Hier, je vous recommandais de suivre la soirée des primaires sur MSNBC plutôt que CNN. Après avoir lu ce billet de Stéphane W, où il nous rapelle à quel point CNN dedmeure LA référence pour tous les autres services de télé dans le monde, j’ai cru bon d’approfondir les raisons de ma préférence pour la petite chaîne rivale.
Outre le fait que CNN demeure le leader en ce qui a trait au rodage technique et à la capacité d’en mettre plein la vue au téléspectateur avec tous les effets spéciaux, les studios tapissés d’écran hyper-géants et le sérieux du contenu, la différence principale entre les deux chaînes tient à le teneur de l’équipe.
CNN est une chaîne journalistique qui tente de réunir les plus grands talents dans le monde de l’information. Le verni de sérieux et de neutralité journalistique (à la Bernard Derome) de ses chefs d’antenne fait parti de sa marque de commerce et elle y tient (une exception: Lou Dobbs).
Comme j’ai déjà expliqué, MSNBC est le fruit d’une alliance visant à mettre en commun les ressources télé de NBC News avec le savoir et les ressources Internet de MSN en se donnant le défi de brouiller la frontière entre la télé et Internet. Je qualifierais le résultat comme ceci: L’info continue à l’heure de la blogosphère.
MSNBC, tout comme FOX News, le troisième joueur principal dans l’univers américain de l’info continue, brouille davantage la distinction entre l’information et l’opinion à laquelle CNN tient mordicus. Sauf que contrairement à FOX qui fait exclusivement dans la droite réactionnaire et la propagande Bush-Cheneyenne, MSNBC réunit des voix de tous les coins du spectre dans des discussions plus franches qu’à CNN mais plus honnêtes qu’à Fox, où tout le monde a sa place… un ton plus en ligne avec celui de l’Internet.
Comment ont-ils réussi? En formant une équipe qui mélange des journalistes à la CNN avec des anciens insiders mordus de politique… des passionnés qui aiment vraiment ça… (comme moi) et ça parrait.
Quelques exemples:
Chris Matthews: Une des deux têtes d’affiches principales du réseau. Matthews sort tout droit de l’ère Kennedy, ancien membre du Peace Corps, il fut un speechwriter pour Jimmy Carter puis le chef de cabinet de Tip O’Neill, le Speaker (Démocrate) de la chambre des représentant sous l’ère Reagan. Aujourd’hui, Il est l’animateur de Hardball, l’émission référence (souvent parodié à Saturday Night Live) de l’univers politique où la langue de bois est interdite. Son amour du franc-parler n’a d’égal que son amour du grand jeu de la politique et de ceux et celles qui ont le courage de s’y mouiller… son style agressif fonctionne parce que le plaisir visible qu’il prend à faire son travail est contagieux et que le profond respect qu’il porte aux politiciens des deux cotés est si visiblement sincère qu’il se fait tout pardonner. (Quoi que recemment la blogosphère de gauche s’est prise d’une sérieuse dent contre lui parcequ’il aurait fait des commentaires sexistes au sujet d’Hillary Clinton. À tel point qu’il fut forcé de “s’excuser”. En ce qui me concerne, il demeure le meilleur.)
Joe Scarborough: Un autre sympa qui ne fait pas dans la langue de bois. Ancien journaliste de Floride, Joe s’est lancé en politique (du coté Républicain) dans les années 90 et qui a été porté au congrès par la Gingrich Revolution qui redonna la chambre à son parti et escalada l’hystérie partisane de l’époque Clinton. Trop intègre (et grande gueule) pour une longue carrière en politique, Joe a gagné mon estime en 2004 alors que ses analyses et prédictions “sans illusions” n’avaient cesse de s’averer plus vraies que toutes les autres.
