Archives du mois de May 2009

2009/05/14 16:47

50% du budget pour 12% de la population? Vraiment?

Louis Préfontaine de L’Électron Libre accroche sur le passage suivant d’un papier d’Yves Beauchmein du Devoir portant sur une controverse linguistique au Collège Édouard-Montpetit:

Que les locuteurs français ne forment que 2 % de l’Amérique du Nord est sans importance. Notre fragilité ne doit pas nous empêcher d’être charitables. Voilà pourquoi, par exemple, dans le dossier des deux méga-hôpitaux de Montréal, le gouvernement offre 50 % des budgets aux 12 % de la population que constitue la minorité anglophone (langue maternelle) dans la région métropolitaine. [...] La bonasserie est plus près de la bêtise que de la bonté.

…et en profite pour porter la réflexion plus loin:

Le problème est la suivant: les anglophones au Québec (langue maternelle) ne représentent que 7,9% de la population. Comme le demande Beauchemin avec justesse, pourquoi financerait-t-on « leur » méga-hôpital à la même hauteur que celui des francophones? Ce faisant, ne lance-t-on pas le message que les anglophones ont davantage droits à la santé que les francophones? [...] Au regard de la construction de centres de santé hyper-spécialisés dans l’optique du Québec de demain, les anglophones reçoivent près de sept fois plus de financement que les francophones, per capita. Prépare-t-on un Québec de demain où les francophones seront moins nombreux, voire minoritaires?

Selon moi, il s’agit là d’un raisonnement tout-à-fait pervers.

Le problème, je crois, viens du fait que MM. Beauchemin et Préfontaine semblent se faire une idée bien …archaïque de ce que constitue un hôpital « anglophone » dans le Québec d’aujourd’hui. Clairement, ni un ni l’autre n’y a mis les pieds ces 20 dernières années. Peut-être parce qu’ils croient (comme plusieurs de mes concitoyens et j’hésite à défaire le mythe de peur de voir s’engorger l’urgence du Jewish qui m’a si bien servi depuis tant d’années) qu’on ne peut y être servi qu’en anglais.

En tant que montréalais francophone qui a presque toujours vécu en proximité de ces institutions et s’est prévalu de leurs services à maintes reprises, je puis vous affirmer en toute certitude que rien n’est plus loin de la vérité.

En fait, les hopitaux dits « anglophones » ne sont pas là pour servir exclusivement les anglophones, ils sont là pour servir la population dans son ensemble et ce, en français. C’est seulement qu’ils offrent aussi un service en anglais (en conformité avec les « droits ancestraux » de la communauté anglophone du Québec d’avoir ses propres institutions de santé et d’éducation. Droits qui, à ce que je sache et corrigez moi si j’ai tort, sont reconnus jusque dans la sacrosainte charte québécoise!)

Sérieusement, je met quiconque au défi de visiter le Jewish, le Montreal General ou le Royal Vic et de réussir à avoir de la difficulté à se faire servir en français. C’est à peu près impossible (contrairement au centreville de Montréal qui, je l’avoue, commence à faire vraiment pitié sur ce plan). …à moins que l’occasionel accent anglais (parfois assez prononcé) vous pose problème, mais dans ce cas, dites vous que l’anglophone visitant la même institution rencontre deux fois plus souvent le même problème, mais à l’inverse. Les employés de ces hôpitaux sont à grande majorité des francophones qui parle anglais avec un accent. En fait il serait plus précis, dans le cas de ces institutions, de parler d’hôpitaux bilingues.

Il est donc faux (ou du moins extrêmement trompeur) dans le dossier des « super-hôpitaux » d’affirmer que le gouvernement « réserve 50% du financement pour servir 12% de la population » ou, comme Louis le fait, que « les anglophones reçoivent près de sept fois plus de financement que les francophones, per capita. »

Une façon plus juste de présenter la chose serait comme suit:

Le gouvernement finance et met sur pied deux « super-hôpitaux » (ce qui, pour toutes sortes de raisons, entre autres une saine rivalité dans la quête d’excellence, est mieux qu’un seul) offrant un service en français à 100% de la population et dont un seul sera configuré pour répondre aux droits linguistiques d’une communauté minoritaire que notre société a choisie de reconnaitre officiellement.

