

Mais à ceux qui comme moi, reconnaissent le double tranchant de l’épée de Damoclès qui frôle nos cheveux, à ceux là, quelle que soit leur mouvance d’origine, je dis: Mes amis, mettons nous au travail, l’heure est grave et il faut nous pencher sur les solutions.


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2007/10/10 14:02

Soixante-Cinq pour Cent

C’est pas des farces, les amis, je suis vraiment, vraiment découragé.

Je ne pensais sérieusement pas qu’on en était .

Que « Quelque 90% des personnes sondées rejettent l’idée de leçons de natation particulières pour les filles, ou encore la possibilité de voter le visage voilé, » je comprends, je suis d’accord. Sauf que je n’ai aucun problème avec la première chose dans un contexte privé (Là où une piscine offre la possibilité de louer du temps à l’usage exclusif de groupes ou d’associations privées, est-ce de mes affaires s’il s’agit d’un groupe formé uniquement de femmes et de filles?) et la seconde va de soi… Bien que j’insiste pour répéter: Aucune demande du genre n’a encore jamais été présentée. Aucune.

Que « La même proportion de répondants s’oppose à la demande des hassidim d’obtenir un évaluateur masculin pour un examen de conduite à la Société d’assurance automobile du Québec, » là aussi, je suis complètement dans la mouvance. Je vous confesse même le léger plaisir mesquin que je ressens à l’idée de l’Hassidim borné dont la « performance » est soudainement soumise au jugement d’une femme qui a l’autorité de lui dire qu’il « n’a pas les talents nécessaires » si c’est le cas. Le « raisonnement » qui me passe par la tête dans ce cas-ci est, j’imagine, semblable à celui de la moyenne de mes compatriotes: Tu as choisi de vivre selon des règles strictes et anciennes qui te viennent de Dieu, M. Hassidim? Très bien. C’est ton droit (et celui de ton épouse.) Mais n’oublies pas que tu vis dans une société qui a fait des choix différents. Et lorsque tu as affaire à l’appareil d’État de cette société, c’est à toi de t’accommoder. Sauf que j’ai la même attitude envers les jeunes gauchistes marginaux et idéalistes qui rejettent le système marchand qui, selon moi, leur permet d’exister: Vas-y avec ta simplicité volontaire et ton dumpster diving freeganistique, tu as mon respect, car tu vis tes convictions (tout comme l’Hassidim,) mais ne viens pas ensuite me dire que tu as faim et que je dois contribuer davantage de mon pécule pour ton bien-être. La société a fait des choix différents et si tu veux y vivre en marge, très bien, mais accommode-toi.

Mais je ne fais ici que défendre un « droit » que je me réserve moi-même; celui de vivre ma vie comme je l’entends, de ne pas adhérer entièrement à ce que « la Société » m’impose comme mode de vie. Ceci dit, je reconnais entièrement la nécessité pour « la Société » de se donner des valeurs et des institutions qui inspirent l’adhésion du plus grand nombre. C’est là un des ingrédients essentiels à ce qu’elle puisse créer un espace de sécurité et de liberté suffisant pour que j’aie (tout comme l’Hassidim, tout comme le Marginal) le luxe de choisir les valeurs personnelles selon lesquelles j’entends mener ma vie. C’est pourquoi je ne demande aucunement à ce qu’elle m’accommode sur les points où je choisis de ne pas suivre la masse. C’est mon choix et je suis prêt à en assumer les conséquences.

Pour moi, cet espace de sécurité et de liberté est l’élément le plus précieux de la société dans laquelle je vis (ça et le fait de vivre en français) et toute pensée politique que je puisse avoir, aussi ambivalente et paradoxale puisse-t-elle paraître parfois, est fondé sur la recherche de l’équilibre entre le maintien de cet espace de sécurité et de liberté qui m’est si précieux et la solidité des assises sociétaires que je crois nécessaire à son existence (et le fait de pouvoir faire tout ça en Français.) Je suppose que cela fait de moi une sorte de conservateur.

Ah, et puis, putain!

Oups. J’veux dire:

Criss!

C’est pas une valeur québécoise, ça? Le fait de pouvoir vivre comme on l’entend? Le droit de choisir comment je vais vivre ma vie, de faire à ma tête, selon ma conscience?

