Les lecteurs réguliers de ce blogue le savent, son auteur, malgré quelques excentricités, a un point de vue plutôt conservateur… Il tend, plus souvent qu’autrement, à plaider en faveur des institutions (tout en admettant que plusieurs méritent réforme) et en dépit d’un désir sincère d’ouverture à toutes les tendances, a souvent bien de la peine à cacher son mépris pour certaines tendances idéologiques plus radicales… disons à gauche du spectre.
Mais depuis les évènements de dimanche soir, je n’arrête pas de tomber sur des trucs d’une telle ignominie… d’une telle aberrance réactionnaire, qu’ils ne peuvent faire autrement que d’agiter le rebel libertaire radical qui sommeille quelque part (très loin) au fond de moi.
Des trucs comme l’opinion d’un banlieusard xénophobe qui bande sur des rumeurs qui confirmerait sa conviction qu’on ne peut faire confiance à…
la racaille de Montréal-Noire, ce repère majoritairement bougon qui se complaît dans la violence quotidienne, dans la pauvreté, dans l’ignorance, dans la facilité…
…et qui jouit à l’idée de voir l’armée rentrer dans le tas.
(!)
[Grand respire]
Ostie d’câlisse de saint-ciboire de tabar-fucking-nak!!!!!
…
Il me donne envie d’armer la populace.
Rebel, rebel and yell
‘Cause our people still dwell in hell
Locked in a cell
Yes, the structure’s a cell
Mad is the story I tell
How long can we wait?
Come on, seein’ what’s at stake
Action for reaction
If your mind’s in a somewhat complacent state
Get a check up
This is a stick up
Our freedom or your life
Lord, I wish I could be peacful
But there can be no sequel
L’autre aspect qui me révolte dans toute la discussion entourant cette tragédie, c’est cette notion que tout ceci relève d’un problème “d’intégration” des “immigrants”. Et que la solution passe par de meilleures “politiques d’intégration”.
C’est l’idée qui m’a tant révolté dans le second billet que j’ai cité ce matin [J'en traite dans un billet plus posé que je ne cesse de promettre (et qui avance)] qui vient d’un blogue “de droite”… Mais voilà que j’apprend, via son commentaire chez l’ami Renart, que notre dangereux pyromane polémique “de gauche” favori soutiens la même thèse dans un billet ou il semble s’être surpassé dans l’ampleur de l’incendie qu’il allume… Si on s’en fie aux dires de Renart, car pour ma part, je suis tombé sur les premières lignes plus tôt, chez Opinions Canada, et j’ai décidé que c’était mieux pour ma santé de ne pas y aller… But apparently, the little mofo did it again, didn’t he?
…
Donc à gauche comme à droite, on se rabbat sur cette notion stupide.
[Soupir]
Eh, oh, les amis, çe qui se passe à Montréal-Nord n’a rien à voir avec les questions identitaires ou avec la foutue question nationale! C’est d’abord un problème urbain de gouvernance urbaine qui doît relever d’une administration et d’une solution urbaine. [À la limite, ça ne regarde que les montréalais. (Mais tous les montréalais.) Les régions et les banlieusards n'ont pas vraiment à s'en mêler.]
Et cela n’a surtout rien à voir avec un problême d’intégration culturelle d’une population en particulier ou d’une autre. Comme si une absorbtion plus rapide de notre culture nationale mettait qui que ce soit à l’abri de phénomènes comme dimanche dernier.
Parce qu’évidemment, on a pas ça, nous, dans notre belle culture à nous, de la misère et de la pauvreté… on a pas ça, nous, des populations de jeunes sans perspectives et désabusés de l’avenir… et surtout, surtout, nous, on a pas de ça.
Comme si c’était “une meilleure intégration des immigrants” (comme l’entendent ceux qui le clame) qui allait influencer quoi que soit là dedans.
Je passe outre le fait que la résolution libérale concernant le crucifix à l’assemblée nationale relève du plus pur calcul politique… la tactique est aussi dégoutante de cynisme qu’elle est redoutable dans son efficacité.
