Idéologie - Archives

2008/09/11 09:09

Nostalgie et strip-tease politique: Mon premier «X»

Cela fera la quatorzième fois (et demi) que je place un “x” sur un bulletin de niveau provincial ou fédéral… et je n’ai jamais été aussi angoissé par l’emplacement de ce “x”.

Ça n’intéresse probablement que moi… c’est certainement un exercise narcissique de ma part, mais avant de vous exposer le fond de mon angoisse, j’ai cru bon faire le parcours de mes votes passés.

Deuxième partie: Mon premier “X”

J’ai commencé en vous parlant de mon rendez-vous manqué avec l’élection fédérale (historique dans mon comté d’Outremont) de 1988. Il me faut donc attendre encore presque un an, jusqu’à l’élection provinciale du 25 septembre 1989, avant de pouvoir enfin voter pour la première fois.

Je suis à cette époque un fervant admirateur de Robert Bourrassa et je me considère parfaitement en ligne avec les positions du PLQ autant sur le plan des politiques socio-économiques que sur les questions d’identité nationale. Du coté du PQ, Parizeau et les “purs et durs” ont reprit le contrôle depuis peu et le parti se remet, après avoir mis la question de coté pendant plusieurs années, à parler de souveraineté… mais du bout des lèvres, car pour l’instant, le focus est surtout à dénoncer l’accord du Lac Meech comme étant nettement insuffisant, un attrappe-nigaud pour le Québec. Mais en gros, c’est une élection ennuyante car personne (même pas Parizeau) ne doute du résultat. Le PLQ s’en va vers un deuxième mandat et Parizeau n’a d’autre ambition que de repositionner le PQ pour des victoires futures… car pour l’instant, le vote ”nationaliste mou” dont il a besoin pour accéder au pouvoir est encore lourdement investi dans le concensus général antourant l’accord du Lac Meech et donc presque entierement acquis aux libéraux. En plus, mon comté n’a jamais envoyé autre chose qu’un libéral à Québec… mon député est d’ailleurs un “gros nom”… le ministre de l’industrie et du commerce (et futur maire de Montréal) Gérald Tremblay, alors…

Disons qu’on est loin de l’excitation générée par l’élection fédérale de l’année précédente.

C’est dans ce contexte que je me retrouve derrière l’isoloir pour la première fois de ma vie, prêt à accomplir mon devoir de citoyen le plus solennelle, celui d’exprimer mon choix quant à celui ou celle qui ira me représenter à l’assemblée nationale… Je m’en souviens comme si c’était arrivé aujourd’hui, je suis là derrière l’isoloir, je place mon bulletin de vote sur la table, je prends le petit crayon à mine qui s’y trouve et je fige… soudainement frappé par la futilité absolue du geste de donner un vote de plus à un candidat dont je sais très bien qu’il en aura plus que nécessaire et dont le parti est assuré d’un autre tour au pouvoir. Ça ne dure evidemment que quelques secondes, mais pour moi, sur le coup, ça semble une éternité… une éternité pendant laquelle au lieu de simplement mettre mon “x” à-côté du nom de “mon” candidat, je me trouve plutôt aux prises avec une réflexion qui ressemble à ce qui suit:

L’opposition à l’accord du Lac Meech commence à s’organiser au Canada-anglais depuis la sortie de Trudeau et elle se fait sur une base fédéraliste idéologique. Le parti que j’appuie est une coalition entre nationalistes fédéraliste qui tiennent à ce que le Québec puisse se développer librement à l’intérieur du Canada et des fédéralistes idéologiques qui sont satisfaits du document de ‘82.  Il ne faudrait pas que mon parti ait tellement confiance dans ses chances électorales qu’il se mettent à plier devant les fédéralistes endurcis et les mécontents du R.O.C… Mieux vaut une victoire serrée, avec les souverainistes aux trousses, de façon à garder la pression sur la défense de l’accord et des intérêts du Québec. Et puisqu’il n’y a aucune chance que le péquiste gagne…

Et sur ce, je place mon “x” à coté du nom du candidat du PQ.

Mon premier vote fut donc un “vote stratégique”.

Et j’avais raison, ce n’est pas comme si M. Tremblay avait besoin de moi pour conserver son siège. (Mais imaginez si 3 000 personnes de plus avaient pensé comme moi)

Outremont

Candidats et
appartenance politique
Nombre de
bulletins valides
Pourcentage de
bulletins valides (%)
Majorité
Tremblay, Gerald (P.L.Q.) 11 774 49,90 2 964
Langevin, Marc (P.Q.) 8 810 37,34  
Bélanger, Mario (P.V.Q.) 1 893 8,02  
Loranger, Jean-Guy (N.P.D.Q.) 649 2,75  
Simard, Christian (P.I.) 168 0,71  
Chalifoux, Benoit (P.R.C.Q.) 136 0,58  
Dasylva, Claire (P.C.Q.) 64 0,27  
Filion, Yves (P.T.Q.) 52 0,22  
Rosner, Abe (P.M.L.Q.) 48 0,20  
Nombre total de bulletins valides : 23 594  (97,78 %)
Nombre total de bulletins rejetés : 536   (2,22 %)
Vote exercé : 24 130
Nombre total d’électeurs inscrits : 31 626
Taux de participation : 76,30 %

C’est ainsi que commence une longue tradition pour moi de traiter mon vote de façon plutôt cavalière lorsque je suis dans une “forteresse”.

