2009/07/24

Crimes d’honneur et… multiculturalisme?

Cette histoire est tout à fait toublante et horrible… je n’ai pas le talent nécessaire pour évoquer en mots ce que je ressens (et encore moins le désir d’essayer), c’est trop horrible.

Mais je suis aussi passablement troublé par la teneur des commentaires et analyses que cette histoire provoque aujourd’hui dans les sphère médiatiques et citoyennes. Quoi qu’à ce stade-ci, ça ne devrait plus me surpendre… car là, vraiment, tous les ingrédients y sont. Je suis bien forcé d’admettre qu’en combinant les mots « famille montréalaise d’origine afghane » et « crime d’honneur », on touche au nerf le plus sensible de la relation incertaine qu’entretient une bonne part me ma société avec certains de ses nouveaux arrivants. En plus que chaque détail de l’histoire révélé jusqu’ici vient parfaitement alimenter toutes les pires craintes et préjugés entretenus envers ce groupe (la très vaste majorité du temps sans réel fondement).

Mais voilà, il s’agit d’une histoire, une seule. Et nous ne nous aidons pas (je dirais même que nous nous faisons un grand tort) en croyant qu’elle est représentative de toute une communauté… ou encore symptomatique d’un quelconque « problème de société » ou « d’intégration culturelle » qu’on pourrait contrôler où éviter si seulement on arrivait à mettre en place les bonnes politiques.

Ce matin j’entendais Christain Dufour à la radio en réaction à cette histoire dénoncer le réflèxe de notre culture de vouloir tant se montrer « ouvert à l’autre » que l’on n’ose pas insister sur certaines balises propres à notre culture. Puis, ce fut le tour de Djemila Benhabib, auteure de Ma vie à contre Coran, de pointer du doigt « le multiculuralisme » et d’insister sur le fait qu’il faut envoyer un message clair « à l’opresseur » que certains de ses gestes à l’egard des femmes « ne sont pas convenables dans la société dans laquelle nous vivons » (citation complète à la 2e minute de l’entretien). …Et je passe outre la surenchère de routine des suspects habituels qui commencent à devenir tristement prévisibles.

Pour ma part, j’ai peine à faire le lien. Faisant partie des partisans farouche de « l’ouverture à l’autre » comme moyen d’enrichir et de faire fleurir ma culture (autant sur le plan collectif que personnel), je puis vous assurer que mon attitude « d’ouverture » ne s’étend pas à la tolérence de gestes ou d’attitudes où l’on considère les femmes comme subordonnées aux hommes. Et je ne connais personne qui pousse son « réflexe d’ouverture » à ce point. Je ne vois pas non plus en quoi nos politiques de multiculturalisme, ni le principe qui les sous-tend, envoient le message que notre société tolère qu’une femme soit traitée comme une esclave, une citoyenne de seconde classe ou même autrement qu’avec le respect et la dignité dûs à tout être humain.

À ce que je sache, tout est en place dans notre société pour qu’une femme qui veut revendiquer ses droits puisse le faire. Nous avons aussi tout en place pour qu’une femme qui se sent menacée dans son intégrité physique (et psychologique) puisse trouver refuge et commencer à prendre en main l’autonomie et la liberté qui lui revient de droit. Et si on me montre des lacunes dans ce système, je serai le premier à revendiquer son amélioration.

Et en ce qui concerne le meurtre de jeunes filles, je ne vois pas en quoi l’attitude de notre société pourrait être plus clair; c’est un crime impardonable méritant les peines les plus sévères infligées par notre système. Les considérations culturelles (multi ou autre) n’ont rien à y voir. [Si la cour ordonne que les questions d'ordre culturel soient traitées comme un « facteur atténuant » dans la considération de la sentence, comme ce fut la cas il y a plusieurs années dans ce cas, présidé par la très controversée (aujourd'hui ex) juge Andrée Ruffo Raymonde Verreault, d'un père musulman qui viola sa fille à plusieurs reprises... mais sans la dépuceler (je n'en dis pas plus), croyez moi, je serai le premier à monter au baricades contre ce principe. Mais je doute sérieusement que ça se produise ici.] Je vois difficilement quel message plus clair on peut envoyer dans des cas comme celui-ci qu’une sentence de prison à vie pour ceux qui ont participé à perpétrer (et à dissimuler) cet acte ce crime abominable.

