Vous savez les amis, je fais de sérieux efforts pour délaisser la politique américaine au profit des préoccupations dont mon blogue se targue. Mais j’avoue que ce sera difficile dans les jours à venir… avec le congrès à la nomination démocrate qui va dominer les images dans ma télé et la section (maintenant réduite) de ma page Google dédiée à la grosse nation d’à-côté… [Ces dernières semaines, j'ai multiplié par un facteur d'au moins cinq le volume de mes abonnements RSS à du contenu francophone.]
Et aujourd’hui, avec la veille au co-listier qui tient tout le monde en haleine, j’avoue que mon attention est plutôt portée de ce coté. (Et oui, je me suis moi-aussi inscrit à la liste de distribution du message texte qui est sensé l’annoncer au monde entier en même temps… [soupir] J’ai honte.)
En attendant, voici une petite dose pour satisfaire ceux qui souffrent de dépendance à l’Obamanie de la part de la journaliste-vedette à l’emploi de Time, Karen Tumulty.
Je sais que j’ai dis que je laissait les présidentielles de coté, mais je ne peux pas passer à-côté de celle-là sans vous en faire part.
Pour ceux qui n’ont pas suivi, la semaine dernière a été dominée par les multiples controverses provoquées par cette pub de John McCain qui ridiculise la célébrité de Barack Obama en le comparant à Paris Hilton et Britney Spears:
Scandale!… Une homme noir subtilement associé à deux jeunes blanches!… Qu’essaie-t-on d’insinuer?… Une attaque raciale!? Etc… Etc… Tout le monde est hystérique… on commence même a y relever des symbole phalliques subliminaux. Comment osent-ils?!
Du côté du camp McCain, on se défend bien d’avoir voulu insinuer quoi que ce soit… on a, disent-ils, simplement voulu illustrer l’absence de contenu derrière la célébrité d’Obama en le comparant aux deux pires célébrités sans contenu de la culture ambiante. C’est la campagne Obama qui a la peau sensible et ne cesse à crier au racisme à la moindre attaque… Comment osent-ils?!
Le cirque reprend de plus belle… Cris et indignation… les accusation revolent de tous côtés… et moi, je bâille et je passe à autres choses.
…
Mais voilà qu’au beau milieu de toute cette cacophonie la petite Hilton se lève pour donner son avis:
Hé hé… You go, girl!
Cette jeune femme vient de monter d’un cran dans mon estime… ce qui ne la place toujours pas bien haut, mais quand-même.
En terminant, je vous laisse sur un extrait de la chronique de ce matin de la toujours cinglante Maureen Dowd au sujet de l’aspect juvénile (voir aussi ici) de la campagne McCain ces derniers temps:
Even his own mother, the magical 96-year-old Roberta McCain, let slip that she thought the Paris Hilton-Britney Spears ad was “kinda stupid.”
McCain’s 2000 strategist, John Weaver, was equally blunt with Newsweek’s Jonathan Alter: “It’s hard to imagine America responding to ‘small ball’ when we have all these problems.”
Some of McCain’s old pals in the Senate are cringing at what they see as his soulless transformation into what he once scorned.
“John’s eaten up with envy,” said one. “His image of himself was always the handsome, celebrity flyboy.
“Now somebody else is the celebrity,” the colleague continued, while John looks in the mirror and sees his face marred by skin cancer and looks at the TV and sees his dashing self-image replaced by visions of William Frawley, with Letterman jokes about his membership in the ham radio club and adventures with wagon trains.
For McCain, being cool meant being a rogue, not a policy wonk; but Obama manages to be a cool College Bowl type, which must irk McCain, who liked to play up his bad-boy cool. Now the guy in the back of the class is shooting spitballs at the class pet and is coming off as more juvenile than daring.
Le dernier Batman a fait couler beaucoup d’encre dans les milieux idéo-politiques américains.
Du très sérieux Wall Street Journal qui s’en sert pour monter une défense de Bush et son administration post-11 septembre…
Jusqu’à deux de mes têtes-à-blogue (bloggingheads) préférées qui s’en servent pour livrer une analyse comparative sérieuse… sans trop se prendre au sérieux.
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Pour ma part, l’ex-aspirant comédien en moi vous recommande le film pour aucune autre raison que Heath Ledger qui livre une performance époustouflante dans le rôle du Joker. La force du film, pour moi, tient surtout dans ses scènes de dialogues. J’avoue qu’en comparaison, j’ai frôlé la somnolence pendant les hauts voltiges de cascades, d’explosions et de poursuites interminables (mais obligatoires dans ce genre de film). Dommage que c’était son chant du cygne. Nous avons perdu un acteur de très haut calibre.