Quant au résultats, Parizeau ne prend pas le pouvoir, mais il gagne son pari: Le PQ amélore considérablement son score par rapport à la raclée historique de ‘84 et dorénavant, il n’y a plus de doute, les souverainistes sont de retour en force. À noter aussi, l’apparition des “angryphones” en réaction à la loi 178, quatre candidats du Equality Party sont élus dans les comtés les plus anglophones de Montréal. Mais l’ironie de l’élection (et c’en est toute une) est que les deux chefs des grands partis sont battus dans leurs circonscriptions respectives… de pauvres backbenchers devront démissionner afin que les chefs puissent siéger à l’assemblée.

Et bien que rien de tout cela ne s’annonçait dans la campagne (ou si peu), sur le plan des batailles politiques, les prochaines années feront fortement contraste au calme relatif et aux accomplissements des quatre ou cinq années précédentes: La crise d’Oka. La défiance trudeauiste de Clyde Wells. L’affront de Sault-Ste-Marie. La mort de Meech. La naissance du Bloc Québécois. Les appuis à la souveraineté qui frôlent les 70%. Le rapport Allaire. La commission Bélanger-Campeau. Le départ fracassant de Mario Dumont et des jeunes libéraux. L’échec de la politique de la “chaise vide”. Le referendum de Charlottetown. La naissance de l’ADQ. La lutte à l’inflation menant à la crise des taux d’intérêts élevés menant à la crise des déficits et à la récession économique. L’effondrement des conservateurs… puis du PLQ. 

C’est dans un contexte bien différent que je placerai mon prochain “x”

À suivre.


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2008/08/13 19:57

Rage

Rage

Les lecteurs réguliers de ce blogue le savent, son auteur, malgré quelques excentricités, a un point de vue plutôt conservateur… Il tend, plus souvent qu’autrement, à plaider en faveur des institutions (tout en admettant que plusieurs méritent réforme) et en dépit d’un désir sincère d’ouverture à toutes les tendances, a souvent bien de la peine à cacher son mépris pour certaines tendances idéologiques plus radicales… disons à gauche du spectre.

Mais depuis les évènements de dimanche soir, je n’arrête pas de tomber sur des trucs d’une telle ignominie… d’une telle aberrance réactionnaire, qu’ils ne peuvent faire autrement que d’agiter le rebel libertaire radical qui sommeille quelque part (très loin) au fond de moi.

Des trucs comme l’opinion d’un banlieusard xénophobe qui bande sur des rumeurs qui confirmerait sa conviction qu’on ne peut faire confiance à…

la racaille de Montréal-Noire, ce repère majoritairement bougon qui se complaît dans la violence quotidienne, dans la pauvreté, dans l’ignorance, dans la facilité…

…et qui jouit à l’idée de voir l’armée rentrer dans le tas.

(!)

[Grand respire]

Ostie d’câlisse de saint-ciboire de tabar-fucking-nak!!!!!

Il me donne envie d’armer la populace.

Rebel, rebel and yell
‘Cause our people still dwell in hell
Locked in a cell
Yes, the structure’s a cell
Mad is the story I tell
How long can we wait?
Come on, seein’ what’s at stake
Action for reaction
If your mind’s in a somewhat complacent state
Get a check up
This is a stick up
Our freedom or your life
Lord, I wish I could be peacful
But there can be no sequel


Township Rebellion - Rage Against The Machine

De retour quand j’aurai retrouvé mes esprits.


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2008/08/12 02:36

Ah, pis une autre affaire, à part de d’ça…

L’autre aspect qui me révolte dans toute la discussion entourant cette tragédie, c’est cette notion que tout ceci relève d’un problème “d’intégration” des “immigrants”. Et que la solution passe par de meilleures “politiques d’intégration”.

C’est l’idée qui m’a tant révolté dans le second billet que j’ai cité ce matin [J'en traite dans un billet plus posé que je ne cesse de promettre (et qui avance)] qui vient d’un blogue “de droite”… Mais voilà que j’apprend, via son commentaire chez l’ami Renart, que notre dangereux pyromane polémique “de gauche” favori soutiens la même thèse dans un billet ou il semble s’être surpassé dans l’ampleur de l’incendie qu’il allume… Si on s’en fie aux dires de Renart, car pour ma part, je suis tombé sur les premières lignes plus tôt, chez Opinions Canada, et j’ai décidé que c’était mieux pour ma santé de ne pas y aller… But apparently, the little mofo did it again, didn’t he?

Donc à gauche comme à droite, on se rabbat sur cette notion stupide.

[Soupir]

Eh, oh, les amis, çe qui se passe à Montréal-Nord n’a rien à voir avec les questions identitaires ou avec la foutue question nationale! C’est d’abord un problème urbain de gouvernance urbaine qui doît relever d’une administration et d’une solution urbaine. [À la limite, ça ne regarde que les montréalais. (Mais tous les montréalais.) Les régions et les banlieusards n'ont pas vraiment à s'en mêler.]