Keith Olbermann: L’autre tête d’affiche du réseau, Olbermann n’est pas un ancien politicien, mais est tout de même une sorte de transfuge dans le monde de l’information. Keith Olbermann s’est fait un nom comme journaliste sportif au style érudit, acerbe et incisif… avec tout un sens du punch! MSNBC l’a engagé en faisant le pari que son style était idéal pour le ton que la chaîne voulait donner à l’actualité. Ça fonctionne parce que le mec n’est clairement pas un deux de pique… et quand il fait dans le puéril, il y donne une dimension second et troisième degré qui fait sourir le téléspéctateur averti. Il s’est imposé autant comme la réponse de l’inteligentia de gauche à Bill O’Reilly, sa tête de turc préféré, que comme la version “real news” de Jon Stewart. Avec Countdown, sa revue quotidienne de l’acualité, il s’est gagné, depuis 2004, une estime sans pareille dans la blogosphère gauchiste (à la Daily Kos) en reprennant plusieurs de leurs causes à son émission alors que personne d’autre dans les grands médias ne voulaient en parler (comme les controverses électorales de 2004 en Ohio) et en ne lachant pas prise contre l’administration Bush. Aujourd’hui, il est un des “intouchables” du panthéon de la blogogauche. (Ce qui lui donne une certaine marge de manoeuvre face à ses patrons.)
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Le choix entre CNN et MSNBC se résume, selon moi, comme suit:
Si vous voulez votre actualité politique livré par des professionnels de l’info s’adressant à M. et Mme. Tout-le-monde, allez chez CNN. Si, par contre, vous préférez votre actualité politique livré par des mordus de politique s’adressant aux mordus de politique, MSNBC est pour vous.
Demandez aux autres mordus et insiders de la politique américaine comme Michel C. Auger ou John Parisella quelle chaîne ils regardent.
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Avant de terminer je veux vous livrer un exemple du style souvent plus informel qui fait le charme de la chaîne.
Au printemps dernier, baucoup d’encre coulait dans l’univers des classes bavardes pour reprocher aux chaînes d’info continues de consacrer tant de temps d’antenne aux histoires à la Britney Spears/Paris Hilton… la blague du moment était qu’il n’y avait plus de différence entre E!, le réseau dédié au vedettes, et CNN. À l’époque, MSNBC n’était pas tellement mieux que son compétiteur. La situation s’est résorbé depuis… en partie à cause de l’importance des élections, mais aussi en réaction à un certain ras-le-bol du public. Mais si on peut identifier un évennement qui a commencé à faire renverser la vapeur, il s’est produit à MSNBC alors que Mika Brzezinski la co-animatrice (que j’avoue trouver très hot) de Joe Scarborough se révolte un matin:
Avec 30% des votes comptés Hillary Clinton mène par 4 points. 40% vs 36% pour Obama.
Que s’est-il passé? Les journalistes sont complètement désorientés… la réalité ne suit pas le script qu’ils ont préparé toute la journée… ce n’est pas ce que leurs exit polls leur indiquaient.
Les résidents du New Hampshire sont notoires pour leur tendance à ne pas suivre le scénario qu’on leur impose. Ont-ils décidés de le faire de nouveau?
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L’echo d’un sentiment que je n’ai pas eu depuis la générale de 2004 quand tous les médias croyait à une victoire de Kerry, mais que dès que les résultats commençait à rentrer, la réalité de la victoire de Bush devenait de plus en plus clair…
J’ai le coeur dans la gorge.
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Ajout (21:20): Un lecteur de Sullivan me donne de l’espoir.
Un rare moment d’humanité de la part d’une candidate habituellement trop programmée:
Certains, plus cyniques, diront qu’il s’agit d’un moment programmé, que ses conseillers ont décidé qu’il faut l’humaniser, etc. Je n’en crois rien. Le rythme éffréné et le stress auquel se soumettent ces candidats est positivement inhumain, la plupart d’entre-nous n’y survivrait pas sans y laisser sinon notre santé physique, certainement notre santé mentale.
Certains, plus cyniques, diront qu’il s’agit d’un moment programmé, que ses conseillers ont décidé qu’il faut l’humaniser, etc. Je n’en crois rien. Le rythme éffréné et le stress auquel se soumettent ces candidats est positivement inhumain, la plupart d’entre-nous n’y survivrait pas sans y laisser sinon notre santé physique, certainement notre santé mentale.
Hier soir, en Iowa, un état rural (et blanc) du midwest, les premiers citoyens américains ont pu se prononcer sur le choix d’un candidat présidentiel pour l’élection de novembre prochain. Les membres des deux partis politiques américains ont clairement rejeté le cynisme et le calcul politique des 30 dernières années et ont plutôt choisi l’espoir.
