Archives du 26 April 2009

2009/04/26 18:02

Mon problème avec le “mouvement” conservateur

L’autre jour je vous exposais ma confusion face au fait, relevé par le blogue Les Bleus, que le Bloc avait voté contre ce projet de loi visant à modifier le code criminel “afin de prévoir une peine d’emprisonnement minimale de cinq ans pour l’infraction de traite de personnes âgées de moins de dix-huit ans”. Comme je l’ai dit, ce n’est pas qu’une telle loi me tienne à coeur (au contraire, je crois qu’une telle loi est purement symbolique et n’aura aucun impact sur le problème auquel elle a la prétension de s’adresser), c’est juste que je n’arrivais pas à me figurer quelle possible justification pouvait être citée pour s’y opposer. Comment peut-on être contre la vertu?

La réponse me vint via cet entretien radiophonique du 93,3 FM (à Québec) avec Réal Ménard, critique du Bloc en matière de justice, qu’Audrey a publié chez Les Bleus. Si j’ai bien compris, en gros, le Bloc s’oppose au principe des sentences minimales et préfère faire confiance au juges qui auraient déjà toute la latitude nécessaire avec les dispositions du code criminel actuel pour livrer des sentences adéquates tenant compte de “circonstances agravantes” comme le fait que la victime soit un enfant. De plus, nous apprend-t-on, il n’y a eu que deux causes dans notre histoire auxquelles cette loi aurait pu s’appliquer. Pas assez, selon le Bloc, pour que la jurisprudence révèle un problème à régler avec une telle loi. Donc, finalement, le Bloc a refusé de voter pour une loi inutile.

Comme je suis d’accord que cette loi est tout à fait inutile, je ne trouve pas grand chose à redire… sauf que selon moi, c’est justement à ces moments là qu’il faut laisser gagner la frange conservatrice qui tient à ce genre de chose… pour mieux les battre quand ça compte. Comme avec leurs plans déments et dangereux de traiter les mineurs comme des adultes. Et puis, 5 ans… tsé? Me semble que c’est pas exagérer… difficile d’imaginer que laissé à lui-même, un juge en donnerait moins.

Mais ce n’est pas de ça dont je veux vous parler (dit-il, après trois paragraphes). Ceci est mon premier contact avec la fameuse “talk-radio” de la région de Québec dont j’entend si souvent parler et qu’on dit centrale au “mouvement” conservateur qui s’y développe.

Je ne suis pas impressionné.

Les amateurs de ce genre de radio pouront me traiter d’élitiste montréalais déconecté du “vrai monde” se permetant de juger du haut de sa tour d’ivoire radio-canadienne et ils auront probablement raison. Mais en tant qu’élitiste montréalais déconecté du “vrai monde” dans sa tour d’ivoire radio-canadienne qui s’auto-proclame conservateur, je me permet de leur faire la leçon.

Tout au long de l’entretien, les animateurs nous font bien comprendre ce qui motive l’appui à de tels projets de lois. Une part de la population (qui inclue les animateurs, dont je ne remet pas en question la bonne foi) semble convaincue que le système de justice est infesté de juges laxistes dont l’idéologie progressiste-libérale les pousse à considérer les criminels comme des victimes et à distribuer des “sentences bonbon”.

Bon. Je ne dis pas que ce genre de juge n’existe pas, comme dans tout, il y en a des bons et des mauvais, mais on est loin d’un problème généralisé et outre les anecdotes auxquelles certaines personnes s’attachent, la réalité est que le système fonctionne très bien en ce qui a trait à tenir les criminels violents à l’ecart de la société… surtout lorsqu’on se compare aux autres.

Pouvez-vous me nommer les pays dans lesquels vous vous sentiriez plus en sécurité (et aussi libre) qu’ici? (Selon moi, il y en a, mais la liste est courte)

Mais là où je suis vraiment tombé en bas de ma chaise, c’est à la 13e minute lorsqu’un des animateurs lance l’énormité suivante:

Quoi?

Voilà une des choses les plus anti-conservatrices qu’on puisse dire à mon sens.

Je n’en reviens tout simplement pas. Comment peut on se dire conservateur et avoir si peu de compréhension de la nature des institutions sur lesquelles sont fondé notre société?