Et cela n’a surtout rien à voir avec un problême d’intégration culturelle d’une population en particulier ou d’une autre. Comme si une absorbtion plus rapide de notre culture nationale mettait qui que ce soit à l’abri de phénomènes comme dimanche dernier.

Parce qu’évidemment, on a pas ça, nous, dans notre belle culture à nous, de la misère et de la pauvreté… on a pas ça, nous, des populations de jeunes sans perspectives et désabusés de l’avenir… et surtout, surtout, nous, on a pas de ça.

Comme si c’était “une meilleure intégration des immigrants” (comme l’entendent ceux qui le clame) qui allait influencer quoi que soit là dedans.

Faites moi rire.


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2008/08/10 12:12

Une masse critique à droite?

Vincent Geloso répond à mon billet où je mettais en doute son idée de conjuguer discours identitaire et discours de droite libérale:

il existe une masse critique de gens en faveur de réformes assez radicales comme le privé en santé, la privatisation de la Société des Alcools, l’élimination du corporate welfare etc. Il suffit d’avoir une infrastructure qui est capable d’activer cette masse critique.

Son billet soulève quelques bon points dont certains avec lesquels je suis d’accord et d’autres, moins. Je vous invite à le lire.

Je tenterai d’y répondre plus en détail dans le courant de la semaine.

Aujourd’hui, c’est dimanche et il fait beau.


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2008/08/09 15:31

Ma première muse « de droite »

Cette portion de ma bibliothèque est dédiée surtout à des ouvrages que j’ai lus (ou relus) ces dernières années et qui m’ont influencés ou que je considère importants (il en manque plusieurs que j’ai prêtés ou qui sont hors-champ). Elle en contient un de quelqu’un qui a ouvert la porte au jeune progressiste grano que mon environnement familial et social m’imposait de devenir et lui a ouvert l’esprit à une autre façon de voir le monde. Cette personne est la première responsable de ce que j’appelle aujourd’hui mes sensibilités libertariennes (de droite). Pouvez-vous deviner de qui je parle?

Si vous avez nommé Ayn Rand, eh bien… vous vous trompez. (Hi hi hi! J’ai un peu fait exprès avec le titre et en poussant sur le féminin dans le paragraphe précédent.) Mais c’est quand-même d’elle dont je veux vous parler pour l’instant.

Atlas Shrugged est le “roman” d’Ayn Rand qui forme supposément le traité central de la pensée objectiviste dont se targuent tant de libertariens puristes (J’ai lu ce livre et ça a changé ma vie, entend-on si souvent). Je l’ai donc acheté il y a quelques années alors que je cherchais à explorer de façon plus pointue les différents courants idéologiques qui animent la droite américaine…

Confession: Je ne l’ai pas encore terminé, je n’en suis qu’aux deux tiers… et ce, depuis plus de trois ans.

Mais malgré cela, je peux, en toute confiance, vous affirmer ce qui suit le plus sincèrement du monde: Ayn Rand sucks.

Je pourrais me lancer dans une longue tirade, vous dire à quel point l’univers qu’elle construit est peu plausible et que l’argument philosophique pèse si lourd dans la structure narrative et est si cousu de fil blanc que cela rend le roman d’un ennui insupportable. Et que juste au niveau de la putain de langue anglaise… Grrr! Bon, je m’arrête car je commence déjà à m’emporter. Je cède plutôt la parole au policier de la série animée South Park dont les auteurs, pourtant eux aussi renommés pour leurs “sensibilités libertariennes”, ont du avoir une expérience semblable à la mienne.

D’abord, une petite mise en situation de l’extrait: Quelqu’un viole en série les poulets des environs et… oui, c’est ça, j’ai bien dis les poulets. …et laisse des indices dont la clé ne se trouve qu’en lisant des livres. L’agent Barbrady doit alors avouer qu’il est analphabète et demande l’aide des quatre ti-culs qui l’assistent dans son enquête et lui enseignent à lire. Rocamboles et boule de gomme, le policier apprend à lire et attrape le coupable. La ville lui lance un défilé et lui demande de prononcer un discours:

Mes amis, si vous êtes curieux au sujet de l’objectivisme, il y a des tonnes de ressources sur Internet qui vous en expliqueront les fondements sans être obligé de vous taper ce qui doit être le roman le plus pénible à lire de toute l’histoire de la langue anglaise. Croyez-moi, j’ai lu une traduction victorienne de Dostoïevsky qui était moins pénible!

Ayn Rand

Quant à la “philosophie” objectiviste comme telle, elle touche à des vérités fondamentales sur la plan de la liberté individuelle et fournit des outils d’analyse utiles et encore très répandus dans la “droite économique”, mais comme philosophie globale… on repassera. Quelques bonnes intuitions, certes, mais de là à en faire un système de pensée complet et fermé… Pfff…

Si vous êtes un de ces illuminés qui s’est convaincu qu’il ou elle est l’archétype de l’Übermensch nietzschéen, l’objectivisme est pour vous, c’est votre utopie. Mais pour le reste de l’humanité, elle n’évoque à mes yeux que misère et malheur… et son application dans l’absolu m’apparaît comme le meilleur moyen de se garantir une révolution bolchévique.