Autrement, un premier ministre, contrairement aux chefs des partis d’opposition, se doit d’être rassembleur et non partisan dans son message en une telle occasion. J’ai suivi le débat dans “l’arêne” aujourd’hui et je dois admettre que Charest passe le test haut la main.
Le moment fort pour moi fut la réplique de Charest en chambre aujourd’hui. Le rituel, semble-t-il, est qu’après sa déclaration initiale suivie d’une déclaration de chacun des partis d’opposition, le premier ministre a un “droit de réplique” qui lui donne le dernier mot. Charest nous montre ici qu’il est un politicien (et homme d’état) en haute forme ces jours-ci:
“Espace de liberté”… ces mots sont comme de la musique à mes oreilles.
…
J’avoue être très étonné de constater à quel point mes sympathies penchent de plus en plus vers le PLQ depuis un bout de temps… ça ne s’était pas produit depuis 1993!
Toujours à l’affût des nouvelles tendences (lire chanceux malgré lui), Le Petit Émerillon vous présentait, au début décembre, un apperçu de ce tout dernier phénomène destiné à enflammer les pistes de danse hip-hop du monde entier: Le Tabarnak.
Je lui ai déjà levé mon chapeau hier, après avoir vu le reportage de RDI sur son témoignage.
Je me suis ensuite tapé la rediffusion intégrale de la journée à Vox (télé-communautaire) pendant la nuit pour attraper sa présentation.
Le témoignage personnel qu’il a livré après la présentation du mémoire de la SSJB est mon troisième et plus grand coup de coeur de tout ce que j’ai vu à cette commission.
Merci M. Dorion. Pour faire echo à M. Bouchard, ce type de témoignage vaut bien des expertises. Et le débat en cours a besoin de beaucoup plus de témoignages de ce genre.
Titre du fil de presse: La SSJB déplore le sensationnalisme, propre à alimenter l’islamophobie.
J’avoue être très agréablement surpris par ce que je viens d’entendre au Téléjournal de RDI sur la présentation du mémoire de la Société Saint-Jean-Baptiste par son président Jean Dorion qui a aussi livré un témoignage très personnel et émotif (larme à l’oeil) où il avoue avoir eu de grands sentiments de méfiance envers les musulmans qu’il regrette aujourd’hui… Il a ensuite défendu le droit des femmes musulmanes à porter le hidjab.
Je lui lève mon chapeau.
Mais le résumé du mémoire ici m’impressionne aussi, je ne m’attendais vraiment pas à entendre tant d’échos de mes positons dans celles de la SSJB.
Sans pour autant — loin de là — endosser chacune des causes qu’a défendues le juriste Julius Grey, nous partageons sa conviction que, sur dix personnes qui demandent aujourd’hui un accommodement, neuf auront des enfants qui diront un jour : Je n’ai plus besoin d’accommodements pour vivre au Québec. Faisons confiance au temps et aux échanges que la tolérance facilitera. Tout comme les Québécois ont beaucoup changé et changeront encore, les descendants d’immigrants changeront eux aussi.
J’ai écrit plusieurs choses que je réservais pour cet espace-ci dans les commentaires d’un billet de Renart sur UHEC.
C’est parfois un peu tout croche… et certains points continueront d’être répétés (de façon plus éloquente, j’espère) ici dans des billets à venir (un jour)…
Mais plusieurs de mes idées sur l’avenir du français et sur le sempiternel débat sur la souveraineté s’y trouvent.
Finalement il n’a rien dit que je n’ai pas trouvé raisonnable… Et en plus, je dois avouer que je le trouve assez sympathique. Je me sens obligé de le rayer de ma liste de radi-cathos.
J’écoute Le Téléjournal à RDI et selon les premières nouvelles du seul forum régional en anglais (toujours en cours) de toute la commission, tout est amour et tolérance ce soir.
