2009/03/30 22:27

Ce n’est pas ma nation

Voilà, on a dépassé les 100 votes alors je retire ma seconde question de “sondage” (la première ici).

Sondage: Selon vous, un franco-ontarien fait-il partie de la "nation québécoise"?

Je vous avoue que le résultat me déprime considérablement. J’aurais espéré au moins quelque chose de plus kif-kif…

Soupir…

Je ne comprend pas par quelle logique tordue une soi-disante “nation” qui se réclame de la même origine, de la même Histoire (avec un grand “H”) que celle dont moi et les miens nous réclamons depuis toujours en est venue à nous exclure de son sein.

Le plus insultant, c’est qu’elle me pique mon identité.

Il n’y a pas de nation franco-ontarienne… je suis quoi moi alors?


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9 commentaires sur “Ce n’est pas ma nation”


  1. Félix dit:

    Ça dépend de comment tu te vois. Moi je dirais que tu est québécois. Le reste dépend de toi.


  2. M. Bergeron dit:

    Et les francos des états de la Nouvelle-Angleterre, sommes-nous québécois aussi?


  3. Olivier dit:

    Vraiment, les résultats du sondage me surprennent, mais pour la raison inverse; à partir du moment où l’on parles non plus de nation canadienne-française mais bien de nation québécoise, ça me semble assez clairement un renversement, non? Si on veut parler de la francophonie d’amérique comme d’une seule unité historique, une Nation, ben qu’on parles de nation franco-américaine.

    Je supposes que je coupes ça trop carré, sinon que j’ai une notion trop civique, sinon carrément territoriale de la nation.


  4. Gilles Laplante dit:

    Olivier a raison. À quoi servirait le qualificatif québécois si ce n’est pour désigner les francophones qui y habitent? Pour ce qui est de la Nation, désigne-t-elle les individus qui habitent le territoire, qu’ils parlent français, italien, arabe, anglais ou autres, ou seulement le Nous péquisse, i.e. les pures laines?


  5. Alexis St-Gelais dit:

    Ce qu’il faut se demander, c’est si les franco-ontariens ne forment pas en eux-même une micro-nation à part, comme les Acadiens des Maritimes (d’un autre côté, j’ai voté pour la seconde option, car les franco-ontariens sont moins “éloignés” de nous que les Acadiens de par leur histoire). Pourquoi pas? On peut bien dire aussi que les anglo-québécois forment aussi une sorte de micro-nation.


  6. Olivier dit:

    Alexis: là, on revient à un cheminement qui rappelles celui de Fernand Dumont dans “Genèse de la société québécoise” et son essai sur la nation dans “Raisons communes”. Ces écrits ont souvent été présentés comme une simple défense du nationalisme ethnique, du moins culturalisant. Ce n’était pas, à mon sens, très correct. Mais le cheminement offre une perspective intéressante sur ce qu’on discutes ici.

    Dumont disait de la nation que c’était un groupe par référence, c’est-à-dire un horizon identitaire prenant la forme d’une histoire et d’une culture vue comme lieu commun à tout ceux qui s’y réfèrent. Pour Dumont, donc, la nation existait dans la mesure où des individus *choisissaient* de s’y référer et aussi dans la mesure où les individus se référaient à un horizon identitaire relativement complet, c’est à dire produit et re-produit et ré-interprété par des processus qui, eux, ne dépendaient pas strictement de la volontée de se référer de tel ou tel individu: dans le cas de la nation canadienne française, Dumont identifiait notamment la littérature et la langue comme tels processus; je supposes qu’aujourd’hui il accepterait peut-être aussi les médias.

    Je pourrais écrire un roman là-dessus, mais ça ennuierait tout le monde alors je vais conclure court: Dumont n’a jamais, par écrit du moins, complété sa pensée sur ce sujet. Genèse de la société Québécoise paraît en 1993, Raisons communes en 1995 et Dumont meurt en 1997, alors qu’il travaillait à la suite de “Genèse”, suite dont le titre provisoire était “L’avènement du Québec contemporain”. Fait extrêmement important: Dumont n’a jamais accepté de parler de “Nation Québécoise”; tiens, je ressors mon “Raisons Communes”, édition poche, page 57, l’un des passages les plus cités de cet ouvrage, sans doute:

    “Le Québec n’est pas une nation. On doit donc y récuser un projet de souveraineté qui aurait pour objectif d’y identifier nation et État; il y a ici des anglophones et des autochtones, et la nation francophone ne se limite pas au territoire québécois.”

