2009/06/20

Un samedi à Téhéran

Depuis ce matin, je suis collé à mon écran à suivre, minute par minute, les blogues qui couvrent les événements en Iran. (J’ai même un onglet fixé sur Google Maps pour m’aider à repérer les lieux mentionnés.)

Quelques pensées et extraits:

Les autorités semblent avoir reçu l’ordre de réprimer brutalement toute forme de manifestation. Toutes les tactiques, en dehors de la violence mortelle du massacre généralisé, sont permises.

Des canons à eau…

…aux coups de feu [Lien alternatif]…

…en passant par le bâton (contre des femmes sans défense).

Mais du côté des manifestants aussi… on entend quelque chose qu’on entendait pas avant aujourd’hui:

« Marg bar Khamenei »…

Mort à Khamenei.

Des deux côtés, il semble que l’on ait franchi un certain rubicon.

À un certain moment, on commence à voir apparaître sur Twitter des trucs comme ceci:

10.59 am. [HAE] From Enghelab Square up to Azadi Square tow helicopters are pouring down boiling water over poeples head

De l’eau bouillante???!!!

Je commence alors à me dire que le problème avec Twitter est qu’on peut y mettre vraiment n’importe quoi…

Mais ça continue:

Two reports coming from Tehran about helicopters pouring boiling water on protesters.

Puis:

Helicopters did not spray boiling water. It was a type of ACID, similar to what Mojahedeen used in ‘78-’82.

Et:

Helicopters spraying water with agent in it onto crowds. Skin irritant, will make it feel as though water is scalding.

Selon un lecteur de Sullivan, il s’agit d’une façon plus « efficace » de répandre du gaz lacrymogène:

11.47 am. A reader infers the chemical weapon:

Probably CS tear gas crystals mixed in water which is why washing it off only makes it worse. Mixing it in water like the reports would be the most efficient usage of the CS agent

Et les gens fuient:

Selon un analyste américain (et je crois qu’il a tout à fait raison) le régime ici n’a qu’un seul but: empêcher qu’assez de gens se rassemblent à un seul endroit et surtout qu’une image d’un tel rassemblement de masse soit diffusée au monde (mais encore plus, selon moi, à l’interne) après l’interdiction émise hier par le Guide Suprême. Ce serait un symbole trop puissant d’une perte de contrôle de la part du régime:

What seems to be the government strategy is to have set a wide perimeter of various blocks in each direction around Enghalab Square where demonstrators were to begin their march to Freedom Square. There are also multiple Twitter reports of university students being intercepted and beaten if they leave the campus toward the demonstration route.

If this is what is happening, it is intended to prevent a critical mass of demonstrators from forming all in one place. Together with the house arrest of reporters and ban on images, the police strategy is a media strategy: to avoid the photograph or video that shows the magnitude of the protest: footage of scattershot crowds trying to get through - or running from the shots of - the police blockades simply do not have the emotional weight of images of a unified march.

Often in these situations (see: Oaxaca, Mexico, June 14, 2006) scattered demonstrators eventually find a place to regroup and begin marching en masse. We’ll see…

D’après tout ce que je peux glaner, les manifestants… j’ose dire… le peuple… ne semble pas près d’abandonner. Mais je dois aussi admettre que les tactiques brutales du régime semblent avoir un certain succès (pendant ce temps à Shiraz), toutes les images et vidéos que l’on a vu jusqu’ici sont de relativement petits groupes que le régime peut aisément taxer de racaille et marginaux à la solde du Grand Satan.

Au début de la semaine, j’ai dit que ceci serait un test pour mesurer l’efficacité des vieilles méthodes des régimes répréssifs (comme ceci) contre la volonté d’une (jeune) population immersé dans les nouvelles technologies de diffusion et de réseautage social.

Aujourd’hui nous avons vu un gouvernement déployer tous les moyens à sa disposition pour réprimer une révolte populaire et surtout pour empêcher la diffusion de cette révolte à un public étranger (et domestique)… incluant en interdisant aux journalistes sur place de faire leur travail… pourtant, un simple montréalais comme moi collé à son écran d’ordi de l’autre côté de la planète peut quand-même vous livrer ses impressions des faits saillants de la journée comme je le fait…

…et même vous offrir le « tweet du jour »:

Sodium metabisulfite Na2S2O5 mixed with water (5% solution) cures CS tear gas. Wash eyes with solution

Tant d’efforts déployés par un état répressif dans le seul but d’empêcher la formation et la diffusion d’une image… et ce, en vain:

Tout ceci n’est pas terminé… et ça peut encore très mal tourner; le camp de la répression a encore la force des armes de son côté.

Mais il a irremédiablement perdu la main mise sur le contrôle de l’information.

Le bras de fer se poursuit.


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Un commentaire sur “Un samedi à Téhéran”


  1. Aigo dit:

    Très intéressant. Moi qui n’ai pas trop le temps de fouiller, je suis content que l’un des quelques blogues que je lis le fasse pour moi. Merci donc.
    Alors, j’en conclus que tu t’es inscrit sur twitter?

Dites ce que vous pensez: