Mon obsession courante à approfondir ma compréhension de la crise économique mondiale (qui provoque une remise en question de certaines des premisses idéologiques qui, jusqu’ici, sous-tendaient ma pensée) a fait en sorte que je n’ai suivi la controverse autour de la reconstitution de la bataille des plaines d’Abraham que d’une oreille lointaine et distraite… Malgré le fait qu’il s’agit là d’un sujet taillé sur mesure pour l’obsession identitaire qui anime ce blogue.
Je n’ai pas eu pris l’opportunité de me pencher en détail sur la teneur et le ton des activités originalement proposées par l’organisme fédéral en question pour souligner l’événement et je peux concevoir qu’il y ait eu matière à …protester. Mais je dois dire qu’à prime à bord, en tant que fier descendant de ceux qui ont perdu cette bataille charnière dans l’histoire de ma nation, je n’avais aucun problème à ce que l’évenement soit largement souligné et sobrement célébré… et que j’aimais bien l’idée qu’une reconstitution de la bataille fasse partie du concept. Selon moi, il était tout à fait concevable d’organiser cet événement d’une façon à souligner l’extraordinaire tenacité, fierté et maturité de ce peuple qui, malgré cette défaite, ne s’est jamais laissé abattre par un empire qui voulait l’assimiler, mais qui plutôt, à force de sueur, de sacrifice, de révoltes, de stratagems et d’alliances a réussi à faire sa place en Amérique tout en jouant un rôle non négligeable dans la réforme de cet empire vers une démocratie parlementaire pour ensuite faire de son territoire un des endroits où il fait le plus bon vivre sur notre planète (malgré ses foutus hivers).
Mais voilà. Ça c’est moi. Et moi, je suis fier de mon histoire… et du travail acharné de mes ancêtres pour mettre en place l’extraordinaire société dans laquelle j’ai le privilège d’évoluer. Certains de mes compatriotes semble-t-il, ne partagent pas ma fierté. Ceux-là ont honte de notre histoire… ils se conçoivent comme issus d’un peuple de perdants, de victimes éternelles… Selon cette conception, la fierté est impossible car elle implique une vision de ses ancêtres comme des êtres lâches qui n’ont jamais su et ne savent toujours pas “se tenir debout”. Pas étonnant donc, lorsqu’on a si peu d’estime pour ses origines, que là où l’on devrait retrouver fierté et optimisme, on ne retrouve que haine et mépris envers sa collectivité (et, je ne peux m’empêcher de penser, envers soi-même).
Car c’est bien ce que je retiens en lisant cette attristante sortie de Patrick Bourgeois, écrite il y a trois semaines, alors que tout semblait indiquer qu’on irait de l’avant avec l’événement tel que proposé. Je suis tombé dessus hier alors que je frayais chez Vincent Geloso, mon jeune prophète de la droite libérale préféré, dans un excellent texte où il s’y attaque.
Je retiens que derrière la haine et le désir de vindication envers cette force mystérieuse et amorphe qui soi-disant nous opprime (Les Anglais? Le Canada? Le fédéral? Le néo-libéralisme? …c’est dûr à déterminer contre qui ou quoi Patrick nous enjoint de “résister”) se cache une haine à peine dissimulée pour son propre peuple.
Deux choses me frappe en parcourant la suite de mots qui forment ce fiel.
Tout d’abord je trouve cet extrait particulièrement révélateur:
Même un enfant de 10 ans pourrait saisir toute l’épaisserie qu’il y a à remuer des fers dans les plaies du peuple québécois qui ne sont pas encore cicatrisées…
Vraiment? Je ne sais pas pour vous chers lecteurs, mais moi, je n’ai pas du tout le sentiment d’être issu d’un peuple qui souffre de plaies ouvertes… un pauvre peuple meurtri qui ne pourra jamais avancer tant que ses plaies ne sont pas guéries? Quelle image triste et méprisante de sa société faut-il avoir pour se rendre là. Quelle terrible insulte à ceux qui sont venus avant nous et qui ont tant oeuvré pour préserver notre identité collective et pour bâtir la société stable et prospère dont nous jouissons aujourd’hui. Le simple fait que nous soyons encore à débattre du sens de la bataille des plaines dans la langue de ceux qui l’ont “perdue” est un testament à la grande force de ce peuple, à sa capacité de passer outre les cicatrices du passé pour s’attarder à la tâche beaucoup plus importante de consolider l’avenir. En cela, je maintiens qu’il est juste et approprié de marquer et même de “célébrer” notre “défaite” aux plaines d’Abraham. Pfff… “les plaies du peuple québécois qui ne sont pas encore cicatrisées”… non, mais… parle pour toi, mauviette.
Mais la chose que je retiens le plus, celle qui me fait dire que l’objet principal de la haine exprimé par Patrick Bourgeois n’est nul autre que ce peuple québécois qu’il prétend vouloir “libérer”… c’est la “liste d’ennemis” dressée par son billet.
Voyons donc voir exactement à qui Patrick s’en prend. Qui sont ces gens qui empêchent le Québec de “se réaliser” et contre qui il faut “combattre”?
Tout d’abord, il y a toute personne qui défend la reconstitution. Etant donné ce que j’ai écris plus haut, je me rend à l’évidence que cela m’inclut. Je commence donc ma liste, dans un élan d’égocentrisme, en y mettant mon nom. Ensuite, si je poursuis la lecture du billet, j’y dégage les noms suivants:
Éric Caire
Robert Deschamps
Mario Dumont
le maire Labeaume
Josée Verner
CHOI 98,1 FM
Sylvain Bouchard
Martin Pouliot
Gesca
André Pratte
Et bien sûr… Paul Desmarais
Il y a certes des individus dans cette liste que je ne tiens pas en haute estime (voir ici). Mais ce qui me frappe surtout (outre le danger des petits inquisiteurs qui s’amusent à dresser des “listes d’ennemis”), c’est que si je suis le raisonnement la suite de mots de Patrick, les forces et individus qui oppriment le Québec et l’empêchent de s’épanouir sont tous …québécois.
Le combat de Patrick Bourgeois et ses associés n’est donc pas contre les “vainqueurs” de la bataille des plaines d’Abraham et leurs descendants… (ceux là se foutent bien de nous de toutes façons et ont cessé de nous “opprimer” depuis belle lurette) mais contre ceux de son propre peuple qui refusent de faire du résultat de cette bataille une raison de s’appitoyer sur notre sort collectif. Contre ceux qui interprètent cette bataille comme symbolique de la force du caractère québécois: un peuple qui ne se laisse pas abattre par la défaite… qui au lendemain, se relève les manches et se défriche un avenir avec les moyens du bord… et qui réussit.
Un jour, il faudra bien se rendre compte que le projet des purzédurs n’est pas de libérer le Québec du Canada, c’est de purger le Québec des québécois qui refusent d’avoir honte de leur ancêtres canadiens-français. Selon moi, l’aboutissement ultime de la logique derrière leur démarche ne peut que déboucher sur quelque chose qui ressemble à une guerre civile entre québécois…
Oui. Je sais, c’est fort. Mais je les trouve dangereux à ce point là.
…
Voir aussi:
Luc Picard, un souverainiste qui a compris
Les patriotes ne sont pas morts pour la “nation québécoise”
Le nationalisme québécois cache-t-il un complexe de colonisé?