Mais Alain, me demandez-vous, si ce n’est pas Ayn Rand, qui est donc cet auteur que tu tiens si responsable de tes étranges délires de droite? Eh bien, il s’agit en fait de l’auteur de science-fiction américain Robert A. Heinlein (1907-1988) dont j’ai dévoré l’oeuvre presque toute entière entre l’âge de 14 et 18 ans. (Ce qui nous replace dans les années 80)… Je vous en reparlerai, un de ces quatre. Tout ceci n’était vraiment qu’un prétexte pour livrer une attaque parfaitement gratuite sur l’objectivisme randien motivé par mon insécurité et désir de m’assurer que les fortes sympathies libertariennes exprimées dans ce blogue ne soient pas associées à cette niche extrême du mouvement qui m’inspire un dégoût plus viscéral (je l’avoue) qu’objectif.

[Oui, mais tu ne t'aide pas, en t'associant à un personnage comme Heinlein sans t'expliquer... Il y en a qui feront leurs propres recherches et ils t'associeront à une frange encore plus étrange et marginale. Heinlein était... pour le moins dire... excentrique, tu le sais bien.] …me dit la petite voix dans ma tête. Oui, mais Heinlein n’a jamais eu la prétention d’être autre chose qu’un vulgaire auteur de fiction populaire et se défendait bien d’être un penseur, un philosophe ou un exemple. Et j’ai seulement dis qu’il m’avait influencé, pas que j’adhérais à la frange capotée qu’on lui associe parfois au sein du mouvement libertarien…

Comme j’ai dis, je vous en reparlerai.

En attendant, j’ai trouvé une mention (plus ou moins) respectable de son influence dans cette excellente “chronologie de la pensée libertarienne” produite par la publication de gauche Mother Jones:

1966: Sci-fi writer Robert A. Heinlein releases The Moon Is a Harsh Mistress, a libertarian retelling of the American Revolution set on the big cheese. The narrator, a polyandrous computer programmer who rebels against a meddling and incompetent Lunar Authority, appeals to the experimental, fiercely independent mentality of Silicon Valley’s emerging generation of techno-libertarian hippies.

Hmm… techno-libertarian hippie?… j’peux vivre avec ça.

PS: Félicitations à tous ceux qui ont bien deviné dès le départ, vous m’impressionnez. Mais j’avoue que j’ai de la peine à vous croire… j’exige des preuves de votre raisonnement! ;)


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2008/08/08 20:48

Dumont se met à dos les éconocentrophiles*

Mario Dumont et Milton Freedman

Hé hé hé! C’était déjà bien entamé, mais là, la droite éconocentriste militante est vraiment orpheline, n’est-ce pas? Mais qui donc saura à nouveau l’apprivoiser? Ahem… Monsieur Charest?… Êtes-vous là?

*L’expression “éconocentrophile”, que je trouve fort jolie, a été piquée à Renart.


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2008/08/06 21:10

Le nationalisme québécois cache-t-il un complexe de colonisé?

marche québec français

Il y a quelques jours, Vincent Geloso touchait à un des nombreux aspects qui m’exaspèrent au sujet de l’orthodoxie nationaliste québécoise ces temps-ci dans un billet intitulé Idées de droite et identité:

Un ami m’a dit que les jeunes libéraux ont été traités de «néolibéraux et d’antinationalistes». Cette idée qu’être libéral (dans le sens classique)implique une haine de l’identité Québécoise est vastement répandu. Néanmoins, je ne vois pas nécessairement d’opposition entre les deux.

Après tout, l’ADQ a obtenu 41 siéges en 2007 en associant liberté économique et affirmation identitaire. Comme si une société confiante passait par moins d’État et plus d’entrepreneurs laissés libres.

Il poursuit en proposant que la droite économique infuse son discours de notions identitaires à la manière du “capitalisme populaire” de Thatcher dans les années 80. Hmmm… Je me souviens des années 80… on peut certainement se plaindre d’une certaine sclérose institutionnelle québécoise aujourd’hui, mais nous sommes tout de même très loin de l’économie britannique hyper-planifiée d’avant l’époque Thatcher. Si Vincent souhaite qu’un tel discours résonne ici, il ferait mieux de rejoindre les rangs des gauchistes qu’il oppose. L’étatisme québécois a encore beaucoup de chemin à faire avant d’écoeurer le peuple autant que celui de la Grande Bretagne des années 70 qui a produit Thatcher.

Mais là n’est pas mon propos.

Je me suis moi aussi souvent demandé d’où peut bien venir cette étrange notion adoptée des gardiens de l’orthodoxie identitaire québécoise qui dicte que le libéralisme économique serait corrosif à notre fibre nationale et qu’il faut donc faire intervenir l’état à chaque étape pour la protéger.

Contrairement à mes amis militants de la “droite économique”, je suis quand-même ouvert à l’idée que l’état a un rôle important à jouer sur plusieurs plans, dont celui de nourrir (et non protéger) notre fibre identitaire collective, sauf que l’opposition au désir individuel d’améliorer son sort sur le plan matériel n’a rien à y voir, bien au contraire!

