2009/01/29 15:03

Dépression et relance: quelle est la bonne formule?

I should know better.

Je suis allé me mouiller chez Geloso-Breguet hier pour questionner leurs critiques à l’égard du budget fédéral… question de mieux comprendre leur (op)position. Je suis carrément fasciné par les réactions des prophètes du libre-marché et de la “droite libérale” (avec qui j’ai toujours eu le plus de sympathies) face à la crise actuelle qui, selon moi, remet en question certains principes qu’ils tiennent (que je tenais aussi) comme des vérités fondamentales.

Mais je devrais savoir que je ne suis pas vraiment de calibre pour argumenter avec eux… ces gars là sont des universitaires férus d’économie et de sciences politiques. (C’est une des raisons qui fait que je prend leurs arguments au sérieux) Et moi, je ne suis qu’un comédien raté qui n’a pas fini le cégep… dont le seul domaine d’expertise sur ces questions est celui d’un historien amateur et dont l’expertise en systèmes informatiques complexes acquérie plus tard lui permet de saisir facilement la nature (souvent incomplète) des théories économiques. Mais voilà, Vincent et Brian sont de jeunes aspirants professionnels… et je ne suis qu’un vieil amateur… je suis conscient que ma pensée sur le sujet est beaucoup plus brouillon que la leur.

Mais je ne m’empecherai pas pour autant de continuer à les questionner… car je veux comprendre.

Si je comprends bien, leur objection principale au budget d’hier (et, j’imagine, à ce qui se trame à Washignton) est qu’il n’y a aucune preuve empirique que le genre de “stimuli” qu’on met au point en ce moment n’a fonctionné par le passé.

Et force m’est d’admettre qu’ils ont raison.

Nous n’avons que deux exemples historiques auquels se référer où le genre d’action qu’on s’apprète à prendre fut tentée pour relancer l’économie: La Grande Dépression et la crise financière/économique japonaise des années 90 qui a mené à ce qu’on appelle leur “décénie perdue”. (Vincent vient d’ailleurs de pondre un excellent billet sur le sujet)

Dans les deux cas, il est démontrable que le type d’intervention gouvernementale qu’on s’apprète à prendre a eu peu ou pas d’effet positif et on peut même aisément postuler qu’à certains niveaux, cela a nuit. (Personnellement, je crois que sans le “New Deal”, le crise aurait été bien pire… mais je suis bien d’accord que ça n’a rien fait pour réellement “relancer” l’économie d’après 1929)

La question devient donc pour moi: Comment somme nous donc sorti de la Grande Dépression pour en venir à la prospérité sans précedent des années 50 et 60? (une époque, je tiens à le souligner, complètement dominée par les théories keynésiennes)

Les fait sont les suivants: Avant la Seconde Guerre Mondiale nous étions encore en dépression… et après, plus du tout. Que s’est-il passé? Il peut y avoir plusieurs autres facteurs qui ont contribué à influencer une telle reprise, mais une des différences principales entre le New Deal et la SGM est justement le niveau de dirigisme et d’investissement direct dans l’économie de la part du gouvernement qui atteint un tel sommet pendant la SGM (50% du PIB), qu’il fait paraitre le New Deal comme une période de laissez-faire économique (plus de détails ici). Serait-ce possible qu’il s’agit là de la clé de la relance?

Vincent et Brian ont une foi inébranlable dans la capacité du marché de reprendre la croissance spontanément après une correction majeure… (je crois qu’ils ont raison là aussi, mais je ne partage pas leur optimisme quant à la rapidité à laquelle ça se produit après une telle correction à la baisse) …mais croient-ils qu’il s’agit là du seul phénomène à nous avoir sorti de la Grande Dépression? Sont-il capable d’affirmer que sans le New Deal et la SGM, la croissance aurait quand-même repris d’elle même pour atteindre son niveau des années 50? Peut-être… j’entrevois moi-même les grandes lignes d’un argument qui plaiderait cette hypothèse… mais tout comme il n’y a aucune preuve empirique pour confirmer les bienfaits d’un “stimulus” en temps de crise, il n’y en a pas plus pour le “laissez-faire” qu’ils pronent (du moins, pas en temps de crise et de menace de déflation).

Ma question est donc la suivante: Serait-ce possible que le problème avec notre plan de relance actuel (qui, je l’avoue, me laisse moi aussi plutôt sceptique quant à sa capacité à vraiment “relancer” la croissance) n’est pas qu’il en fait trop pour rien, mais plutôt… qu’il n’en fait pas assez?