Dit comme ça, est-ce que ça vous pose encore un problème?

On peut certainement débattre de la validité et de la sagesse de cette reconnaissance (et je prendrai sa défense), mais de grâce, faisons le franchement, pas en fabriquant des hommes de paille et en citant de fausses « injustices ».


Billets similaires

2009/05/13 19:36

Pwn du jour

Ta-Nehisi Coates:

Some awesome entries from the Inbox today:

Can you write an article…any article. Without mentioning race?  No one really gives a crap about your race. Just write something that’s informative.  We or at least I get it. You are not white. No one cares. Every single thing that happens in this world is not about race. You are doing a disservice to yourself and this web site.  I stopped reading your articles. Once in a while I check back and yep…it’s about you… not being white… 

Well, no. It’s about you…not being black… 


Billets similaires

2009/05/13 14:47

Y a-t-il un docteur dans la salle?

Arrive un moment dans la vie où même si l’on se sait privilégié d’avoir habité presque toute sa vie tout près de l’hôpital bénificiant du plus important appui complémentaire venant de contributions privées de toute la province et qu’on est très heureux des services reçus à ce jour, on réalise que si on a envie de continuer à garder une santé adéquate, on ne peut plus simplement ignorer les petits malaises passagers et compter sur les services hors-pair de l’urgence du Jewish pour régler les plus gros… (comme je l’ai encore fait la semaine dernière, suite à un trouble gastro-intestinal qui refusait de s’atténuer) …on réalise que, passé un certain âge, la « santé » n’est plus une norme acquise de laquelle on déroge à l’occasion, mais plutôt un objectif de plus en plus difficile à atteindre qui exige un effort grandissant et un certain… suivi.

Ce qui me mène à la question (semi-)existentielle suivante:

Dans notre beau, grand, merveilleux et ô combien universel système public de santé, mettons qu’un célibataire approchant la quarantaine se cherche un « médecin de famille »… tsé, quelqu’un qui peut le « suivre » au fil des bobos et des malaises de plus en plus nombreux qui l’attendent desormais sur la pente, hélas, descendante que sera le reste de sa vie sur ce plan… par où il commence? 

Y’a-tu des médecins dans les Pages Jaunes?

Euh… en fait, ça existe-tu encore les Pages Jaunes?

Pfff… Il commence à se sentir vieux le bonhomme.


Billets similaires

2009/05/12 16:18

Le voile dans la fonction publique: médias en manque de controverse?

Voilà, ce matin en écoutant la radio, j’entend une nouvelle voulant que la Fédération des femmes du Québec se prononce officiellement contre l’adoption d’une loi interdisant le port de symboles religieux (lire: le voile islamique) dans la fonction publique.

Soit. Bravo. J’en suis bien content. Ceux qui suivaient ce blogue lors de ses premiers balbutiements savent bien l’allergie violente que j’ai à l’égard du courant d’intégrisme laïc qui a (hélas trop) tendance à dominer le discours dans ma société. Ma réaction à l’entente de cette “nouvelle” ce matin fut donc quelque chose comme ce qui suit:

Ah non! Pas encore, cal*sse! Veux-tu bien me dire quelle gang de twiterons se sont mis dans leurs petites têtes bornées que la société a besoin d’une telle loi? C’est quoi l’affaire? Pourquoi redémarrer la controverse maintenant? On a pas eu assez de Bouchard-Taylor? Une loi? À l’assemblée nationale? Je gage que c’est encore les know-nothing de l’ADQ… ou alors c’est l’initiative d’un backbencher insignifiant quelconque… en tous cas, j’espère que ça vient pas du gouvernement! Jouer la carte du psychodrame identitaire en pleine crise économique… have they lost their f***ing minds?!