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LE RÉPUBLICAIN:
La victoire de Mike Huckabee est à la fois surprenante (d’un point de vue sagesse conventionnelle) et symbolique de ce qui se passe dans ce qu’on appelle de plus en plus souvent la “Republican coalition“. Cet homme a commencé la course loin dans le peloton arrière. Inconnu, sans argent, n’armé que d’une personalité redoutablemant attachante et d’un message qui, malgré sa confortmité absolue au laïus des “valeurs” conservatrices (pro-gun, pro-life, pro-God) avec lequel les éminences de son parti manipulent la base depuis des années, se différencie du discours habituel par une plus grande préoccupation pour les pauvres, l’éducation et les problèmes d’insécurité financière et économique de la classe moyenne, par une plus grande méfiance envers les méga-riches qui dirigent le parti et le “système”, ainsi que par une absence totale de la hargne et la méfiance envers la culture libérale dominante à laquelle nous avons été habitués ces dernièreres décénies de ce coté du spectre, cet ancien preacher Baptiste et gouverneur de l’Arkensas a réussi à capturer la base du parti et à gagner malgré une campagne acharnée des “moneymen” républicains contre lui. Les éminences de l’establishment du parti républicain sont complètement paniquées, elles ne contrôlent pas Huckabee qui semble avoir la base avec lui… elles ne contrôlent donc plus leur parti.
Il se passe quelque chose avec ce que je crois qu’on aura de plus en plus de difficulté à appeller la “droite” religieuse aux États-Unis… une nouvelle génération se lève et veut parler davantage de pauvreté et de solitarité que de ce qui se passe dans les chambres à coucher des américains. Mike Huckabee, je crois, est en phase avec ce nouveau courant.
J’y vois une cause d’inquiétude pour l’aspect éminament religieux de la chose, mais aussi (et surtout) une cause d’espoir de par le fait que c’est au moins l’aspect positif de la religion qui est mis de l’avant.
Mais par dessus tout, j’y vois un pied de nez de la base envers une élite qui les manipulent cyniquement depuis des années et ça, ça me donne de l’espoir.
Go Mike!
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LE DÉMOCRATE:
Wow. Avez-vous regardé le clip? Non? Prenez le temps de le faire. J’attendrai.
…
Wow! Je n’hésite pas à le dire, c’est le Kennedy de ma génération. Cet homme au parcours improbable a affronté la machine électorale la plus redoutable de l’histoire récente, celle des Clinton, et a gagné en défiant les instincts des meilleurs analystes (et les miens) qui l’empressaient de “passer à l’attaque” alors qu’il trainait loin derrière Hillary dans les sondages. M. Obama a préféré continuer à se concentrer sur son message d’espoir et d’unité et a laissé les Clintons se pendre avec leur propre corde. Il y a quelque chose chez Obama, au delà de la stratégie, qui semble le rendre invincible aux coups-bas de ses adversaires. Barack Obama nous prommettait une nouvelle façon de faire de la politique… contre les attentes des “vieux pros” qui se sont déjà brulés à ce genre d’exercice idéaliste et des cyniques qui les ont battu par le passé, il a livré la livré la marchandise.
Ce genre de mouvement, idéaliste, appelant au changement et s’appuyant sur les jeunes tend à s’écraser parce que le moment du vote venu, les jeunes ne sortent pas.
Cette fois, pour Obama, ils sont sorti comme jamais.
Pourquoi? Car il représente réellement la meilleure chance qu’a l’Amérique de tourner la page sur les “guerres culturelles” qui polarisent et empoisonnent l’arène politique depuis les années soixante et de finalement passer à autre chose.
La “Republican attack machine” est prète et tournera à plein gaz (provenant probablement de pétrole alaskais) contre Hillary Clinton… Il est beaucoup moins clair qu’elle sache quoi faire contre Obama. Il semble que dans son cas, l’enthousiasme n’y est tout simplement pas. (Voir la chronique de David Brooks dans le New York Times d’aujourd’hui)
Le cynique en moi continue de douter et de craindre, mais mon idéaliste intérieur est en amour.