Personnellement, je n’en ai aucune idée… mais je soupçonne fortement que quiconque prétend connaître la réponse, d’un coté comme de l’autre, parle à-travers son chapeau.

Et c’est pour ça que cette crise m’effraie comme aucune autre de mon vivant.


Ajout: Il semble que la population entière se pose la même question.


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7 commentaires sur “Dépression et relance: quelle est la bonne formule?”


  1. Philippe David dit:

    Salut Alain,

    Pour comprendre pourquoi les stimulus économiques ne fonctionnent pas et pourquoi les libertariens (de l’école autrichienne en particulier) croient qu’il faut laisser agir le marché, il faut comprendre comment fonctionnent les cycles économiques.

    Tu as probablement remarqué que les boums économiques et les récessions sont cycliques. Et peut-être ne seras-tu pas surpris que leur origine vient d’une manipulation étatique du marché. C’est le cas de la présente crise.

    Elle a commencé quand, pour amortir l’éclatement de la bulle des dotcoms et les évènements du 11 septembre 2001, la réserve fédérale américaine a progressivement baissé son taux directeur à 1% et l’a maintenu à ce niveau pendant plus de deux ans. Ce faisant, la Fed a injecté une grande quantité de liquidités dans le marché qui se sont traduites en du crédit facile, trop facile. Ce genre d’action envoie un faux signal au marché car il est habituellement le signal que les consommateurs ont suffisament épargné pour commencer à augmenter leur consommation. C’est le temps rêvé pour les producteurs d’investir dans ce qu’on appelle des biens capitaux. L’incovénient est que l’épargne n’existe pas vraiment et de mauvais investissements sont faits comme résultat. Ce genre de situation favorise la création de bulles qui sont insoutenables.

    Cette fois-ci, il y a eu une bulle immobilière et une bulle financière, qui ont toutes deux été favorisées par divers programmes gouvernementaux. Ce qui a attiré des investissements massifs dans la construction résidentielle, et le surinvestissement dans des obligations basées sur des hypothèques (Mortgage Backed Securities ou MBS). Les prix des propriétés montent en flèche pendant qu’on promouvoit activement le relachement des critères d’acceptation pour les hypothèques. Tout est merveilleux tant que les prix continuent de monter. Seulement, la Fed ne peut pas maintenir son taux à 1% indéfiniment et commence à le remonter jusqu’à 6% pour prévenir une montée de l’inflation. La demande immobilière fléchit et les prix commencent à chuter. Du même coup, beaucoup d’hypothèque sont à taux variables et beaucoup de propriétaires voient leurs paiements augmenter dramatiquement et font défaut. Au fur et à mesure que les banques doivent liquider les propriétés saisies, les prix immobiliers continuent leur chute. Bientôt, un grand nombre de propriétaires se retrouvent en posision d’équité négative (i.e. Montant d’hypothèque > que la valeur marchande de la propriété). La chose fait boule de neige. Pendant ce temps, toute les MBS deviennent subitement toxiques à cause du trop grand nombre d’hypothèques en défaut et entrainent des pertes astronomiques à toutes les institutions qui en avaient dans leur portefeuille.

    Bref, c’était le gros party, mais après vient le lendemain de la veille. La récession, c’est le “hangover”. Si tu consulte un médecin, il te dira probablement que le meilleur remède à un hangover est le temps et de s’hydrater (et peut-être des tylénols). À part ça, il n’y a pas grand-chose d’autre à faire que de laisser le corps se débarasser des déchets. Contrairement à ce que pensent les keynésiens, la récession n’est pas causée par “l’esprit animal” des investisseurs, ni par un vent de panique des consommateurs.

    Pour une récession, c’est un peu la même chose. La récession est le processus par lequel le marché se débarasse des mauvais investissements contractés pendant la phase du boum. Cette correction ne doit pas être entravée, mais elle doit plutôt suivre son cours, si nous voulons que l’économie reparte sur une basse solide. Les mauvais investissements doivent être liquidés pour que les ressources puissent être réallouées vers des secteurs plus productifs, c’est à dire ceux où il existe de la demande. C’est évident que ça implique que bien des gens perdront leur emploi en attendant de trouver un autre emploi, mais ça se produira quoiqu’on fasse. Il est aussi évident que des entreprises non-productives vont faire faillite ou devront se réorganiser pour survivre. Ça aussi ne doit pas être entravé.