On dit qu’on assiste à une série de témoignages dont le message est que les Québécois francophones ne sont pas du tout racistes… qu’ils sont super-tolérants… qu’il n’y a pas de problème ici et que cette commission est inutile ou, au pire, nocive au bon climat qui règne.
Ce qui confirme la thèse que nous assistons en fait à un psychodrame interne à ce fameux «nous» qui, au fond, n’a pas grand chose à voir, avec l’«autre».
…m’a été accordé par Rima Elkouri de La Presse dans sa chronique de ce matin sur le premier forum public de la commission Bouchard-Taylor à Montréal qui s’est tenu mardi dernier dans «le très multiethnique quartier Côte-des-Neiges».
Voici comment elle termine son papier:
Il y a eu aussi ce jeune homme, Alain Berger, qui s’est décrit comme un Québécois de racine canadienne-française vivant dans Côte-des-Neiges. Il a demandé ce qui était arrivé à la culture d’ouverture dont il croyait être l’héritier avant de suggérer aux commissaires d’accorder plus de poids à la parole des jeunes, bien différente de celle de leurs aînés qui ont mené un combat pour se libérer du joug de l’Église. «L’inquiétude exprimée par rapport aux accommodements, surtout par la génération qui me précède, j’aimerais y répondre en disant : votre combat est fait. Maintenant, nous, on va s’occuper de l’intégration. On a une façon de faire qui est accommodante, justement.»Je pense que ce jeune homme a mis le doigt sur un élément-clé souvent éclipsé dans ce débat. Plus qu’une guerre de mots opposant le «Nous» au «Eux», le conflit est surtout générationnel au sein même du Nous majoritaire. C’est la seule chose qui me rassure dans ce débat qui tourne en rond.
Je lui accorde la première étoile de la soirée, ex aequo, disons, avec le monsieur du Bangladesh qui n’a jamais lapidé sa femme.
Sauf que si on ajoute ça à cet article de Stéphane Baillargeon du Devoir… Continuer la lecture…pour quelqu’un comme moi qui souffre déjà de façon naturelle du syndrôme de la tête enflée, ça commence à devenir dangereux……Mais narcissisme à part, je lève mon chapeau à la chroniqueuse qui, à mon avis, transmet très bien l’atmosphère généralement «bon enfant» de la soirée, malgré «quelques discours troublants».Puis ce passage est un bijou:
Comme partout ailleurs, les gens se présentaient en disant leur nom, un nom à traits d’union ou pas, qui remonte parfois jusqu’en 1534. Et, comme partout ailleurs, on notait la même tendance à trembler en tenant sa feuille d’une main et le micro de l’autre. Nous n’avons pas, ici plus qu’ailleurs, peur des étrangers. Mais pour ce qui est de la peur de prendre la parole en public, il semble y avoir consensus.
Elle retiens plusieurs des même moments forts que Valérie Dufour du JdM dont j’ai déjà souligné l’article.
Un de mes préférés:
Un immigré qui vit ici depuis peu a dit qu’il n’y avait que deux choses qui le dérangeaient au Québec: «La semaine dernière, la Ville de Montréal a remorqué ma voiture. Et il n’y a pas assez de matches de foot à la télé.» Sur un ton plus sérieux, il a ensuite réclamé que seuls les accommodements qui ne coûtent rien à la majorité soient accordés.
Et celui-ci:
…on a surtout eu droit à des plaidoyers d’ouverture et à quelques éclats de rire. Un homme originaire du Bangladesh a commencé son discours en déclarant: «Je voudrais dire que je n’ai jamais lapidé ma femme.» Il est ensuite passé à l’anglais pour inviter les immigrés à apprendre comme lui le français.
…
Je suis vraiment content de voir que l’atmosphère et le sentiment général de la soirée ait été souligné dans les trois principaux journaux. Ça fait contraste à cet article de Lia Lévesque de la Presse Canadienne qui a été repris un peu partout, dont Cyberpresse et Canoë… et qui ne met l’accent presque entièrement que sur les aspects négatifs de la soirée.
