2008/02/11 20:26

La droite de chez nous

Un très estimé lecteur a fait un commentaire aujourd’hui qui a finalement mis en mots une réflexion qui me ronrone dans le fond du crâne depuis que j’observe (non sans espoir) la montée de cette nouvelle droite conservatrice de chez nous que d’aucuns ne soupçonnaient l’existence il n’y a de ça que cinq ans dans le paradis social-démocrate que l’on croyait (à tord) faire notre distinction.

Il s’agit de M. Bergeron, un américain résident de la Californie qui répond au Dissident, ce (nouveau?) blogueur de chez nous qui tire nettement à droite.

Ronald Reagan est mort, [le] conservatisme a échoué, le parti républicain est divisé. Les gens les boudent, parce qu’ils n’ont pas d’idées nouvelles à répondre à nos besoins et nos problèmes c’est toujours la même chanson: moins de gouvernement (sauf dans le bodoir), moins de taxes pour les riches (alors que le fardeau remue aux travailleurs de la classe moyenne), plus de dépenses militaires pour les guerres glorieuses, plus de moralisation à faire Jésus vouloir vomir, pour le reste vous êtes seuls, “you’re on your own!”

Puis en terminant, il fait référence au fait que notre ami Dissident semble s’être approprié certains des symboles de Batman:

Mathieu, je crois pas que vous ne trouverez pas un plus grand libéral (au sens américain) que Bruce Wayne, c’est l’exemplar sans pareil du “Limousine Liberal.” I’m sure the irony is not lost on you, since you call yourself the “Dissident”, even though your side is currently in power, both in Canada and here in the US. Bush isn’t gone yet.

Ce n’est pas sans un certain plaisir et soulagement que j’ai constaté que nous avions une droite (plus ou moins) cohérente dans ma nation. Qu’une certaine alliance était possible de ce coté du paysage entre le pôle de Calgary et celui de Québec (qui se découvre à peine) afin de contrer l’hégemonie étatiste et centralisatrice du parti qui prétend définir l’âme même du pays depuis 1967. C’est vrai qu’aujourd’hui, la droite vit une certaine heure de gloire ici… et on a nettement l’impression qu’on en est encore qu’au début.

It’s Morning in the Great White North.

Pour ma part, je suis loin de m’en désoler. J’ai passé ma vie dans une société qui penchait universellement à gauche, pendant qu’on se divisait entre souverainistes et fédéralistes… Ce n’est pas sain. Les éléments bénéfiques des courants de droite (il y en a) n’ont pas encore assez eu la chance de faire effet à mon goût sur ma société. Pour quelqu’un qui se targuait d’anarcho-capitaliste en 1987 (j’étais jeune, j’ai beaucoup évolué depuis, mais quand-même), je regarde la montée de la droite politique et je dis: Y était temps!

Sauf qu’en tant qu’amateur de la politique américaine, je partage entièrement l’analyse de mon lecteur. La droite conservatrice américaine est épuisée… dogmatique… finie.

Elle est dûe pour une bonne traversée du désert.

Je regarde notre droite à nous se péter les bretelles… ces gens semblent encore tout à fait inconscients des nombreux endroits où le projet américain sur lequel ils fondent leur démarche a complètement échoué. Je les voit partout répéter les mêmes erreurs et semer le même poison corrosif qui a fini, à force de contact, par s’introduire jusque dans l’âme du mouvement américain qui s’en servait. Jusqu’a ce qu’il devienne la caricature grossière et tristement réelle que nous décrit M. Bergeron.

Les conservateurs (petit c) d’ici se sentirons bien seuls dans le monde ante Bush… et ils ne dureront pas longtemps s’ils persistent à émuler un mouvement moribond plutôt que d’adapter leur idéologie (et surtout leur approche) au 21e siécle et à un monde qui s’apprête à s’axer nettement sur le progressisme.


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6 commentaires sur “La droite de chez nous”


  1. Mathieu dit:

    À titre personnel, je n’ai rien à voir avec la droite conservatrice de type Bush ou Huckabee. En réalité, le conservatisme social m’horripile profondément, surtout lorsqu’il se base sur la religion (en agnostique que je suis).

    Pour ce qui est de Batman, c’est un hommage plus qu’une appropriation. Je suis un fan ;-)


  2. M. Bergeron dit:

    Eh bien, le genre de conservateur qu’on peut respecter. Il est difficile de discuter avec quelqu’un qui reçoit ses idées politiques d’un supposé dieu (en réalité de son pasteur). Il a raison, la vérité lui était révélée, fin de discussion. Ce n’est pas la bonne façon de gouverner. Gouverner nécissite le consensus et le compromis. Comme on dit: des gens raisonnables peuvent être en désaccord.

    Il me semble que Stephen Harper a bien compris votre point sur le style, Alain. Il a fait taire ses candidats les plus hargneux pendant la dernière campagne électorale, et quand il a perdu le vote sur le mariage gay il l’a laissé tomber. Je comprends que son gouvernement est minoritaire, et on ne sait pas, s’il est réélu premier ministe d’un gouvernement majoritaire peut-être le dossier sera rouvert. On verra. En tout cas, il n’a pas dépensé tout votre surplus sur quelque guerre fêlée, ou au moins pas encore. Et il ne veut pas rester en Afghanistan jusqu’à 2250 comme veut McCain pour nos pauvres sodats saignants dans les sable d’Irak.

    Le Batman était mon favori aussi.

    Michael


  3. Alain B. dit:

    En espérant que tu aura compris, Mathieu, que ce n’est pas spécifiquement à toi où à ce que ton blogue diffuse que je m’en prends… mais plutôt à un phénomène plus général.

    En tout cas, on peut au moins tous s’entendre sur Batman… quoi qu’en ce qui me concerne, bien que je sois un fan du sombre chevalier (et surtout de ce qu’en a fait Frank Miller dans les années 80), le haut du panthéon, pour moi, a toujours appartenu à Spider-Man… plus sympa. ;)


  4. Philippe David dit:

    Personnellement, j’avoue ne pas ne pas être un grand partisan du conservatisme américain. Je préfère une libéralisation économique et moins de keynésianisme, sans tomber dans le conservatisme social. Je ne saurait contenancer ceux qui ne jure que par le créationnisme. Ce sont effectivement des dinosaures.

    Par contre, au Québec, nous avons aussi nos propres dinosaures qui se réfugient dans le syndicalisme monolithique et l’interventionnisme étatique à outrance depuis plus de 40 ans. Il serait temps de laisser entrer un peu d’air frais…


  5. Le Petit Émerillon » Blog Archive » Silence radar dit:

    [...]  Je vous promet que je reviendrai bientôt à mon commentaire habituel. [...]


  6. Alain B. dit:

    Hmmm… je publie un billet qui réfère à celui-ci et ça envoie un “pingback” et ça insère automatiquement le commentaire précédent… Il va falloir que je tchèque ça…. Ah, les joies d’une nouvelle plateforme.

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