D’ailleurs, je commence plutôt à me poser la question de la façon suivante:

Entre le bonze nationaliste d’aujourd’hui qui prétend que le Québecois francophone n’ira nulle part (sinon à sa perte) sans se soumettre à un État maternel omniprésent qui seul peut le protéger des sinistres néolibéraux mondialisants et le chanoine catholique des années trente qui prétend que le Canadien-français n’ira nulle part (sinon à sa perte) sans se soumettre à une Église paternelle omniprésente qui seule peut le protéger des sinistres négociants anglais…

Quelle différence?

Et entre ces deux premiers (qui pourtant ne cessent de nous casser les oreilles en parsemant leurs discours d’éloges à la grandeur et la noblesse du peuple francophone) et l’individu francophone (comme Vincent, par exemple) qui croit que le peuple dont lui et ses compatriotes sont issus lui a fourni les outils, la capacité et les avantages nécessaire pour compétitionner dans l’arène des grands et soutirer plus que sa juste part du butin…

Qui est le plus fier de son identité?

Et qui souffre encore d’un complexe de colonisé?


La photo est d’ici


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2008/08/04 16:01

Coup de chapeau libertarien (ou introduction à Hayek)

Ces dernières semaines, pendant que la sphère (du moins celle qui passe par mon agrégateur) tournait au rythme des vacances, il y avait au moins quelques blogueurs qui ne chômaient pas. La section de mon iGoogle dédié à la “sphère d’ici” s’est vu envahie par les billets de Vincent Geloso (qui a tout retiré depuis pour mieux se reconcentrer) et par l’excellent travail de Philippe de Réalité Virtuelle qui nous livre depuis peu une série de textes et documents visant à exposer les fondements de la pensée libertarienne. Le plus récent étant cet entrevue avec l’économiste Milton Friedman.

Je tiens à lever mon chapeau à Philippe pour la qualité de ce récent travail… et je me permet d’y ajouter à ma façon en proposant cet entretien entre Will Wilkinson, un de ces jeunes penseurs libertariens qui m’impressionne (l’autre est Megan McArdle) et l’universitaire Bruce Caldwell, auteur d’une “biographie intellectuelle” de la pensée de Friedrich Hayek, un théoricien économique et social du 20e siècle très important dans le courant libertarien… En opposition à la pensée Keynsienne et donc longtemps conspué par les “bien pensants”, il vit une certaine réhabilitation dans les milieux académiques depuis une décennie.

Un incontournable qu’on soit “à gauche” ou “à droite”.

Un extrait:

Je vous recommande fortement la suite (34 minutes) qui est ici.

L’entretien intégral (de 62 minutes) est ici.


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2008/07/22 09:57

Qui est responsable de la crise du crédit?

Les prêteurs sans scrupules qui ne se sont pas occupé de savoir si leurs clients étaient vraiment en mesure de rembourser ou les consommateurs irresponsable qui ont fait fi de leur responsabilité personnelle en vivant au dessus de leurs moyens?

Selon David Brooks, il faut surtout examiner l’évolution de la culture ambiante qui dicte ce qui est “normal” et “acceptable” en société… un phénomène qui influence (souvent inconsciement) le processus décisionnel des acteurs respectifs autant qu’il est défini et amplifié par leur comportement.

what happened to McLeod, and the nation’s financial system, is part of a larger social story. America once had a culture of thrift. But over the past decades, that unspoken code has been silently eroded.

Some of the toxins were economic. Rising house prices gave people the impression that they could take on more risk. Some were cultural. We entered a period of mass luxury, in which people down the income scale expect to own designer goods. Some were moral. Schools and other institutions used to talk the language of sin and temptation to alert people to the seductions that could ruin their lives. They no longer do.

Norms changed and people began making jokes to make illicit things seem normal. Instead of condemning hyper-consumerism, they made quips about “retail therapy,” or repeated the line that Morgenson noted in her article: When the going gets tough, the tough go shopping.

McLeod and the lenders were not only shaped by deteriorating norms, they helped degrade them. Despite all the subterranean social influences, there still is that final stage of decision-making when individual choice matters. Each time an avid lender struck a deal with an avid borrower, it reinforced a new definition of acceptable behavior for neighbors, family and friends. In a community, behavior sets off ripples. Every decision is a public contribution or a destructive act.

Il est plus utile, selon moi, d’examiner le phénomène de façon compréhensive que de blamer la cupidité, l’irrresponsabilité ou la naïveté d’un groupe ou l’autre… Cette dernière approche sert davantage à se conforter et se déculpabiliser qu’à offrir des pistes de solution.


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2008/07/18 07:11

Dans les bas-fonds de l’Amérique rouge

Le pamphlet d’un politicien de comté. Non, ce n’est pas une blague; il l’a écrit lui-même.


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2008/05/27 18:49

Coudonc, c’est quoi le problème avec la droite politique québécoise?

Maxime Bernier et son ami, Jos Louis, en Afghanistan

Comment ça se fait qu’elle n’arrive qu’à attirer des deux de pique not ready for prime time

La faiblesse gênante de l’équipe de Dumont… La faiblesse (et là, l’incompétence abjecte) de l’équipe québécoise de Harper…

Où est la droite réfléchie et responsable de ma nation? Existe-t-elle? Est-elle même possible?

Je commence à en douter.