Et surtout, ça fait contraste la couverture de The Gazette qui n’ont mis l’accent que sur la xénophobie et le conflit linguistique.
Je ne dis pas que ce conflit est inexistant ou qu’il n’en fut pas question, mais ça n’était vraiment pas le thème de la soirée. Je reprends là-dessus Mme. (Mlle?) Elkouri qui souligne ceci:
Les médias ontariens parlent davantage de nos controverses ethniques que des leurs. C’est sans doute moins compromettant. Mais comme le soulignait le conseiller municipal Marvin Rotrand, qui a pris la parole au forum public de Côte-des-Neiges, il ne faudrait surtout pas croire tout ce qu’on raconte. «Vous lisez des grands titres sur le Québec. Ça ne reflète pas le Québec», a-t-il dit en s’adressant à ses compatriotes anglophones. Il a été applaudi. Mais a-t-il été entendu par ceux à qui il lançait ce message? Je n’ai vu ses propos repris par aucun journal anglophone le lendemain.
Marvin Rotrand est un politicien municipal très connu et aimé dans la communauté anglophone montréalaise. Il fête, cette année, 25 années consécutives comme élu municipal, un exploit. Mais même The Montreal Gazette n’a pas voulu citer son message d’ouverture envers les francophones.
Je vous invite à faire un tour du coté de chez l’ami Renart qui à publié un court billet sur la plus récente sortie du cardinal Ouellet. Billet qui à mené à une discussion fort intéressante dans les commentaires qui montre bien la variété des réactions face à ce “mea culpa” inattendu du cardinal. On voit d’ailleurs que malgré l’indifférence feinte par certains laïcs endurcis, la question touche à quelque chose de sensible chez “nous” qui est loin d’être réglé ou établi.
Je me suis heurté à une drôle de notion lors de la discussion, que l’Église catholique n’avait pas vraiment progressé depuis 1960. J’ai trouvé ça un peu gros.
Puis ce matin, je suis tombé sur l’excellente chronique de Christian Rioux du Devoir à ce sujet. Comme il le fait souvent, M. Rioux exprime mieux que moi un aspect important de ma pensée et comme je ne peux mettre un lien vers le texte puisqu’il se trouve du coté payant du site du Devoir, je me permet de le reproduire ici car je tiens à la partager. (Il faudra bien un jour ou l’autre que Le Devoir, à l’instar du New York Times, se mette à l’heure de la blogosphère)
Des catholiques qui s’ignorent
Christian Rioux
Édition du vendredi 23 novembre 2007Vue de l’étranger, la polémique qui entoure ce qu’il faut bien appeler la confession de Mgr Ouellet apparaît étonnante. Difficile d’imaginer en France ou en Allemagne un tel émoi autour de la repentance, somme toute assez normale, d’un responsable religieux. L’affaire semble d’autant plus étrange que cela fait déjà un certain nombre d’années que l’Église catholique a entrepris de s’appliquer à elle-même la médecine qu’elle avait réservée autrefois à ses seuls fidèles.
Au lieu de regarder la déclaration de l’archevêque de Québec à la lumière des événements récents, peut-être faudrait-il…
l’inscrire dans l’histoire de l’Église. Certes, l’agitation permanente qui caractérise les médias rend difficile à comprendre des évolutions aussi lentes. L’Église ne vit pas tout à fait dans le même temps que nous, et c’est tant mieux. Lorsqu’un chef catholique parle, il porte deux millénaires d’histoire sur ses épaules, alors que nous avons parfois de la difficulté à nous rappeler le nom de notre grand-mère.***
C’est peut-être en 1994 que le pas majeur a été franchi. Dans sa lettre apostolique, Jean-Paul II avait alors souligné qu’il était juste que, «le deuxième millénaire du christianisme arrivant à son terme, l’Église prenne en charge avec une conscience plus vive le péché de ses enfants». Plus tard, il précisait que, «lorsque les fautes sont confirmées par une investigation historique sérieuse, l’Église ressent le devoir de reconnaître celles de ses membres et d’en demander pardon à Dieu». Il s’agit, disait-il, «de répondre à une impérative exigence de Vérité».
