La vieille nation de l'autre coté de l'étang - Archives

2008/02/25 19:48

Cultiver son Voltaire

voltaire

Décidément, Voltaire me poursuit, ces jours-ci.

Il y a peu de temps, je tombais pour un double blogue français-anglais qui utilise dans ses taglines des citations de Voltaire qui évoquent assez bien le noyeau de ma philosophie politique… toute chancelante et pradoxale soit-elle.

Puis, en réflechissant à l’extremisme de Louis d’UHEC hier soir… je suggérais que le monde se porterait peut-être mieux si plutôt que de s’y en prendre il allait cultiver son jardin.

Ceci est une référence au dernier chapitre de l’oeuvre de Voltaire, Candide ou l’optimisme.

J’ai voulu, pour illustrer ma référence, trouver un lien vers lequel pointer… au pire, il y a toujours Wikipédia. J’ai donc tapé “candide” et “voltaire” dans mon engin de recherche et à ma très grande surprise, le texte intégral est sur Internet!

…avec l’avis suivant:


Dans la limite des ressources disponibles en termes de mégaoctets,


ce texte de Voltaire, comme d’autres, libres de tout droit,


est mis à la disposition du public, modeste contribution


au développement de la culture et de la raison


à l’ère des media électroniques.


Bonne lecture à tous.


Pierre Cohen-Bacrie



Je n’ai pas besoin de m’en faire dire plus.

J’aurais simplement pointé vers le site, mais je trouve le format très désagréable à lire. J’ai donc décidé de le republier ici.

J’ai lu ce livre à l’age de 20 ans… il a beaucoup, comme il se doit, influencé ma pensée… quant à moi, il devrait faire partie du programme scolaire. C’est le genre d’oeuvre qui mérite certainement relecture avec mon oeil de 37 ans. J’ai hâte de trouver le temps de m’y mettre.

Je ne veux pas vous froisser, chers lecteurs, mais il me semble que quiconque prétend vouloir discuter de philosophie politique sans avoir aussi ce livre dans son éventail d’influences… dans le cheminement de son raisonnement (quel qu’il soit)… le fait avec un net handicap.

Je vous le recommande fortement.


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2007/11/04 15:47

Les accommodements linguistiques selon François

Je vais vous raconter une histoire.

Il s’agit d’une histoire vraie, seuls les noms ont été changés.

C’est l’histoire de François, une jeune informaticien de grand génie qui n’en peut plus de pâtir dans sa France natale. Après ses études, il s’est déniché un boulot stable dans les télécoms. Il développe des algorithmes de gestion de switches qui, à leur tour, contrôlent le flot des informations de communications de toutes sortes. Ce qui, croyez moi les amis, n’est pas un boulot pour les idiots.

Mais François étouffe. La perspective d’évoluer dans ce monde sclérosé, fermé, sans perspective d’avancement, où l’excellence ne sert à rien car tout est réglé par l’ancienneté et où tout le monde est plus intéressé à protéger ses privilèges qu’à accomplir quoi que ce soit, le déprime. François est cent fois meilleur que ses collègues… et il le sait. Il a des idées, au niveau de ce qu’il fait, qui améliorerait grandement le flot des coms. Mais lorsqu’il les présente à ses patrons, il se fait dire de ne pas insister, il a peut-être raison, mais « il ne faut pas trop bousculer les choses… ça dérange. » François n’en peut plus. Il se dit que le seul endroit ou ses talents seront reconnus à leur juste valeur est en Amérique. Mais seulement, voilà, François ne parle ni ne comprend un seul mot d’anglais.

Un seul espoir s’offre à lui, le Québec.

Continuer la lecture…

On dit qu’au Québec, c’est comme en Amérique, que les gens y sont plus libres qu’en France, que l’excellence y est récompensée et qu’une fois qu’on s’habitue à leur drôle d’accent, on s’aperçoit qu’ils parlent français. Et il ne faut pas s’imaginer qu’ils sont toujours dans leurs petits villages, à vivre avec les indiens. Il s’agit d’une société nord-américaine moderne, où tout se passe en français… Génial!
N’écoutant que son courage, François prend la grande décision. Il quitte son boulot, plie bagages et s’envole pour Montréal.Une fois à Montréal, François n’en revient pas, nous sommes encore à l’époque de la bulle DotCom et les offres d’emploi pour un informaticien avec ses qualifications pleuvent de partout. C’était vraiment pas comme ça en France, qu’il se dit. Mais entrevue après entrevue, (ou entretien, comme il dit) c’est la même histoire.

Son CV et son expertise sont impressionnants, (comme je vous l’ai dit, le boulot qu’il faisait en France impressionne ceux qui connaissent ça) sauf qu’à chaque fois, la personne (le plus souvent une dame du département des ressources humaines de l’entreprise) entièrement francophone “pure laine” qui mène l’entretien, achoppe invariablement sur la même question. François ne parle pas anglais et ça, c’est un problème. Un problème au point qu’on ne peut lui accorder l’emploi malgré ses qualifications.