Ce midi, je décide d’enquêter plus en détail… je veux lire le texte du projet de loi, savoir ce qu’il implique réellement …et savoir qui est derrière. Question de monter aux bonnes barricades… et de pisser sur les bons souliers.

Tout ça pour apprendre que ce projet de loi n’existe pas.

Il n’y a tout simplement pas de tel projet de loi à l’agenda. Et personne, aucun parti, aucun député d’arrière banc, pas même le solidaire solitaire de Khadir ne parle d’en mettre un de l’avant.

C’est juste qu’après avoir été divisée et incapable de prendre position sur cette question lors des travaux de la commission Bouchard-Taylor, la FFQ est (enfin) arrivée au bout de sa looooooongue reflexion pour nous annoncer (2 ans plus tard!!!) que finalement, ils sont pour le port du voile dans la fonction publique.

Bon. Ok. Maintenant que je sais de quoi il retourne, deux commentaires:

1. Y’était temps, ’stie.

2. Ça compte comme une nouvelle, ça?


Billets similaires

2009/05/04 16:46

Montréalophobie

J’te dis qu’y en a qui ont la peau sensible…

Nathalie Collard:

Plusieurs commentateurs de ce blogue ont été piqués par mon titre de la semaine dernière, “Le maire de Québec est en ville”. Il n’y a pas de sens caché dans ce titre, et ce n’est pas, contrairement à ce que certains lecteurs prétendent, un titre montréalo-centriste. Si j’avais été journaliste à Rimouski, Trois-Rivières ou Amqui, et que le maire venait visiter ma ville, j’aurais également écrit: le maire de Québec est en ville.


Billets similaires

2009/05/01 12:51

Temps dûrs et poésie

J’ai attrapé ça hier, au Newshour de PBS (l’antidote à l’hystérie des “cable news”) et ça m’a touché. J’ai donc voulu le partager ici. 

Pour ceux qui apprécient la langue de Shakespeare.

Le poème:

“In These Times.”

My sister’s out of work and my brother’s
out of work and my other brother’s
out of work, these are facts available
over the phone or in person, just as now,
three clouds travel north, one
above another, smallish, amoeba shaped,
and the bottom cloud just died,
and the top two have joined forces
and left me to fend for myself
under a new sky.

How vague is that, amoeba shaped?
That could be anything: cigar shaped,
Manhattan shaped, could be libor, t-bill, jobs report,
which arrive as theoretical entities, words
from a tele-prompter repeated by newscasters
and converted to waves beamed to satellites
and bounced to my set to be reconstituted
as their basset-hound eyes of concern
when the day’s dollop or wallop of woe
is mashed and rehashed by people
making good scratch for telling us how bad it is
There’s little to hold in what they say.

That’s what a job is: a pencil to hold, a scalpel,
shovel, “A Statistical Analysis
of the Probability That Anyone Will Read
the Statistical Analysis,” even such slippage
is a mind-hold that keeps some someone
from drifting off into irrelevance.

My sister’s out of work and my brother’s
out of work and my other brother’s
out of work, these are facts known to many
and more many every day,
there but for the grace of a W-2
go you, as I’m employed by this poem
that’s about to lay me off, I remember that
when the question of what to do
gets intellected about.

Jobs to do because there’s work to do
because this whole to-do’s
a stop-gap measure to the zip
or heaven to come, about which
we haven’t a clue.

A little Keynesing now or a lot of keening
later, when the phone rings
and maybe it’s you whose house
is no longer your house, whose car has
just been slicked away by a guy
tatted-up all goth and penitentiary,
you whose kid needs grub, me
who has to mumble through
some version of
could you, I don’t know, maybe send me,
I hate to ask, a few bucks?

If you never had to make that call,
let me kiss the inside of your skull, let me intercede
on the part of the burned field
for the grass,
on the side of the cadaver
for the walk under moonlight, I’m only praying
you listen to the theory
that how we get to be alone
is how we work to be together, since there are stars
inside your thumb, your breath,
and how you say yes or no is how they shine
or go out.

Merci de votre attention.


Billets similaires