Les juges ont le devoir de représenter la loi, point final. Qui est au dessus des juges? La loi et rien d’autre. Si un juge “représente” la société, il le fait strictement a travers le prisme de ses lois et jamais, jamais de “ce qu’elle pense”. Un juge a même le devoir de faire fi de ce que la société “pense” afin d’appliquer la loi de la manière la plus impartiale possible.

Un des principes les plus fondamentaux et les plus durement arrachés qui fait que notre société vaut la peine d’être défendue est le suivant: Nous sommes gouvernés par des lois, pas par des hommes.

Le jour où les juges se mettent à juger en fonction de l’opinion populaire est le jour où nous cessons d’être une société de droit et que nous commencons à vivre sous la tyranie populaire. Ce qui n’est pas si pire que ça, tant qu’on se ferme la gueule et qu’on s’assure de ne parler que pour dire comme tout le monde. Plusieurs chinois vous diront que c’est mieux comme ça (même Jackie Chan)

Mon problème avec le “mouvement” conservateur est que lorsque je regarde de près, je n’y vois pas grand chose de réellement conservateur. J’y vois plutôt un populisme radical nourrit d’un certain ressentiment envers une élite qu’on blâme parfois à tort, parfois à raison pour le sentiment d’insécurité que nous impose la modernité (et qui est pourtant tellement moins pire que celui qui régnait avant).

Ceci dit, ce ressentiment est réel… et bien que souvent dirigé vers les mauvaises cibles, il n’en demeure pas moins légitime sur plusieurs plans. Nous l’ignorons ou le regardons de haut (comme je le fais) à notre péril.

Mais si j’ai un conseil à donner à ceux qui veulent consolider les forces vives de ce ressentiment en un “mouvement” conservateur capable d’influencer, voir même de prendre le pouvoir, ce serait le suivant: Un jour il faudra arrêter de vivre dans vos tripes et commencer à réfléchir. Aucun mouvement n’a de chance d’avoir de réel succès s’il ne réussit pas à transcender le ressentiment et la passion qui l’anime pour les asseoir sur des bases philosophiques et intellectuelles solides. (Et ça, ça veut dire, entre autre, ne pas répendre des énormités comme “les juges sont sensé représenter ce que la population pense”.)

Autrement tout ce qu’on réussit à créer, c’est un feu de paille… 

Et de grâce, cessez de prendre votre inspiration chez vos homologues du sud, ils ont fait leur temps… ils viennent juste de tout gâcher et ont aujourd’hui encore moins de crédibilité que d’idées constructives à proposer. Ils sont en plein processus d’auto-destruction… et sont voués à une longue traversée du désert. Pourquoi les suivre?

Si vous cherchez les assises d’un conservatisme qui a déjà commencé à réfléchir sérieusement aux défis du 21e siècle, mieux vaut de regarder ce qui se trame au pays de la Reine… 


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2009/04/26 02:53

R.I.P. Bea Arthur

Bea Arthur

J’apprend à l’instant que Beatrice “Bea” Arthur viens de s’éteindre à l’age de 86 ans.

Pour les plus jeunes, elle jouait Dorothy dans les Golden Girls (diffusé ici en français sous le nom Carré de dames). Mais pour moi, cette grande dame à la voix grave est parmi mes premiers souvenirs télévisuels…  De 1972 à 1978 elle jouait Maude dans le sitcom du même nom. J’étais trop jeune pour comprendre, ce n’était vraiment pas une émission pour enfants (au contraire), mais on me dit que j’étais omnubilé par elle. Il y avait quelque chose dans sa présence qui fascinait mon esprit d’enfant. Puis, quelque part au début des années 80 j’ai attrapé la série en reprises quotidiennes et je l’ai suivi assidument.

Maude est une émission qui a marquée son époque, elle racontait les péripéties d’une femme dans la quartantaine qui ne s’en laissait pas imposer. Vivant avec son 4e mari, sa fille divorcée et son petit-fils, c’est un des premiers personnages de femme forte et indépendante qu’on a pu voir à la télé américaine. L’émission traitait des tous les sujets les plus controversés de l’époque, avortement, alcoolisme, drogues, politique, religion, infidélité, etc… le tout dans le format du sitcom. Elle a grandement participé à faire évoluer la cause du féminisme dans la conscience populaire de l’époque.

Pour ma part, elle a contribué de façon importante à l’éveil de ma conscience sociale et sa mort est loin de me laisser indifférent… May she rest in peace.


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