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Pour ce qui est de comparer Bush à Batman…
Je trouve beaucoup plus pertinent cet exercice, par la troupe de comiques Secret Pants, qui compare des citations de Bush à d’autres du Batman de la série télé des années soixante:
Ces dernières semaines, pendant que la sphère (du moins celle qui passe par mon agrégateur) tournait au rythme des vacances, il y avait au moins quelques blogueurs qui ne chômaient pas. La section de mon iGoogle dédié à la “sphère d’ici” s’est vu envahie par les billets de Vincent Geloso (qui a tout retiré depuis pour mieux se reconcentrer) et par l’excellent travail de Philippe de Réalité Virtuelle qui nous livre depuis peu une série de textes et documents visant à exposer les fondements de la pensée libertarienne. Le plus récent étant cet entrevue avec l’économiste Milton Friedman.
Je tiens à lever mon chapeau à Philippe pour la qualité de ce récent travail… et je me permet d’y ajouter à ma façon en proposant cet entretien entre Will Wilkinson, un de ces jeunes penseurs libertariens qui m’impressionne (l’autre est Megan McArdle) et l’universitaire Bruce Caldwell, auteur d’une “biographie intellectuelle” de la pensée de Friedrich Hayek, un théoricien économique et social du 20e siècle très important dans le courant libertarien… En opposition à la pensée Keynsienne et donc longtemps conspué par les “bien pensants”, il vit une certaine réhabilitation dans les milieux académiques depuis une décennie.
Je sais, je ne publie pas beaucoup ces temps-ci. Que voulez-vous… c’est l’été.
En fait, c’est aussi surtout que je n’ai pas grand chose à dire…
La campagne présidentielle américaine commence enfin à se dérouler telle que mon esprit me dicte qu’elle se doit depuis le début (mis à part quelques moments de panique où j’ai failli perdre la foi…)
Malgré l’illusion d’une course dramatique et serrée que l’intérêt des médias (qui vivent un moment sans précédent du côté des cotes d’écoute de la couverture politique) dicte qu’ils continuent de nous présenter, la vague démocrate provoquée par le grand besoin de répudier le cauchemar de l’ère Bush est maintenant bien en place et (sauf cataclysme) absolument inévitable. La réhabilitation des États-Unis d’Amérique comme force positive et symbole d’espoir sur la scène internationale que plusieurs (dont Sullivan) prévoyaient sous Obama s’est entamée plus rapidement que je n’osais l’espérer.
L’inquiétude féroce qui m’habitait à ce moment-ci de l’année il y a quatre ans (alors qu’il m’aparaissait de plus en plus clair que Kerry se dirigeait vers une défaite qui n’était selon moi pas du tout inévitable et que je criais “God damn war heroes who turn into foolish old men!” dans mon salon) est complètement absente cette fois-ci. Le dernier vestige en fut cette ridicule hystérie dont j’ai été victime lors de l’interminable lutte à deux qu’est devenue la course à la candidature démocrate. Je dis ridicule car je soupçonne fortement que les mêmes forces que je décrit plus haut se seraient tout autant alignées sous Clinton et qu’à part un vague sentiment de déception à l’évanouissement du “rêve Obama”, mon sentiment présent au sujet de la dynamique américaine ne serait pas très différent.
Et pendant ce temps, juste pour me rassurer davantage, la campagne McCain (alias McThusalem) semble faire de son mieux pour nous livrer la reprise de Dole 96 que j’avais moi-même pressentie (et prédite lors d’un tac au tac avec l’Antagoniste en février dernier)
God bless war heroes who turn into foolish old men!
…
Du coté du sujet dont ce blogue a la prétention de se préoccuper, (”l’état de cette nation francophone d’Amérique à laquelle j’appartiens“) je dois vous avouer que, contrairement au paysage idéo-politique américain, mon silence sur ce front reflète plutôt un profond cafard.
Je suis complètement déprimé par l’état actuel du “nationalisme québécois”… reflété (entre autre) dans la petitesse et les mièvreries qui ont entourés les célébrations du 400e de Québec. Je suis presque autant déprimé par les réactions de vierges offensées (I’m shocked, shocked!) enfantines et totalement déplacées autour du choix d’un ex-Beatle comme clou de l’évènement que par le fait qu’il ne semble pas être venu à l’esprit du comité organisateur que le choix d’un chevalier britannique de sa très britannique Majesté que nos politiciens n’ont pas eu le courage d’inviter (ce qui me déprime encore plus, j’y viendrai) contrastait étrangement avec l’idée d’un évènement sensé célébrer 400 ans de présence francophone en Amérique… Céline n’était-elle pas disponible?
[Pour quelqu'un qui a commencé en disant n'avoir pas grand chose à dire, je m'aperçoit soudainement qu'en fait, j'en ai gros sur le coeur... mon silence à ce sujet reflète davantage un trop plein qu'un manque...]