[Note de l'auteur: Je suis moi-même informaticien et je dois dire que je comprends très bien la situation... C'est presque inévitable ici qu'un informaticien du calibre de François soit appelé à collaborer de très près avec divers partenaires et clients unilingues anglophones partout en Amérique du Nord. Une connaissance fonctionnelle de l'anglais est un atout essentiel et ça, c'est une réalité qu'aucune loi québécoise ne peut changer.]

François est complètement découragé. On lui a menti. C’est faux de dire que tout se passe en français ici, puisqu’on ne peut pas se trouver de boulot si on ne parle pas anglais. François veut bien apprendre l’anglais, mais s’il ne se déniche pas un job bientôt, il devra retourner en France… où il devra faire face à tous ceux qui ont ri de lui, ou qui lui ont dit qu’il était taré de tout abandonner pour se lancer dans une telle aventure. Il ne veut vraiment pas retourner, mais il n’aura bientôt plus le choix, car il n’est pas venu jusqu’ici pour laver de la vaisselle…

François est au bout du rouleau. La source est tarie. Un dernier entretien et après… il ne veut pas y penser. La dame qui lui a parlé au téléphone ne semblait pas avoir pas d’accent. C’est bon signe, espère-t-il. Quelqu’un du pays, peut-être? La boîte où il doit se présenter est à un autre endroit que ceux auxquels il s’était accoutumé dans sa chasse aux entretiens. L’adresse complète dans le courriel n’indique pas Montréal, mais Westmount. Il se demande bien ce que ça signifie.

Arrivé dans la boîte, le dame qui l’accueille est bien celle à qui il a parlé, mais elle n’est pas française. C’est une Québécoise d’origine iranienne dont la famille a quitté l’Iran lors de la révolution islamique lorsqu’elle était jeune pour vivre quelques années en Algérie avant de venir s’installer ici pour de bon. Aujourd’hui, elle parle quatre langues, le perse, l’arabe, le français et l’anglais… et c’est sans compter les dialectes!

Elle le met à son aise. Mais sitôt, elle lui explique que l’entretien sera mené par deux des propriétaires de l’entreprise et que…

Début de l’entretien. François a devant lui Bill, un anglophone de Westmount qui a passé la majeure partie de sa vie adulte aux États-Unis et qui ne comprend pas le français, et Gabriel, un Chinois de Hong Kong qui est venu ici étudier à McGill il y a plusieurs années et qui est resté. Gabriel est plus accoutumé au français que Bill, il le comprend mieux qu’il ne le laisse entendre, mais il a peine à placer un mot devant l’autre lorsqu’il s’agit de le parler. Encore plus décourageant pour François, il vient de comprendre qu’il est tombé sur une petite boîte où tout se passe presque uniquement en anglais… malgré la présence de quelques francophones. Je suis cuit, se dit-il.

Mais rapidement, grâce à la bonne volonté de tous, une communication s’établit à l’aide de signes, de quelques mots clés et d’un tableau blanc. Gabriel parle en anglais, lentement, en qualifiant ce qu’il peut par les mots français qu’il connaît, alors que François fait de même, mais à l’inverse. Heureusement, il découvre qu’il a devant lui pas seulement des entrepreneurs, mais des informaticiens de haut calibre qui réussissent à lui présenter des problèmes qui le font vraiment réfléchir. Mais lui, réussit, à l’aide du tableau, à leur démontrer comment il résoudrait chaque problème et malgré la barrière de langue, tous se comprennent, car tous connaissent le langage des algorithmes. Bill et Gabriel saisissent vite qu’ils ont devant eux un petit génie, un penseur informatique hors-pair, et l’embauchent sur-le-champ.

Depuis ce temps, François travaille de très près avec Gabriel, les deux continuent à s’améliorer dans la langue de l’autre. Et lorsqu’il s’agit de collaborer avec des anglos, Gabriel est présent pour aider François qui lui, s’est avéré fort utile lorsqu’il fut question de convaincre de nouveaux partenaires francophones.

Aujourd’hui, François est heureux. Ses talents sont reconnus à leur juste valeur et son nom circule dans plusieurs milieux unilingues anglophones qui, j’en suis certain, seraient prêts à l’embaucher malgré la barrière de langue.

Fin de l’histoire.

——————————————–

C’est ironique, n’est-ce pas, qu’un cousin français vienne ici se chercher du boulot et que le seul endroit qui accepte de l’embaucher soit une petite boîte unilingue anglophone de Westmount?

Ça donne à réfléchir. Non?



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2007/10/29 11:32

Une autre sarkozerie

Le reportage intégral de 60 Minutes diffusé hier où l’on voit Sarko quitter le plateau (et mettre en pièce son attaché de presse) est ici.

Ils ont quand même réussi à en faire un portrait intéressant de cet homme d’État qui, pour le moins dire, sort de l’ordinaire…

Ça fait longtemps qu’on en a pas eu un aussi entier et imprévisible… On dirait un genre de mélange entre Churchill et Trudeau… mais en (beaucoup) plus immature.


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