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2008/05/22 18:38

Bon coup de la journée

Je passe outre le fait que la résolution libérale concernant le crucifix à l’assemblée nationale relève du plus pur calcul politique… la tactique est aussi dégoutante  de cynisme qu’elle est redoutable dans son efficacité.

Autrement, un premier ministre, contrairement aux chefs des partis d’opposition, se doit d’être rassembleur et non partisan dans son message en une telle occasion. J’ai suivi le débat dans “l’arêne” aujourd’hui et je dois admettre que Charest passe le test haut la main.

Le moment fort pour moi fut la réplique de Charest en chambre aujourd’hui. Le rituel, semble-t-il, est qu’après sa déclaration initiale suivie d’une déclaration de chacun des partis d’opposition, le premier ministre a un “droit de réplique” qui lui donne le dernier mot. Charest nous montre ici qu’il est un politicien (et homme d’état) en haute forme ces jours-ci:

“Espace de liberté”… ces mots sont comme de la musique à mes oreilles.

J’avoue être très étonné de constater à quel point mes sympathies penchent de plus en plus vers le PLQ depuis un bout de temps… ça ne s’était pas produit depuis 1993!


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2008/05/19 21:09

Les patriotes ne sont pas morts pour la “nation québécoise”

Aujourd’hui, c’est la “fête des patriotes”. Une réponse enfantine de la “nation québécoise” qui boude le fait que le congé d’aujourd’hui provient en fait d’une tradition qui célèbre la naissance de la reine Victoria.

Queen Victoria

En instituant cette fête, la “nation québécoise”, cette construction née dans les années soixante d’un désir de renouveau et d’affranchissement si fort qu’elle exige une révision identitaire, cache mal son insécurité existentielle et démontre plutôt son immaturité. (Si on voulait vraiment donner aux patriotes la place qui leur revient dans notre paysage mythique, on ferait du 15 février une fête de recueillement national au même titre que le 24 juin en est une de célébration et de joie… et on laisserait cette journée-ci aux traditions britanniques)

Mais puisqu’il est question de nos braves patriotes aujourd’hui… et de leur appropriation par les tenants d’une idéologie historique qui se sent obligé de défigurer ses racines pour se donner la permission d’exister, je me permets une petite montée de lait qui me ronge le coeur depuis quelques années.

Chevalier de Lorimier

Le 14 février 1839, à la veille d’être pendu, le patriote François-Marie-Thomas Chevalier de Lorimier écrit son “testament politique”. Un des documents politiques les plus importants et éloquents de notre histoire… qui encore aujourd’hui fait vibrer tous les souverainistes et autres révolutionnaires de salon de notre petite nation.

Le texte intégral de la lettre est ici.

Faute d’être dûment enseigné dans nos écoles, ce texte est tout de même transmis dans la culture populaire à travers les oeuvres de certains poètes incendiaires de la nouvelle nation qui crient toujours si fort son nouveau nom qu’on croirait qu’ils veulent à tout prix nous faire oublier l’ancien… celui dont s’affublait les pères de leurs pères… et leurs pères avant eux qui se sont battus (ou non) aux côtés des compatriotes de Chevalier de Lorimier.

Je pense en particulier à La complainte des hivers rouges de Roland Lepage (1974) et, plus récemment, au film 15 février 1839 de l’inimitable Pierre Falardeau (2001). Ces deux oeuvres reprennent presque mot pour mot plusieurs passages de la fameuse lettre de Chevalier de Lorimier…

Je dis presque parce qu’on peut être certain que le passage suivant, tiré de la lettre, ne s’y retrouve pas et sera toujours gommé par ceux qui s’acharnent à faire de nos patriotes des “héros de la nation québécoise”…

Le sang et les larmes versés sur l’autel de la liberté arrosent aujourd’hui les racines de l’arbre qui fera flotter le drapeau marqué des deux étoiles des Canadas.

Pourtant, il me semble que c’est là un des passages les plus révélateur, sinon de ce qui motivait nos patriotes, du moins de la dichotomie qui semble exister entre ce qu’ils étaient vraiment et le mythe que nous avons créé autour d’eux pour supporter notre idée moderne d’une “nation québécoise” qui n’aurait eu aucun sens à leur yeux.

Drapeau patriote (le tricolore canadien)Pensez-y… cet homme qui, à la veille de son exécution, sait qu’il écrit ce qui sera considéré comme le testament final de son mouvement… qui prend la peine de l’écrire par volonté qu’un tel testament soit remis à la postérité… Drapeau patrioteCet homme, lorsque vient le temps de mentionner la bannière sous laquelle il meurt, ne nous parle pas du tricolore canadien… ou d’une drôle de bannière avec un poisson et des feuilles d’érable… ou d’un castor… ou tout autre symbole appartenant alors à sa “race” française.

Non.