    Dumont poses cette affirmation alors qu’il va parler de ce qui constitue selon lui la base du projet souverainiste (qu’il appuie, il faut le rappeller), soit la nécessité de développer et d’assurer un futur à une communauté politique, la société Québécoise. C’est cette société qui assures, selon lui, la pérennité du fait français en amérique. Ça c’est écrit en 95.

    En 97, dans une publication posthume du premier chapitre de la suite de “Genèse…”, il va revenir sur cette question par la bande et semble se contredire sur certains points : la nation canadienne française a, à partir du début du XXème siècle, tranquillement mais inexorablement éclaté. Des fragments de cet éclatement, Dumont identifie deux Nations en ayant émergé, soit la nation française du Québec (quand je dis qu’il contredit ici ce qu’il a écrit ailleurs…) et la nation Acadienne. Les autres franco-canadiens sont, justement, des canadiens-français. Plutôt carré (et probablement pas totalement acceptable pour tous) comme constat. Je ne me souviens pas trop jusqu’à quel point Dumont associait cet éclatement au développement de la communauté politique Québécoise (le Québec arrives en 1867, ne l’oublions pas…), mais le fait est qu’il semble désormais constater une marginalisation relative de la nation au profit de la communauté politique dans l’horizon identitaire des francophones du Québec.

    Bon, assez.


  7. Aigo dit:

    Le passage au nationalisme civique a amené à considérer le territoire comme un élément essentiel de la nation québécoise. Le contrecoup exclut peut-être les francophones hors-québec, mais dans une certaine mesure seulement: la définition civique implique la possibilité d’inclure au sein de la nation ceux qui font le choix d’y appartenir. Quant à la définition territoriale, elle n’est pas absolue, puisqu’un québécois qui quitte le territoire ne renonce pas pour autant sa qualité de québécois. Son fils, naissant ou grandissant sur ce territoire, mais attaché par ses racines au Québec, se situe en marge du concept, et pour lui ça revient surtout à son sentiment d’identité.

    Je note pour ma part que des francophones du ROC s’identifie au Québec comme d’autres francophones du ROC sont malades à cette seule idée. On ne va pas les inclure de force non plus dans notre définition de la nation, ce serait leur faire insulte.


  8. Commentaires - Le Petit Émerillon dit:

    [...] réactions inspirés de la discussion suivant mon dernier billet. (Merci tout le monde, j’apprécie vraiment tous vos commentaires, [...]


  9. Alexis St-Gelais dit:

    Attention: J’ai voté “bien sûr” au sondage. La question des nations est un problème qui n’est pertinent que dans l’optique où l’on désire baser la souveraineté du Québec sur un concept s’en approchant. Quand je me qualifie de “nationaliste”, je m’identifie au Québec, mais cela n’exclut absolument pas les francophones d’ailleurs au pays. Du reste, dans mon cas, mon nationalisme tient d’abord au fait que les Québécois (et pas seulement francophones) disposent d’institutions politiques communes et que ce sont ces institutions qui m’intéressent de plus près. C’est une fierté qui tient à nos façons de faire notre vie collective, notre culture politique et notre histoire (plus spécifiquement politique).

    Si vous connaissez plus exactement ma position constitutionnelle, vous constaterez que je considère, jusqu’à un certain point, chaque province canadienne comme une nation ou une proto-nation en train de se former et de prendre conscience d’elle-même. La langue n’a vraiment pas grand chose à y voir. L’essentiel est que la population de chaque province se reconnaisse une certaine identité commune, qui peut être culturelle autant qu’économique ou sociale.

    J’avoue que mes réflexions se sont souvent butées aux “problèmes” posés par les Acadiens, les Anglo-Québécois et les Franco-Ontariens, ainsi que les Amérindiens. On pourrait dire qu’ils forment des nations sans territoire politique englobant, puisqu’ils font partie d’autres ensembles sans en avoir un propre. On pourrait aussi dire que le découpage géographique des provinces est mauvais, mais cela ne règle pas toute la question.

    Bref, pour l’instant, j’ai beaucoup plus de questions que de réponses… Mon objectif demeure de construire une position constitutionnelle cohérente avec la réalité et si vous voulez m’aider dans ce cheminement, ce sera avec plaisir que j’en discuterai avec vous.

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