D’un peuple descendant d’individus courageux qui, non content de leur sort, ont tout risqué pour venir coloniser une terre froide et cruelle… parce qu’ils voulaient une terre bien à eux… où ils pourraient élever leurs enfants et « vivre comme ils l’entendent… »

D’un peuple qui a produit ces coureurs-des-bois qui ont eu la sagesse de ne pas se borner à leur mode de vie d’origine, mais de choisir une palette de valeurs métissé et adapté à leur nouveau milieu afin de mieux « vivre comme ils l’entendent… »

D’un peuple qui s’est servi de l’Église lorsqu’il avait besoin d’une institution qui lui permettait de « vivre comme il l’entend » alors qu’un Empire tentait par tous les moyens de l’assimiler… mais qui, lors de ses soirées de fêtes, chantait « swingue la bacaisse dans l’fond …d’la boîte à bois » dès que le curé avait le dos tourné…

D’un peuple qui s’est servi de l’État lorsqu’il avait besoin d’institutions lui permettant de « vivre comme il l’entend » alors qu’une Église devenue trop misogyne et xénophobe tentait par tous les moyens de le figer dans l’Histoire… Mais qui demeure un champion du travail et de l’économie « au noir… »

D’un peuple qui lorsque tenté par un post-nationalisme bilingue, multiculturel et pan-canadien illusoire dans lequel il se serait fondu, a su dire: Non. Nous entendons vivre notre liberté en français.

N’est-ce pas de ce peuple que je descends?

N’est-ce pas de ce peuple, de ces traditions, de cette lutte que je tiens ma soif de liberté et cet air frondeur sitôt qu’on se mêle de comment j’ai choisi de vivre ma vie… que ça vienne de l’Évêque, du Ministre ou du Grand Marchand?

Ou est-ce que je nous confonds avec les amerloches?

Est-ce ce peuple qui, maintenant qu’il profite de ses grandes victoires et des immenses progrès qu’il a fait sur tous ces fronts, [Mise à-part la Sainte-Souveraineté, quelqu'un peut-il honnêtement plaider qu'aujourd'hui, le Québec n'est pas « aux Québécois? » Et je vous mets au défi de trouver une autre petite (dans le sens numérique) nation conquise par un empire dans toute l'histoire récente qui s'en soit tirée aussi bien que nous et dont les individus jouisse autant de la liberté de vivre selon sa conscience que la nôtre. Il faut qu'on s'en rende compte, les amis, nous sommes la seule nation du genre à être aussi pleinement intégrée dans la société occidentale qui domine la planète tout en ayant autant gardé notre caractère propre... Nous sommes, à toutes fins pratiques, maîtres chez nous. Nous ne sommes plus les Victimes, nous sommes les Dominants!] maintenant qu’il se retrouve dans la position dominante… qu’il possède pleinement (ok, presque pleinement) tous les moyens de son épanouissement sauf celui, et c’est critique, de conserver son rapport démographique à ses voisins… maintenant que ce peuple, à défaut de se donner les moyens de faire un maudit gros paquet de bébés, a amèrement besoin de tous ces immigrants francophones de bonne volonté pour poursuivre le rêve d’une Grande Nation francophone en Amérique… maintenant que pour la première fois, c’est lui qui est en position de décider pour les autres, il se retourne de bord et adopte les comportements contre lesquels il s’est toujours défendu au nom du droit de vivre comme il l’entend.

Parce qu’en disant ceci:

65% des gens pensent que les petites musulmanes ne devraient pas pouvoir porter leur foulard à l’école

…c’est ce qu’a fait mon peuple.

Pardonnez la référence très anglo-saxonne mais… j’ai l’impression d’être dans Animal Farm!

Parce qu’ici, contrairement aux cas cités plus haut, il ne s’agit pas du tout, mais alors là, pas du tout que « la Société » (et ses institutions) n’aie à accommoder qui que se soit. Il s’agit, à toutes fins pratiques, d’une minorité de gens de bonne volonté, dans la grande majorité déjà francophone, (!) qui sont entièrement prêts à participer à bâtir une nation francophone en Amérique ou les gens peuvent vivre librement, harmonieusement, selon leur conscience (en Français!) qui sont (dans la très, très grande majorité) prêts à s’accommoder soi-même et qui, pour s’accommoder à vivre aussi pleinement selon nos normes tout en conservant, un tant soit peu, un petit morceau de leur identité propre, ont des filles et des femmes qui choisissent de porter un bout de tissu sur la tête, c’est un choix personnel, qui n’exige absolument rien de notre part en tant que culture dominante, et elles sont prêtes à assumer la signification sociale de leur geste. Tout autant que la petite punk qui se fout des boucles d’oreilles où elle n’en a pas et se teint les cheveux de couleurs impossibles.

