Billets tagués ‘Informatique’

2008/08/06 20:36

Cinénomètres? Pfff… Bagatelles!

RFID Tag

[Ce billet se voulait un commentaire au billet de Renart L'éveillé qui critique la position de Martin Masse qui vilipende une prise de position de Pat Lagacé... fiou. Pour ceux qui n'iront pas lire les liens, le sujet est l'imposition de cinénomètres sur nos routes. Ça commençait à faire un peu trop long pour un simple commentaire, alors je le commet ici.]

On peut difficilement (j’espère) mettre en doute mes fortes sympathies libertariennes “éconocentrophile”, pour utiliser une expression de Renart … mais ici, je déroge et penche plutôt du coté de “Big Brother”. Je ne vois d’ailleurs pas vraiment ce qu’il y a de si “répressif” ou “coercitif” à l’idée de se servir de cinénomètres pour augmenter l’efficacité de notre système de circulation des biens et des personnes. (En réduisant davantage les “pertes”, si je puis m’exprimer ainsi.) La critique de Masse (avec laquelle je suis plutôt d’accord) porte surtout sur le réflexe autoritaire auquel fait appel Lagacé dans son désir d’imposer une telle solution… Mais qui a dit qu’il fallait “l’imposer”?… Il s’agit, selon moi d’une idée qui est politiquement vendable.

De plus, il n’y a pas qu’une question de sécurité routière dans tout ça, il y en a aussi une de productivité économique.

En fait, un système de cinénomètres est nettement insuffisant. Pour ma part, j’irais encore plus loin.

C’est une idée qui m’est venue non pas d’une préoccupation pour la sécurité routière, mais plutôt du fait qu’il y a peu de chose au monde que je déteste plus que d’être obligé d’attendre à un feu rouge lorsqu’il n’y a clairement pas un chat autour et de mon désir technophile de voir des feux de circulation assez “intelligent” pour me laisser passer dans un tel cas. Ma petite tête d’informaticien s’est mise à imaginer ce qu’il serait possible d’accomplir avec la technologie existante et soudainement, ça m’a frappé…

RFID Chips.

Ou, en français, selon l’OLF, des puces d’identification par radiofréquence.

La même technologie qui permet à Wal-Mart (ce modèle que les éconocentrophiles adorent citer en exemple) de suivre, en temps réel, chaque parcelle individuelle, tout le long de la chaîne de distribution, de façon à pouvoir les détourner et les diriger selon la demande spécifique dans chaque magasin (Le système de gestion et de flot d’inventaire le plus efficace au monde) pourrait facilement, en combinaison avec les aides à la navigation du type “OnStar“, être appliquée au système de circulation des véhicules.

Grâce à cette technologie et une série d’algorithmes distribués il serait possible de mettre en place un système qui permet de savoir avec précision, en temps réel, la position, direction et vitesse d’absolument tous les véhicules du parc routier sans exception.

Imaginez maintenant que votre véhicule soit équipé d’un bidule qui a accès à cette information de façon à vous assister dans votre navigation et qui vous suggère le trajet le plus efficace pour vous rendre à destination, non seulement en fonction de la circulation, mais aussi de façon à promouvoir une circulation optimale pour tout le système. Le système pourrait aussi détecter un conducteur qui agit dangereusement et aviser instantanément tous les conducteurs des environs d’être sur leur gardes tout en fournissant la position relative du véhicule dangereux. Il détecterait les infractions graves et aviserait les intervenants appropriés du lieu et du danger potentiel… pour les infractions moins grave il produirait les contraventions nécessaires… etc…

Le système pourrait même vous suggérer les vitesse optimales à adopter tout au long de votre trajet en prenant compte d’informations qui ne sont tout simplement pas disponibles à un conducteur isolé dans sa voiture, mais aussi en fonction d’une consommation d’essence optimale.

Selon moi, les gains en efficacité, en productivité, sans compter les économie palpables (et ce, à tant de niveaux que ça étourdit) qu’un tel système pourrait permettre font lettre morte des considérations de droit à l’intimité que certains, autant à gauche (crainte d’un Big Brother corporatif) qu’à droite (crainte d’un Big Brother étatique) pourraient soulever

L’analogie orwellienne ne fonctionne que si l’on imagine une figure d’autorité centrale qui à accès à toute l’information en même temps et qui soit capable de la traiter. Mais surtout, pour que ça fonctionne, il faut qu’elle ait accès à cette information de façon exclusive.