Depuis, on ne compte plus les repentances. Jean-Paul II a d’abord scellé la réconciliation avec les juifs en se recueillant à Yad Vashem, le mémorial de la Shoah à Jérusalem. Puis il s’est excusé pour les erreurs passées: croisades, inquisitions, colonisation. Pour une institution qui se prétendait infaillible depuis 1870, il s’agissait d’une vraie révolution.
Depuis, les déclarations n’ont pas cessé. En 1995, c’est encore Jean-Paul II qui présente ses excuses pour l’oppression dont les femmes ont été victimes dans le passé. Le pape estime que le mouvement féministe a été «substantiellement positif» même s’il a sa part d’erreurs. Trop peu pour certains, mais pas à l’échelle d’une institution millénaire.
Dans chaque pays, cette nouvelle attitude a pris des formes particulières. En France, au moment de commémorer la déportation de centaines de juifs vers Auschwitz, l’évêque de Saint-Denis lit la déclaration de repentance de l’Église de France à l’égard des victimes du régime de Vichy. En 1992, l’évêque Charles G. Palmer-Buckle du Ghana s’excuse du rôle joué par les Africains dans le commerce des esclaves en direction des Amériques.
En 2002, le cardinal du plus grand diocèse américain, Roger Mahony, de Los Angeles, ne tarde pas à présenter ses excuses aux fidèles pour le scandale des prêtres pédophiles. Il est suivi par quelque 300 évêques et cardinaux réunis à Dallas, qui demandent pardon. Trois ans plus tard, le cardinal Daly fait la même chose en Irlande, un pays où 90 % de la population est catholique, le plus souvent pratiquante. La chose aurait été inimaginable dix ans plus tôt.
Et dire que certains trouvent que ce n’est pas assez!
***
Une fois ce contexte défini, avouons qu’il y a de quoi s’étonner du caractère épidermique de certaines réactions aux propos de Mgr Ouellet. Les souffrances endurées par les Québécois dans les années 50 n’arrivent quand même pas à la cheville de celles des juifs, des Africains ou des Espagnols de l’époque franquiste. Et si l’Église québécoise a des excuses à faire, on peut aussi juger que, sans elle, nous ne serions pas là pour en parler.
Ces réactions spontanées sont évidemment dues à l’importance qu’a occupée l’Église au Québec. Un peu comme en Pologne et en Irlande. Mais elles manifestent aussi une relation avec la foi qui n’est pas véritablement apaisée. Comment qualifier autrement des propos qui osent traiter l’Église de «cadavre qui grouille encore»?
Si les réactions sont si vives, c’est peut-être que nous tentons éperdument de nous définir hors de la religion alors qu’elle fait encore partie de nous. Parmi les pays que je connais, le Québec est en effet un de ceux qui débordent le plus de ferveur religieuse. Mais nos églises sont vides, direz-vous.
Et pourtant, je connais peu de sociétés où le sentiment religieux pénètre autant les débats de société. Le Québec n’a plus l’armée de missionnaires qu’il a longtemps déployée sur tous les continents, mais celle-ci a été remplacée par des bataillons d’ONG chargées de répandre la bonne parole à travers le monde. Nous ne faisons plus de pèlerinages, mais l’incantation écologiste adopte parfois les mêmes intonations. Nous ne pratiquons plus la confession, mais le discours expiatoire sur ce que nous avons été atteint des proportions abyssales.
Les cours de religion sont sur le point de disparaître. Belle affaire, puisqu’ils reviennent par une autre porte sous le déguisement d’un enseignement éthique qui s’annonce d’un moralisme à faire pâlir les vieux frères des écoles chrétiennes. Certains Québécois ont beau feindre l’indifférence à l’égard de l’Église, ils sont les premiers à revendiquer comme un droit syndical l’ordination des femmes. Même la ministre de la Condition féminine se mêle d’un débat considéré dans les États laïques comme une affaire strictement religieuse. Nous dira-t-elle demain comment choisir les imams et les moines bouddhistes? On n’imagine pas un ministre français s’ingérant de la sorte dans des affaires qui ne le concernent pas. D’ailleurs, qui a remarqué que la lettre de Mgr Ouellet s’adressait aux croyants?