Pis nous, après avoir bûché pendant quatre siècles… contre l’hiver… contre le courtisan français qui s’foutait d’notre gueule… contre le soldat anglais… contre l’Empire Brittanique qui voulait nous assimiler par force d’armes ou de lois… contre l’Église quand elle a voulu nous imposer une identité dans laquelle on ne se reconnaissait plus… et toujours contre l’hiver… et aujourd’hui contre l’Hégémon américain et globalisant qui est, en partie, animé d’une quête de liberté semblable à la nôtre mais à qui nous disons: Non. Nous voulons vivre notre liberté comme nous l’entendons. Et en Français!… Nous, on se retourne de bord et on dit à ceux qui nous suivent, à ceux dont nous avons besoin pour la poursuite de ce rêve, et en particulier à un petit nombre qui, croyez-moi, plus que les autres, sont prêts à mettre la grande expertise de survie identitaire de leur culture au service de la nôtre et de notre rêve d’un espace francophone en Amérique… mais nous en échange, on leur dit: Non. On aime pas comment vous vivez. …non, pire: On aime pas comment vous vous accommodez à vivre chez-nous. Si vous voulez vivre parmi nous, non seulement notre société ne s’en accommodera pas, (ce qui est normal, dans les limites du raisonnable) mais on va vous dire comment vivre! La liberté de vivre ensemble, mais chacun selon sa conscience, comme il l’entend (et en français) que nous exigeons pour nous n’est pas pour vous, à moins de vous assimiler!

Ceci n’est pas mon peuple. Pas celui pour lequel j’étais prêt à me battre. C’est pas des farces, je ne m’y reconnais plus. Si le pourcentage avait été 30% ou 40%, j’aurais trouvé ça assez normal, société pluraliste oblige, et suffisant pour au moins ouvrir un débat. À 48%-50%, je me serais inquiété, j’aurais sonné l’alarme. Mais vraiment, 65%… je suis complètement sidéré.

J’ai honte.

J’ai honte d’un peuple qui est incapable de se rendre compte de la place privilégiée qu’il occupe dans le monde et qui semble incapable de s’assumer en tant que culture dominante. Un peuple si peureux, si frileux qu’il est prêt, parce qu’encore obsédé par une survie qu’il a largement conquise, à nier à ses meilleurs alliés, plus petits que lui, ce même espace de liberté pour lequel il s’est toujours battu.

Mon peuple est-il fondamentalement totalitaire?… intégriste? N’a-t-il plus de dignité.

Au fond, c’est de ma faute. Je me faisais des illusions dans mon petit oasis de Côte-Des-Neiges parmi tous ces nouveaux arrivants pleins de bonne volonté. Je croyais que j’étais d’un peuple fier et confiant. Mais c’était eux que je voyais.

Saviez-vous que malgré le fait que mon arrondissement soit parmi un de ceux qui sont le plus en proie à la pauvreté, (matérielle) il est deuxième parmi ceux qui sont le moins en proie à la criminalité. Oui, oui, j’ai bien dit: Côte-Des-Neiges/Notre-Dame-De-Grâce, l’arrondissement à la plus grande concentration d’immigrants et de pauvreté à Montréal (donc au Québec) est le deuxième plus « sécuritaire » de la ville. (Ma source est orale, mais elle est sûre) Autre fait à noter, les endroits où pauvreté rime avec criminalité à Montréal aujourd’hui, sont surtout ceux où la pauvreté est celle des gens de mon peuple… je devrais ajouter: et des Anglos (de souche) et des Amérindiens.

Pourtant, pas chez les immigrants (parmi lesquels j’ai la chance de vivre.)

Cette fierté, cette dignité, cette soif de liberté et de paix (et d’entraide), cette volonté de s’accommoder soi-même des travers de la vie… qui appartenait à mes ancêtres, je ne la reconnais plus chez mon peuple aujourd’hui.

Mais je la vois tous les jours autour de moi. Chez ces Philippins qui, malgré la grande pauvreté de beaucoup d’entre eux, mettent chacun leurs meilleurs atours et marchent fièrement lorsqu’ils vont vers l’église le dimanche. Chez la jeune Africaine mono-parentale qui travaille si fort pour si peu et qui malgré le fait que parfois elle ne peut servir qu’un bol de riz à son fils pour souper, continue sans relâche à l’entraîner à être poli, studieux et bien élevé. Chez l’Arabe qui mange un festin bien mérité au soleil, dans le parc, entouré de sa famille. Chez le Péruvien qui travaille deux jobs pour que ses enfants aient une meilleure vie.

Aujourd’hui, mon peuple, c’est eux.


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2007/10/05 11:42

Des fois, il faut japper.

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Dans la « vraie vie, » cette fois, pas dans la blogosphère.


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