Ce que l’ère des technologie de l’information nous révèle, c’est l’absurdité, voir l’impossibilité, d’une telle cette vision centralisée. Ce qui devient de plus en plus apparent, par contre, ce sont les bénéfices extraordinaires que l’on peut soutirer lorsqu’on se sert de ces technologies pour colliger le plus d’information possible des façons les plus diverses possibles et surtout, en la rendant accessible au plus grand nombre possible… Mais cela implique aussi que pour en augmenter les bénéfices, il est nécessaire d’abdiquer de plus en plus de terrain au niveau de ce que l’on considère la “sphère privée”… n’en déplaise à plusieurs, moi le premier!

Tout savoir sur tout le monde peut devenir une grande bénédiction… à condition que tout le monde puisse tout savoir.

I have seen Big Brother and He is Us.
(Quelqu’un a sûrement déja dit ça avant moi)


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2007/12/21 13:58

Chômage

Le bout du rouleau…

Fini.

La compagnie pour laquelle je travaille agonise…

Elle ne peut plus me payer… elle ne peut même plus me garantir ce qu’elle me doit déjà. C’est fini. Mise-à-pied “temporaire”. Heh, et l’ironie du fait que tout ça se passe à ce moment-ci de l’année n’échappe à personne. [Christmas is going to be a Bob Cratchit affair for me this year...]

C’est la fin d’une époque pour moi. Onze années consécutives sans assistance gouvernementale quelconque. Et que de chemin parcouru!…

Il y a 12 ans, je vivais de l’assistance sociale. Un jeune homme sans perspectives, ayant abandonné toute prétention de la carrière d’acteur dont il avait rêvé et dans laquelle il s’était brievement investi. Le mieux que je trouvais, pour gagner ma vie, était de faire des appels pour les maisons de sondage. Boulot précaire et crève-faim s’il en est un.

Puis est arrivé l’économie du savoir.

Grâce à toutes sortes de concours de circonstances, certains dûrement arrachés, d’autres relevant de la chance la plus improbable (je crois que c’est ce qu’on appelle la vie)… la venue de l’économie du savoir a permi à un p’tit smatte sans diplôme comme moi de s’enseigner à maitriser cette nouvelle technologie et à se hisser, au fil des opportunités, du rang des 20% les plus pauvres de notre société à celui des 20% les plus riches. [Sautez pas au plafond. Le bas de la tranche du premier 20%, c'est pas rien, j'avoue, mais c'est pas la fin du monde non-plus... Dubuc a raison de dire que le Québec pourrait et devrait faire mieux.]

Et que d’aventures à naviguer ce nouveau monde!… je me souviens, à l’époque de la bulle “DotCom”… il y avait tant d’argent! …tant d’argent!… tant d’opportunités… J’ai pu voir et vivre le capitalisme sous tous ses angles, du “start-up” aux hautes sphères corporatives …mon chemin m’a même brièvemment ammené à travailler pour Michèle Courchesne, alors qu’elle était VP Marketing chez Cognicase, une “grosse” boîte informatique de l’époque, depuis avalée par CGI.

Tout ça pour aboutir, il y a environs 5 ans, dans une situation de rêve. Un boulot dans une petite boîte de recherche ayant une idée révolutionnaire repoussant les frontières de la science informatique… le genre d’idée qui (si elle fonctionne) va changer le monde mais qui demande toujours davantage de recherche et développement (donc de financement) pour mener à terme… C’est là où, pour la première fois, on me paye entièrement non seulement pour mon expertise en bases de données, mais surtout (et c’est important pour moi, n’ayant aucun diplome) pour mes connaissances en tant que programmeur. Pour eux, le fait que j’ai appris par moi-même est un plus! C’est depuis ce temps là que je me dis informaticien.

Mais voilà, c’est fini.