Les Québécois ont beau fuir la religion, celle-ci semble les poursuivre dans tous les recoins de leur être. Il n’y a pas de pire catholique que celui qui s’ignore.
Je suis en train de scruter la couverture médiatique de la soirée d’hier à la commission Bouchard-Taylor et je suis assez amusé de voir que le J de M m’a (anonymement) cité alors que j’ai spontanément lancé quelque chose tout haut en réponse à un mot d’esprit que faisait M. Bouchard… (Je ne pensais pas l’avoir dit si fort que ça, mais il faut dire que j’étais assis pas mal près des journalistes)
C’est de cette façon imagée qu’un des participants au premier forum des citoyens deMontréal a résumé sa pensée sur la diversité culturelle.«Le monde change rapidement et la société québécoise doit s’adapter. Voulonsnous être un melting-pot ou un bol de salade? Je pense que c’est mieux d’avoir de la laitue, des tomates, des olives et du parmesan», a affirmé Ehab Abouheif, enseignant à l’Université McGill d’origine égypto-palestinienne.
Cette analogie a fait sourire le commissaire Gérard Bouchard, qui a demandé à la foule si on pouvait, au lieu de la salade, être une poutine, car c’est un plat plus québécois. «Il n’y a pas assez d’ingrédients», a crié un participant.
Heh.
Il faut dire aussi que je n’ai jamais été un grand amateur de poutine.
…
L’article en entier met l’accent sur d’autres moment qui m’on fait sourire hier.
Dont celui-ci:
«Je suis ici depuis peu et, jusqu’ici, il y a deux choses qui me dérangent. La semaine dernière, la Ville de Montréal a remorqué ma voiture et il n’y a pas assez de matchs de foot à la télévision», a blagué Abderrahman Khila.
Et ceci:
André Martens, un immigrant belge installé au Québec depuis 40 ans, a rappelé aux commissaires que les nouveaux arrivants ne quittaient pas leur pays d’origine de gaieté de coeur. «On ne doit pas perdre notre curiosité. Présentement, on est prêts à aller à Marrakech pour boire du thé et manger du couscous, mais on n’est pas prêts à aller dans le Petit Maghreb. Pourtant, le thé sent aussi bon.»
Coup de chapeau à la journaliste qui a très bien résumé, à mon avis, l’atmosphère de la soirée.
Les habitués de ce blogue savent déjà l’amour farouche que je porte pour Côte-Des-Neiges, mon cartier de résidence où j’ai aussi planté mes racines à l’âge de neuf ans, suite à une enfance assez bohème. Ils savent aussi à quel point je me sens interpellé par toute la question des “accomodements raisonnables,” ainsi que la propension que j’ai à prendre la défense des nouveaux adhérants à notre société et de vanter les succès de l’intégration des jeunes… sans pour autant, loin de là, nier ou avoir honte de mes origines et de mon identité “canadienne-française” dont ce blogue se veut, en partie, un outil de promotion et d’affirmation.
Je ne pouvais donc pas me permettre de ne pas être présent ce soir, alors que cette commission était de passage litéralement à deux rues de chez moi.
Mais deux minutes… Pfff! J’ai assez regardé (et publié) de témoignages à la commission pour comprendre le jeu… et qu’il me serait impossible de tout dire ce que j’avais sur le coeur. De toute façon, j’ai ce blogue pour ça et je ne me suis pas gêné pour me déverser par le passé.
Mais ici, je savais que la seule façon de m’en tirer indèmne était de m’en tenir à pas plus d’une ou deux idées principales et c’est ce que j’ai (maladroitement) tenté de faire.