Dans son entretien avec Franco Nuovo, Mme Benhabib mentionne que les sociétés occidentales « ont nettement évolué quant à l’égalité entre les hommes et les femmes ». Et que « aujourd’hui, il est indéniable que l’égalité fait partie de notre culture ». Je suis bien d’accord avec elle sur ce point et je n’hésite pas à le célébrer. Et pourtant, malgré cette évolution, malgré la place de plus en plus établie que prend ce principe dans notre culture nous sommes encore régulièrement confrontés à toutes sortes d’histoires horribles de conflit familiaux et conjugaux menant aux tragédies les plus incompréhensibles. Quel que soit le « degré d’évolution » de notre moralité occidentale, quel que soit le système que nous nous donnons, nous ne réussirons jamais à complètement prévenir les occasionels excès de la folie du côté sombre de la nature humaine.

Je ne dis pas que nous ne pouvons pas élaborer un système… mettre en place des politiques pour prévenir ce genre de crime et protéger les innocents. Je dis que ce système existe déjà… que ces politiques sont déjà en place et que malgré nos meilleurs efforts, elles ne fonctionneront jamais parfaitement. Je dis surtout que nous ne pouvons pas aller plus loin sans devenir « l’opresseur » qu’on cherche à banir.

C’est le temps de prendre un grand respire et de laisser la justice suivre son cours. En espérant qu’elle soit exemplaire ici.


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5 commentaires sur “Crimes d’honneur et… multiculturalisme?”


  1. Aigo dit:

    “À ce que je sache, tout est en place dans notre société pour qu’une femme qui veut revendiquer ses droits puisse le faire. Nous avons aussi tout en place pour qu’une femme qui se sent menacée dans son intégrité physique (et psychologique) puisse trouver refuge et commencer à prendre en main l’autonomie et la liberté qui lui revient de droit. Et si on me montre des lacunes dans ce système, je serai le premier à revendiquer son amélioration.”

    Assez d’accord avec ça. En fait, s’il manque quelque chose, à mon avis, c’est justement un peu d’ouverture à l’autre. Je pense qu’un centre comme il en existe déjà pour les femmes battues, mais pourvu de ressources spécialisées pour faire face aux réalités spécifiques des communautés culturelles.
    Mais au vu des réflexes habituels de nos croisés de pacotilles, j’ai des doutes quant à leurs réactions à la création d’un tel centre. Au début, il approuveraient pour pas se contredire d’une manière trop flagrante, et puis après ce serait dénoncé comme de l’argent donné aux ethnies, ont utiliserait les statistiques dudit centre pour essayer de démontrer que les musulmans sont par nature de mauvaises gens et tout le toutim. Pfff…
    Je pense quand même que ce centre serait une bonne idée…

    Par ailleurs, j’ai un sentiment mitigé sur Benhabib. D’habitude les musulmans et ex-musulmans qui critiquent l’islam, j’ai un préjugé favorable pour eux, mais elle fait tellement dans la surenchère populiste que je ne sais plus quoi penser d’elle.


  2. M. Bergeron dit:

    Une vraie tragédie. Comme avec tous les autres crimes, il n’y a pas de manière de l’arrêter sans devenir un état policier à la 1984. Qui veut une caméra de police dans son boudoir?


  3. josnadeau dit:

    Vous dites: sic “C’est le temps de prendre un grand respire et de laisser la justice suivre son cours. En espérant qu’elle soit exemplaire ici.”

    Quelle justice, moi j’en connais pas d’honnête. L’avocat qui me représentait en cour supérieure de Québec le 16, 17 et 18 décembre 2002 est complice avec deux autres avocats de falsifications de documents de preuves qui étaient sous garde légale au palais de justice de Québec. Cette avocat, c’est Daniel Petit aujourd’hui devenu député conservateur. Échange de bons services vous direz!

    Voi vidéo sur YouTube: http://www.youtube.com/watch?v=lDBzRUc7gLk&feature=channel_page
    Faire circuler s.v.p. parce que de toutes façons, ça ne les déranges pas. Puisqu’ils ne poursuivent pas pour atteintes à la réputation!!!

    Josnadeau


  4. Myriam dit:

    Ce n’était pas la juge Ruffo qui présidait ce proces mais la juge Raymonde Verreault !!!

    Veuillez s’il vous plait corriger cette monstrueuse erreur!

    Merci

    http://bilan.usherbrooke.ca/bilan/pages/evenements/3631.html

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