Le dollar américain qui fait tourner mon industrie ne vaut plus grand chose. [Truth is, a good part of my personal revenue for the last 5 years was (indirectly) coming from U.S. taxpayers] Et l’économie qu’il représente, après 7 ans de la folie Bush, tourne maintenant à sec. Pouf! Crack! Il n’y a plus d’argent!

Les cours d’eau vitaux à l’écosystème capitaliste dans lequel les petites entitées comme nous survivent sont maintenant à sec… et les plus vulnérables commencent à tomber. Ce n’est pas fini…

Je ne me plaint pas. Bien que je sois en deuil de ma “situation de rêve” (qui de toute façon, n’en était plus vraiment une depuis déjà 6 mois), je regarde en arrière et je ne peut qu’être émerveillé et me dire: “Woo-wee! What a ride!!!”.

Vive le capitalisme!

On me dit que le marché place encore beaucoup de valeur sur mes connaissances, mon expertise et mon expérience… j’ai bien hâte de voir.

De toute façon, ce n’est pas ça qui est important:






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2007/11/04 15:47

Les accommodements linguistiques selon François

Je vais vous raconter une histoire.

Il s’agit d’une histoire vraie, seuls les noms ont été changés.

C’est l’histoire de François, une jeune informaticien de grand génie qui n’en peut plus de pâtir dans sa France natale. Après ses études, il s’est déniché un boulot stable dans les télécoms. Il développe des algorithmes de gestion de switches qui, à leur tour, contrôlent le flot des informations de communications de toutes sortes. Ce qui, croyez moi les amis, n’est pas un boulot pour les idiots.

Mais François étouffe. La perspective d’évoluer dans ce monde sclérosé, fermé, sans perspective d’avancement, où l’excellence ne sert à rien car tout est réglé par l’ancienneté et où tout le monde est plus intéressé à protéger ses privilèges qu’à accomplir quoi que ce soit, le déprime. François est cent fois meilleur que ses collègues… et il le sait. Il a des idées, au niveau de ce qu’il fait, qui améliorerait grandement le flot des coms. Mais lorsqu’il les présente à ses patrons, il se fait dire de ne pas insister, il a peut-être raison, mais « il ne faut pas trop bousculer les choses… ça dérange. » François n’en peut plus. Il se dit que le seul endroit ou ses talents seront reconnus à leur juste valeur est en Amérique. Mais seulement, voilà, François ne parle ni ne comprend un seul mot d’anglais.

Un seul espoir s’offre à lui, le Québec.

Continuer la lecture…

On dit qu’au Québec, c’est comme en Amérique, que les gens y sont plus libres qu’en France, que l’excellence y est récompensée et qu’une fois qu’on s’habitue à leur drôle d’accent, on s’aperçoit qu’ils parlent français. Et il ne faut pas s’imaginer qu’ils sont toujours dans leurs petits villages, à vivre avec les indiens. Il s’agit d’une société nord-américaine moderne, où tout se passe en français… Génial!
N’écoutant que son courage, François prend la grande décision. Il quitte son boulot, plie bagages et s’envole pour Montréal.Une fois à Montréal, François n’en revient pas, nous sommes encore à l’époque de la bulle DotCom et les offres d’emploi pour un informaticien avec ses qualifications pleuvent de partout. C’était vraiment pas comme ça en France, qu’il se dit. Mais entrevue après entrevue, (ou entretien, comme il dit) c’est la même histoire.

Son CV et son expertise sont impressionnants, (comme je vous l’ai dit, le boulot qu’il faisait en France impressionne ceux qui connaissent ça) sauf qu’à chaque fois, la personne (le plus souvent une dame du département des ressources humaines de l’entreprise) entièrement francophone “pure laine” qui mène l’entretien, achoppe invariablement sur la même question. François ne parle pas anglais et ça, c’est un problème. Un problème au point qu’on ne peut lui accorder l’emploi malgré ses qualifications.

[Note de l'auteur: Je suis moi-même informaticien et je dois dire que je comprends très bien la situation... C'est presque inévitable ici qu'un informaticien du calibre de François soit appelé à collaborer de très près avec divers partenaires et clients unilingues anglophones partout en Amérique du Nord. Une connaissance fonctionnelle de l'anglais est un atout essentiel et ça, c'est une réalité qu'aucune loi québécoise ne peut changer.]