J’aime beaucoup Barack Obama. Mais je dois avouer que depuis le début de cette course, il ne m’impressionnnait pas souvent. Il nous promettait “une autre façon de faire de la politique”, une façon moins négative. Sauf qu’en tant qu’amateur de longue date du jeu politique, je me demandais si cet homme était capable de “go for the jugular” (viser la gorge de ses adversaires). C’est bien beau de dire qu’on veut mettre l’accent sur l’espoir, mais malgré tout, la politique est aussi un sport de contact. Il faut savoir quand “fesser” sur l’adversaire. (Jean Chrétien est un bon exemple d’un politicien qui avait ce “killer instinct” et savait s’en servir)
Hier, lors du dernier débat avant les “caucuses” de l’Iowa, il a finalement sauté sur une opportunité et nous a livré un moment qui entrera certainement dans les annales des grand moments de débats télévisés. Attendez vous à le revoir, avec les extraits du genre Reagan qui dit à Carter: “There you go again Mr President” …ou encore Lloyd Bensen qui dit à Dan Quayle après qu’il se soit comparé à un jeune JFK: “I knew Jack Kennedy, I worked closely with Jack Kennedy. Mr Vice-President, you’re no Jack Kennedy”
Lors du débat d’hier, la modératrice demande à Obama comment il peut représenter le changement alors que son organisation compte tant d’anciens conseillers de Bill Clinton en affaires étrangères.
Regardez la suite:
Beautiful! En fait, c’est Hillary qui lui a tendu la perche… mais je suis si content qu’il l’ait saisie.
Over the past week or so, I have received two of the most hateful hit pieces on Obama parroting right wing talking points. One was forwarded to me from a Clinton county chair. The other was from a person who claimed to be a former Obama supporter, but a little work with Google revealed she had been posting pro-Clinton comments for several months on websites covering the campaign.
They both repeat the Obama/Osama crap, andand the “madrassa” charges. And there is the conclusion that Obama is a mole whose intention is to make a Muslim revolution in the US.
Il y a une vieille tradition en politique américaine, du coté Démocrate, de tenir un souper bénéfice annuel à travers le pays afin d’amasser des fonds pour les associations locales du Parti Démocrate. On nomme cette journée (tenu à une date plus ou moins arbitraire à chaque année) Jefferson-Jackson Day En l’honneur de deux grands présidents démocrates de l’aube de la république, Andrew Jackson et Thomas Jefferson.
Mais une fois tous les quatre ans, en Iowa, quelque temps avant les Iowa Caucuses, l’étrange processus démocratique par lequel l’état, avant tous les autres, choisi lequel des candidats à la presidence il appuiera, le souper bénéfice de la capitale, Des Moines, est un gigantesque évenement qui réunit tous les candidats démocrates qui doivent tour à tour faire un discours.
L’évenenement réunissant 9000 personnes se tenait samedi dernier et depuis, tout le monde ne cesse de parler du discours de Barack Obama qui, semble-t-il, a volé la soirée.
À date, le candidat (mon favori) décevait lors des débats… pendant que Hillary Clinton impressionait sérieusement. Et jusqu’au dernier débat, où elle s’en est plutôt mal tirée, le narratif médiatique ambiant était que sa place comme candidate à la présidence était assurée. Chose qui se vérifiait dans les sondages.
Mais depuis le dernier débat, Mme Clinton semble perdre du terrain au profit d’Obama en Iowa et au New Hampshire, les deux premiers états à se prononcer dans le processus et donc traditionellement les plus importants.
La campagne de M. Obama, qui jusqu’à récemment trainait de la patte derrière Mme Clinton, n’ont cesse de dire que cette course est comme un marathon et que leur candidat conserve ses forces…
Je crois qu’il vient de se lancer dans un sérieux sprint.
M. Obama, recrue plutôt inconnue lorsqu’il donna ce discours si mémorable au congrès d’investiture de John Kerry en 2004, fut depuis entrevu comme un candidat potentiel sur la force de ce seul discours et du message incarné par celui qui l’a livré.
Samedi soir, il a rappelé à ses partisans (et à tout le monde, je crois) ce qu’ils ont vu en lui:
Quel discours! Il me semble que ma génération n’a pas encore connu de politicien aussi inspirant… je croyais que c’était quelque chose d’une autre époque… Décidément, M. Obama est taillé pour les grandes foules.
En souhaitant qu’il sache exploiter ce nouveau momentum.
Étant donné l'inutilité de cette élection, l'absence abjecte de contenu de la campagne et l'épuisement évident des grands partis, Le Petit Émerillon appuie les candidats suivants dans leurs circonscriptions respectives...