Je pourrais encore continuer longtemps, mais je vais plutôt me retenir et éviter la montée le lait typique… J’essaierai plutôt d’encapsuler mes pensées de façon plus concise dans les jours qui viennent.
Je dois aussi me remettre à une lecture plus approfondie des évenements locaux (que je n’ai suivi que de très loin cet été) …maintenant que je peux dormir tranquille au sujet des présidentielles.
En plus que ça commence à sentir les élections à Ottawa…
En tout cas, selon Fareed Zakaria, en affaires étrangères, Obama est le conservateur réaliste et McCain-Bush sont les idéalistes radicaux.
Obama never uses the soaring language of Bush’s freedom agenda, preferring instead to talk about enhancing people’s economic prospects, civil society and—his key word—”dignity.” He rejects Bush’s obsession with elections and political rights, and argues that people’s aspirations are broader and more basic—including food, shelter, jobs. “Once these aspirations are met,” he told The New York Times’s James Traub, “it opens up space for the kind of democratic regimes we want.” This is a view of democratic development that is slow, organic and incremental, usually held by conservatives.
Obama talks admiringly of men like Dean Acheson, George Kennan and Reinhold Niebuhr, all of whom were imbued with a sense of the limits of idealism and American power to transform the world. “In his view of history, in his respect for tradition, in his skepticism that the world can be changed any way but very, very slowly, Obama is deeply conservative,” wrote Larissa MacFarquhar in her profile of him for The New Yorker. “There are moments when he sounds almost Burkean. He distrusts abstractions, generalizations, extrapolations, projections. It’s not just that he thinks revolutions are unlikely: he values continuity and stability for their own sake, sometimes even more than he values change for the good.”
Suite à la forte impression m’a fait cet entretien bloggingheads ce matin, j’ai décidé de me retaper le film Charlie Wilson’s War en soirée (j’étais aussi allé le voir au cinéma lors de sa sortie en décembre dernier).
Comme oeuvre cinématographique, j’avoue que c’est plus ou moins raté… le film arrive mal à faire l’harmonie entre le sérieux de son sujet, la gravité des idées qu’il avance et le carcan stylistique de la comédie noire (maladroitement feydeau-esque par moments) qu’il tente de se donner… Disons qu’on est loin de Doctor Strangelove.
Mais bien que (outre la performance de Philip Seymore-Hoffman) nous ne soyons pas en présence d’une grande oeuvre cinématographique, il faut souligner que comme voyage à l’intérieur des méchanismes byzantins de la machine gouvernementale américaine… et comme chronique des événements improbables qui ont menés à la fin de la guerre froide tout en formant la genèse du “choc des civilisations” dans lequel Washington est présentement embourbé, nous sommes en présence d’un bijou.
Surtout qu’il ne s’agit pas vraiment d’une fiction.
Le film raconte la vraie histoire (documentée et non niée par les intéressés) d’un congressman démocrate (et libertin) du Texas qui, grâce au fait qu’il se retrouve à siéger sur certains commités clés, dont un qui gère un budget militaire secret, réussit à mettre en place la plus grande opération clandestine de l’histoire; le financement et le support logistique aux rebelles de la guerre d’Afghanistan qui brisa le dos de l’Union soviétique… et créa les conditions qui donnèrent naissance à la gang à Ben Laden…
La chose fascinante est de voir comment un simple congressman, aidé d’une riche héritière ont pu accomplir tout ça… et à quel point la motivation religieuse de l’héritière (tout à fait en ligne avec la “cold war religion” dont il est question dans l’entretien qui m’a fait fait tant d’effet) démontre le rôle que le dangereux mélange de religion et d’idéologie qui s’est développé pour servir la guerre froide est venu joué dans la genèse des ”guerres religieuses” que nous vivons aujourd’hui. Ce qui frappe surtout c’est la naïveté des sincères bonnes intentions qui motivent les acteurs de cette tragédie… qui se poursuit aujourd’hui.
“These things happened. They were glorious and they changed the world…
…and then we fucked up the end game.“
- Charlie Wilson
Je ne m’aiderai pas ici, tout grand défenseur de la religion-en-tant-que-véhicule-légitime-de-cheminement-spirituel-collectif que je suis, mais je suis tombé sur quelque chose aujourd’hui qui m’a pas mal sidéré.
Les coulisses et la scène du théâtre du pouvoir washingtonien seraient infiltrés par un réseau plus ou moins secret, fondé dans les années 30, de fondamentalistes pseudo-chrétien dédié à l’exercice du pouvoir…
Un groupe qui se tient dans l’ombre mais qui ne nie pas son existence et qui réunit plusieurs power-brokers incluant des sénateurs et élus des deux partis, des généraux et des industriels… Un groupe qu’on appelle… tenez-vous bien…
The Family (La famille)
Non, je ne vous niaise pas.