François est complètement découragé. On lui a menti. C’est faux de dire que tout se passe en français ici, puisqu’on ne peut pas se trouver de boulot si on ne parle pas anglais. François veut bien apprendre l’anglais, mais s’il ne se déniche pas un job bientôt, il devra retourner en France… où il devra faire face à tous ceux qui ont ri de lui, ou qui lui ont dit qu’il était taré de tout abandonner pour se lancer dans une telle aventure. Il ne veut vraiment pas retourner, mais il n’aura bientôt plus le choix, car il n’est pas venu jusqu’ici pour laver de la vaisselle…

François est au bout du rouleau. La source est tarie. Un dernier entretien et après… il ne veut pas y penser. La dame qui lui a parlé au téléphone ne semblait pas avoir pas d’accent. C’est bon signe, espère-t-il. Quelqu’un du pays, peut-être? La boîte où il doit se présenter est à un autre endroit que ceux auxquels il s’était accoutumé dans sa chasse aux entretiens. L’adresse complète dans le courriel n’indique pas Montréal, mais Westmount. Il se demande bien ce que ça signifie.

Arrivé dans la boîte, le dame qui l’accueille est bien celle à qui il a parlé, mais elle n’est pas française. C’est une Québécoise d’origine iranienne dont la famille a quitté l’Iran lors de la révolution islamique lorsqu’elle était jeune pour vivre quelques années en Algérie avant de venir s’installer ici pour de bon. Aujourd’hui, elle parle quatre langues, le perse, l’arabe, le français et l’anglais… et c’est sans compter les dialectes!

Elle le met à son aise. Mais sitôt, elle lui explique que l’entretien sera mené par deux des propriétaires de l’entreprise et que…

Début de l’entretien. François a devant lui Bill, un anglophone de Westmount qui a passé la majeure partie de sa vie adulte aux États-Unis et qui ne comprend pas le français, et Gabriel, un Chinois de Hong Kong qui est venu ici étudier à McGill il y a plusieurs années et qui est resté. Gabriel est plus accoutumé au français que Bill, il le comprend mieux qu’il ne le laisse entendre, mais il a peine à placer un mot devant l’autre lorsqu’il s’agit de le parler. Encore plus décourageant pour François, il vient de comprendre qu’il est tombé sur une petite boîte où tout se passe presque uniquement en anglais… malgré la présence de quelques francophones. Je suis cuit, se dit-il.

Mais rapidement, grâce à la bonne volonté de tous, une communication s’établit à l’aide de signes, de quelques mots clés et d’un tableau blanc. Gabriel parle en anglais, lentement, en qualifiant ce qu’il peut par les mots français qu’il connaît, alors que François fait de même, mais à l’inverse. Heureusement, il découvre qu’il a devant lui pas seulement des entrepreneurs, mais des informaticiens de haut calibre qui réussissent à lui présenter des problèmes qui le font vraiment réfléchir. Mais lui, réussit, à l’aide du tableau, à leur démontrer comment il résoudrait chaque problème et malgré la barrière de langue, tous se comprennent, car tous connaissent le langage des algorithmes. Bill et Gabriel saisissent vite qu’ils ont devant eux un petit génie, un penseur informatique hors-pair, et l’embauchent sur-le-champ.

Depuis ce temps, François travaille de très près avec Gabriel, les deux continuent à s’améliorer dans la langue de l’autre. Et lorsqu’il s’agit de collaborer avec des anglos, Gabriel est présent pour aider François qui lui, s’est avéré fort utile lorsqu’il fut question de convaincre de nouveaux partenaires francophones.

Aujourd’hui, François est heureux. Ses talents sont reconnus à leur juste valeur et son nom circule dans plusieurs milieux unilingues anglophones qui, j’en suis certain, seraient prêts à l’embaucher malgré la barrière de langue.

Fin de l’histoire.

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C’est ironique, n’est-ce pas, qu’un cousin français vienne ici se chercher du boulot et que le seul endroit qui accepte de l’embaucher soit une petite boîte unilingue anglophone de Westmount?

Ça donne à réfléchir. Non?



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