Drapeau patriote (les deux étoiles)Cet homme, qui tient à ce qu’on comprenne au nom de quel idéal il meurt nous dit qu’il meurt au nom d’un “drapeau marqué des deux étoiles des Canadas“. Symbole, oublié depuis, représentant deux états libres, mais unis, Betsy Ross Sews the First Amarican Flagl’un anglais (le haut-canada), l’autre français (le bas-canada), ayant déclarés leur indépendance de l’empire et frayant, main dans la main, le chemin du destin emprunté par les peuples libres. Le tout dans une logique symbolique les destinant éventuellement à s’unir à la grande expérience d’union démocratique naissante déjà entamée par 13 colonies voisines…

Pauvre Chevalier… il a pris tant de peine à faire comprendre qu’il mourrait pour avoir voulu libérer les siens du joug de Londres dans un contexte d’union “des deux étoiles des Canadas”…

Mon pauvre Chevalier… le destin rit de toi, mon pote. Si tu savais à quel point tes “héritiers” s’en foutent. Aujourd’hui, ils ont appris à avoir honte du nom de canadien que tu portais fièrement comme étant celui de ton peuple… ils ont appris à cracher sur les symboles qui ralliaient tes frères; le castor; la feuille d’érable; tout en croyant reprendre ton flambeau… les uns ignorants… les autres hypocrites… si tu savais à quel point ils s’en foutent de savoir ce qui t’animait vraiment…

Ils sont trop occupés à se redéfinir dans une identité fragile qui veut tant fuir la honte de ses origines qu’elle s’est déconnectée de ses racines et ne sait plus se nommer

Ils sont trop occupés à s’oublier pour pouvoir célébrer l’idéal pour lequel est mort un vrai patriote.

À la tienne, mon Chevalier.


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2008/05/19 02:09

Quand Dieu se mêle de politique étrangère

Suite à la forte impression m’a fait cet entretien bloggingheads ce matin, j’ai décidé de me retaper le film Charlie Wilson’s War en soirée (j’étais aussi allé le voir au cinéma lors de sa sortie en décembre dernier).

Pour les adeptes du BitTorrent, c’est par ici.

Charlie Wilson's WarComme oeuvre cinématographique, j’avoue que c’est plus ou moins raté… le film arrive mal à faire l’harmonie entre le sérieux de son sujet, la gravité des idées qu’il avance et le carcan stylistique de la comédie noire (maladroitement feydeau-esque par moments) qu’il tente de se donner… Disons qu’on est loin de Doctor Strangelove.

Mais bien que (outre la performance de Philip Seymore-Hoffman) nous ne soyons pas en présence d’une grande oeuvre cinématographique, il faut souligner que comme voyage à l’intérieur des méchanismes byzantins de la machine gouvernementale américaine… et comme chronique des événements improbables qui ont menés à la fin de la guerre froide tout en formant la genèse du “choc des civilisations” dans lequel Washington est présentement embourbé, nous sommes en présence d’un bijou.

Surtout qu’il ne s’agit pas vraiment d’une fiction.

Charlie Wilson's WarLe film raconte la vraie histoire (documentée et non niée par les intéressés) d’un congressman démocrate (et libertin) du Texas qui, grâce au fait qu’il se retrouve à siéger sur certains commités clés, dont un qui gère un budget militaire secret, réussit à mettre en place la plus grande opération clandestine de l’histoire; le financement et le support logistique aux rebelles de la guerre d’Afghanistan qui brisa le dos de l’Union soviétique… et créa les conditions qui donnèrent naissance à la gang à Ben Laden…

La chose fascinante est de voir comment un simple congressman, aidé d’une riche héritière ont pu accomplir tout ça… et à quel point la motivation religieuse de l’héritière (tout à fait en ligne avec la “cold war religion” dont il est question dans l’entretien qui m’a fait fait tant d’effet) démontre le rôle que le dangereux mélange de religion et d’idéologie qui s’est développé pour servir la guerre froide est venu joué dans la genèse des ”guerres religieuses” que nous vivons aujourd’hui. Ce qui frappe surtout c’est la naïveté des sincères bonnes intentions qui motivent les acteurs de cette tragédie… qui se poursuit aujourd’hui.

These things happened. They were glorious and they changed the world…
…and then we fucked up the end game.

- Charlie Wilson


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2008/05/18 18:47

Le culte du pouvoir

Je ne m’aiderai pas ici, tout grand défenseur de la religion-en-tant-que-véhicule-légitime-de-cheminement-spirituel-collectif que je suis, mais je suis tombé sur quelque chose aujourd’hui qui m’a pas mal sidéré.

Les coulisses et la scène du théâtre du pouvoir washingtonien seraient infiltrés par un réseau plus ou moins secret, fondé dans les années 30,  de fondamentalistes pseudo-chrétien dédié à l’exercice du pouvoir…

Un groupe qui se tient dans l’ombre mais qui ne nie pas son existence et qui réunit plusieurs power-brokers incluant des sénateurs et élus des deux partis, des généraux et des industriels… Un groupe qu’on appelle… tenez-vous bien…

The Family (La famille)

Jeff Sharlet - The Family Book Cover

Non, je ne vous niaise pas. 

Il s’agit d’une réelle et sincère pseudo-religion du pouvoir par et pour les puissants… qui a un impact sur les décisions émanant de la capitale… c’est complètement hallucinant.

Voici un extrait d’un entretien entre Will Wilkinson du Cato Institute et Jeff Sharlet, collaborateur au NYU Center for Religion and Media et auteur du livre The Family: The Secret Fundamentalism at the Heart of American Power qui décrit le fonctionnement et les fondements du groupe.

L’entretien au complet est ici.