Il s’agit d’une réelle et sincère pseudo-religion du pouvoir par et pour les puissants… qui a un impact sur les décisions émanant de la capitale… c’est complètement hallucinant.
Hier, j’ai eu un moment de pur schadenfreude en regardant Hardball avec Chris Matthews à MSNBC. Il est question du discours que Bush a donné hier matin en Israël, lors du 60e annivairsaire, où il compara l’idée [qui est aussi la politique du candidat démocrate] de “parler” à l’Iran à de l’appeasement, terme chargé qu’on applique généralement à tous ceux qui voulaient “pacifier” Hitler avant la seconde guerre mondiale et plus spécifiquement à ce qu’a fait Neville Chamberlain, le premier ministre de Grande Bretagne de l’époque.
Nous en somme à la partie “chearleaders” partisans de l’émission… les invités sont un bonze de marché régional dans l’univers de la “Talk-Radio” de droite et le président de Air-America Radio une radio de gauche qui a été créée en réponse à ce phénomène.
Pour quelqu’un qui désespère de voir à quel point l’hystérie du genre de celle que le gars de droite vomit ici semble avoir fonctionné et aidé à conserver Bush au pouvoir depuis depuis le 11 septembre… ça fait tellement du bien de voir leur ignorance exposée de cette façon.
Je me tape un doc à PBS sur les “French-Indian Wars” que nous on appelle généralent “La conquête”… mais qui pour eux, est seulement le prologue de la révolution qui donne naissance à leur nation.
Une pensée me vient à l’esprit.
Mettons que nous avions gagné… disons que les Anglais nous avaient pas envahis…
Aujourd’hui, ne serions nous pas encore une colonie de la France administré de Paris. Serions nous plus “indépendants”.
William F. Buckley Jr. est mort aujourd’hui. C’est peut-être pour certains lecteurs une raison de le maudire et célébrer son passage vers l’au-delà, mais il n’y aurait pas de mouvement conservateur américain qui se tienne aujourd’hui sans cet homme. Il est l’intellectuel qui a allumé la mèche qui a éventuellement permi au mouvement conservateur de se débarrasser de ces aspects les plus inquiétant (racisme, xénophobie, isolement) et d’atteindre ses lettres de noblesse dans l’académie. Il a rigoureusement tissé la toile idéologique qui a permi au morceaux disparates de ce mouvement (conservateurs sociaux, anticommunistes, libertariens, etc) de devenir la force redoutable que nous avons connu ces quarantes dernières années.
En 1955 il fonda le magazine conservateur National Review, qui demeure encore aujourd’hui, dans sa forme électronique National Review Online, la tête de proue du mouvement. Cette revue devint le laboratoire où il a réuni les différents morceaux du mouvement pour lentement les unir entre eux. Reagan a souvent dit que sans Buckley il n’y aurait pas eu de Reagan.
M. Buckley, par contre, ne s’est jamais figé comme le mouvement qu’il a créé. Il n’a jamais cessé de pousser la réflexion. Ces dernier temps, il était plutôt “off the reservation” du point de vue de ces collègues et émules. Il a déclaré que la guerre d’Irak était perdue dès 2004, il écrivait des papiers où il tentait d’élaborer les arguments conservateurs en faveur de la légalisation de la marijuana et du marriage gay… et toutes sortes d’autres sujets qui sont aujourd’hui tabou pour l’orthodoxie conservatrice à laquelle il a donné naissance.
Ces dernières années, il continuait d’écrire tout ce qui lui chantait pour la revue qu’il a fondé, mais à titre d’editor “at large” et n’avait plus aucune influence sur la ligne éditoriale… vers la fin, cela faisait souvent de lui la seule voix discordante dans un concert d’unanimité qui faisait peur. Il faisait aussi souvent la remarque que la droite était devenue intellectuellement paresseuse, abrutie et trop confortable au pouvoir et qu’elle était dûe pour une bonne traversée du désert afin de se renouveller
Je vous laisse sur un extrait de débat entre lui et Noam Chomskey (en 1969) que Sullivan m’a fait découvrir il y a quelques année. Observez à quel point ces deux hommes se détestent… la tension est vive… mais le débat demeure d’une civilité exemplaire… (Buckley est un maître dans l’art) Une façon de débattre qui appartient à une autre époque et qui, hélas, semble avoir été oubliée de nos jours.
“I fear conservatives have gotten intellectually lazy. It may be we need an Obama presidency to force the right to get serious again.”
- Andrew Sullivan
Traduction: “J’ai bien peur que le mouvement conservateur soit devenu paresseux de l’esprit. Il est fort probable que nous ayons besoin d’une présidence Obama pour forcer à la droite de reprendre du sérieux”