Louis Préfontaine de L’Électron Libre accroche sur le passage suivant d’un papier d’Yves Beauchmein du Devoir portant sur une controverse linguistique au Collège Édouard-Montpetit:
Que les locuteurs français ne forment que 2 % de l’Amérique du Nord est sans importance. Notre fragilité ne doit pas nous empêcher d’être charitables. Voilà pourquoi, par exemple, dans le dossier des deux méga-hôpitaux de Montréal, le gouvernement offre 50 % des budgets aux 12 % de la population que constitue la minorité anglophone (langue maternelle) dans la région métropolitaine. [...] La bonasserie est plus près de la bêtise que de la bonté.
…et en profite pour porter la réflexion plus loin:
Le problème est la suivant: les anglophones au Québec (langue maternelle) ne représentent que 7,9% de la population. Comme le demande Beauchemin avec justesse, pourquoi financerait-t-on « leur » méga-hôpital à la même hauteur que celui des francophones? Ce faisant, ne lance-t-on pas le message que les anglophones ont davantage droits à la santé que les francophones? [...] Au regard de la construction de centres de santé hyper-spécialisés dans l’optique du Québec de demain, les anglophones reçoivent près de sept fois plus de financement que les francophones, per capita. Prépare-t-on un Québec de demain où les francophones seront moins nombreux, voire minoritaires?
Selon moi, il s’agit là d’un raisonnement tout-à-fait pervers.
Le problème, je crois, viens du fait que MM. Beauchemin et Préfontaine semblent se faire une idée bien …archaïque de ce que constitue un hôpital « anglophone » dans le Québec d’aujourd’hui. Clairement, ni un ni l’autre n’y a mis les pieds ces 20 dernières années. Peut-être parce qu’ils croient (comme plusieurs de mes concitoyens et j’hésite à défaire le mythe de peur de voir s’engorger l’urgence du Jewish qui m’a si bien servi depuis tant d’années) qu’on ne peut y être servi qu’en anglais.
En tant que montréalais francophone qui a presque toujours vécu en proximité de ces institutions et s’est prévalu de leurs services à maintes reprises, je puis vous affirmer en toute certitude que rien n’est plus loin de la vérité.
En fait, les hopitaux dits « anglophones » ne sont pas là pour servir exclusivement les anglophones, ils sont là pour servir la population dans son ensemble et ce, en français. C’est seulement qu’ils offrent aussi un service en anglais (en conformité avec les « droits ancestraux » de la communauté anglophone du Québec d’avoir ses propres institutions de santé et d’éducation. Droits qui, à ce que je sache et corrigez moi si j’ai tort, sont reconnus jusque dans la sacrosainte charte québécoise!)
Sérieusement, je met quiconque au défi de visiter le Jewish, le Montreal General ou le Royal Vic et de réussir à avoir de la difficulté à se faire servir en français. C’est à peu près impossible (contrairement au centreville de Montréal qui, je l’avoue, commence à faire vraiment pitié sur ce plan). …à moins que l’occasionel accent anglais (parfois assez prononcé) vous pose problème, mais dans ce cas, dites vous que l’anglophone visitant la même institution rencontre deux fois plus souvent le même problème, mais à l’inverse. Les employés de ces hôpitaux sont à grande majorité des francophones qui parle anglais avec un accent. En fait il serait plus précis, dans le cas de ces institutions, de parler d’hôpitaux bilingues.
Il est donc faux (ou du moins extrêmement trompeur) dans le dossier des « super-hôpitaux » d’affirmer que le gouvernement « réserve 50% du financement pour servir 12% de la population » ou, comme Louis le fait, que « les anglophones reçoivent près de sept fois plus de financement que les francophones, per capita. »
Une façon plus juste de présenter la chose serait comme suit:
Le gouvernement finance et met sur pied deux « super-hôpitaux » (ce qui, pour toutes sortes de raisons, entre autres une saine rivalité dans la quête d’excellence, est mieux qu’un seul) offrant un service en français à 100% de la population et dont un seul sera configuré pour répondre aux droits linguistiques d’une communauté minoritaire que notre société a choisie de reconnaitre officiellement.
Dit comme ça, est-ce que ça vous pose encore un problème?
On peut certainement débattre de la validité et de la sagesse de cette reconnaissance (et je prendrai sa défense), mais de grâce, faisons le franchement, pas en fabriquant des hommes de paille et en citant de fausses « injustices ».