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2008/05/11 21:45

Une autre réflexion sur la religion

J’aime beaucoup la blogueuse Zed Blog, la lire est toujours un exercice stimulant, Son style davantage évocateur que didactique qui porte à plus profonde réflexion est un vent d’air frais (d’air fou?) dans notre petit coin de la sphère politique. J’admire aussi beacoup la fougue de son idéalisme… même si je ne le partage pas en tout point.

Depuis mon retour en ligne, je dois avouer que ses textes et ses commentaires, ainsi que son initiative ont fourni l’étincelle derrière la plupart de mes réflexions bloguesques ces derniers temps… dont quelques billets qui n’ont pas été publiés, faute d’être à la hauteur des ambitions qu’elle m’inspire.

La plus récente étincelle viens d’un commentaire qu’elle a fait au sujet de ma dénonciation des “pasteurs” de John McCain. Plus précisément, de la phrase suivante:

Je ne connais aucune religion qui mette de l’avant les droits de la personne, aucune qui n’y contrvienne pas ou n’encourage pas d’y contrevenir.

Je reproduis ici ma réponse qui s’est avérée si longue que j’ai décidé qu’elle méritait son propre billet.

Ça résume assez bien ce qui me sépare de la plupart de mes contemporains au sujet de la religion… et donne un autre apperçu de ce que j’appelle mon conservatisme à moi.

J’ai une lecture très différente des religions que la tienne et celle de la plupart de mes compatriotes.

Bien que le concept de “droit de la personne” n’avait aucun sens dans les temps anciens, toutes les religions sont nées d’un élan et d’un désir sincère d’améliorer la condition humaine (semblable à l’esprit qui t’anime, je dirais) dans le sens d’une plus grande justice, dignité et bonheur pour tous. Il faut se remettre dans le contexte de leur naissance pour le comprendre.

Le concept même d’égalité entre les hommes et de la dignité fondamantale de tous les être humains nous vient tout droit des “grandes” religions.

(Le concept des “droits de la personne” est né dans un contexte d’éthique chrétienne… ne l’oublions pas - et je ne dis pas ça pour élever la religion chrétienne au dessus des autres… l’Islam est emptreint des mêmes valeurs et les expose d’une façon qui ressemble encore plus à notre conception moderne)

Le problème, ce n’est pas les religions, mais plutôt les idéologies. Une idéologie est un scheme de pensée fermé qui prétend expliquer la réalité et posséder la formule à suivre pour toute une société… adhérer à une idéologie, c’est s’opposer aux autres idéologies qui ne cadrent pas avec la sienne. En autres mots, prétendre à la vérité absolue.

Tu me diras que c’est la même chose (en pire) pour les religions. Ce à quoi je réponds: Seulement lorsqu’elles sont montées en idéologie par les hommes soucieux d’imposer une formule à suivre pour toute une société. Le danger vient de cet élan tout-à-fait humain (et sain) de vouloir refaire le monde lorsque cet élan n’est pas tempéré par le doute. Le danger, c’est l’utopisme.

Pourtant, malgré ce qu’on en croit, toutes les religions ont comme un de leur messages centraux, l’idée que la vérité absolue est insaisissable pour les humains… Que celui qui prétend la comprendre et pouvoir la livrer est toujours dans l’erreur… Que le mieux qui est donné aux humains est d’en entrevoir l’essence sans jamais la saisir… Que même si nous ressentons qu’elle existe… et qu’elle peut nous guider, nous devons toujours nous demander si nos actions et pensées vont dans le sens perçu de cette vérité à laquelle nous aspirons.

En autres mots, toujours se remettre en question.

Combien d’idéologies peuvent en dire autant?

Ceci dit, la fin de ton commentaire touche au réel bobo.

La cupidité humaine.

Un élément de notre nature que les religions ont justement eté concues pour atténuer (non sans succès, à mon avis). Même si leurs institutions en sont victime.

Un élément de notre nature contre lequel tu t’insurges et c’est tout à ton honneur.

Seulement, je ne vois pas en quoi l’absence de religion améliore cet élément, au contraire.

(Je souligne ici le fait que les pires atrocités de notre histoire ont été commises non pas au nom d’une religion, mais au nom d’idéologies laïques qui se voulaient “libérées” des contraintes morales de la pensée religieuse)

Et, comme c’est toujours le cas dans les cycles de l’Histoire, même tous les idéaux progressistes que tu prône et qui sont, je le consent, nécessaire à l’amélioration du monde de demain, finiront éventuellement par être érigés en dogmes que manipuleront des hommes cupides pour servir leurs propres intérêts… et qu’il faudra combattre avec de nouvelles idées

“The creatures outside looked from pig to man, and from man to pig, and from pig to man again; but already it was impossible to say which was which.”
- George Orwell, Animal Farm

On ne peut pas changer notre nature… on ne peut (et on le doit) qu’y aspirer.

Ça aussi, c’est un des messages centraux des religions qu’il nous ferait bien de ne pas oublier dans notre zèle à vouloir changer le monde à tout prix.

Et je rapelle à mes lecteurs que je ne suis pas particulièrement religieux (quoique beaucoup plus spirituel que je l’ai été) et n’ai pas été élevé dans quelque forme de religion que ce soit. À mois que ceci ne compte.


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