    Sachant ça, nous pouvons expliquer pourquoi les stimulus ne fonctionnent pas:

    - Le gouvernement ne produit pas de richesse, il ne peut financer ces stimulus qu’en taxant les secteurs productifs de l’économie
    - Puisque c’est le gouvernement qui décide où allouer ces ressources, plutôt que la demande du marché, les ressources se retrouvent consistamment mal ciblées, en plus d’être dilapidées par la bureaucratie
    - La remise à flot d’entreprises non-productives entrave la réallocation des ressources de ces compagnies vers d’autres entreprises plus productives. On récompense les mauvais gestionnaires au détriment de ceux qui savnt gérer leurs affaires.
    - Les mesures qui consistent à re-baisser les taux d’intérêt et pomper des liquidités, comme le font les banques centrales depuis le début de cette crise, diminuent notre pouvoir d’achat et vont se traduire plus tard par une poussée d’inflation qui entravera encore la reprise.

    On peut donc dire, que contrairement à ton affirmation plus haut que le New Deal a probablement rendu la grande dépression moins pire, il a probablement prolonger la dépression bien au-delà du temps qu’elle aurait dû durer. Il en est de même pour la décennie perdue du Japon qui dure maintenant depuis plus de 15 ans. Si les stimulus ont peut-être allégé les symptômes, ils entravent la guérison ou pire, ils amènent une courte reprise, suivie d’une récession encore plus sévère.


  2. Jean-Luc Proulx dit:

    Alain, en affirmant que la guerre est bonne pour l’économie, comme Paul Krugman l’a déjà écrit, vous commettez, toi et lui, un sophisme économique que Frédéric Bastiat réfutait déjà au XIXe siècle et qu’il a appelé le sophisme de la Vitre cassée.

    http://bastiat.net/fr/oeuvres/cqovecqonvp.html#vitre_cassee

    Renseignes-toi mieux sur ce sujet!


  3. Dépression et relance: réactions et mises au point - Le Petit Émerillon dit:

    [...] semble que mon billet questionnant la relation entre intervention gouvernementale et sortie de crise économique a eu un certain effet du coté droit de notre sphère. Quel beau cadeau de fête (c’était ma [...]


  4. JP dit:

    Tu aimerais avoir des évidences empiriques de l’efficacité des déficits gouvernementaux? Je te propose de jeter un coup d’oeil sur ce graphique: http://cf.geocities.com/prof_jm/ecn/chomageCanadaQuebec.png

    Tu peux le comprendre de deux façons:

    Pour un keynésien, le chômage élevé commandait aux gouvernements de faire un déficit. Lorsque le chômage s’est réduit, le gouvernement n’avait plus à faire de déficit.

    Pour un libertarien, les déficits des gouvernements sont financés par des ressources qui ne sont plus disponibles pour les entreprises privées qui elles, sont plus efficaces. Il y a donc une perte d’efficacité, un gaspillage. Lorsque le gouvernement cesse ses déficits, il libère des ressources qui seront mieux utilisées.

    La différence en est une de caus à effet: l’un dit que le chômage est la cause et le déficit la conséquence alors que l’autre dit l’inverse.

    Je te laisse te faire ton opinion sur ce que le graphique démontre…


  5. Philippe David dit:

    @ JP

    Graphique intéressant. Ce que j’y constate est que le taux de chômage a tendance à être plus élevé en temps de déficit qu’en temps de surplus. Se qui tend à prouver que les déficits ne font rien pour faire baisser le chômage. Mais il y a beaucoup d’autres facteurs qu’on ne peut pas voir sur ce graphique.


  6. JP dit:

    Beaucoup de facteurs, évidemment. Par exemple, dans l’optique keynésienne, faire un déficit n’est pas nécessairement suffisant pour prétendre avoir une politique expansionniste: il faut une augmentation du déficit, ce que le graphique ne montre pas.

    D’autre part, comme tous les graphiques, il ne montre qu’une corrélation. Y voir une relation de cause à effet, c’est l’interpréter. Et des interprétations, il peut y en avoir plusieurs. Par exemple: lorsque l’économie va mal, les entreprises ferment, les gens perdent leur emploi, les gouvernements se voient privés d’impôt sur le revenu et d’impôt sur les entreprises (en plus de devoir payer des prestations d’assurance-emploi) et on se retrouve automatiquement en déficit. Par contre, quand ça va bien, le chômage diminue, l’argent rentre et le gouvernement fait un surplus.

    L’interprétation précédente suppose qu’une cause extérieure qui reste à définir est la cause ultime de la corrélation montrée par le graphique. D’autres personnes pourraient croire que c’est le déficit qui est la cause. Le graphique ne permet pas de réfuter ces deux hypothèses.


  7. laffreuxthomas dit:

    Avant de s’embarquer dans des plans de relance, il faudrait au préalable engager une réflexion sur les taux d’intérêts. Vouloir “relancer” sans tenir compte des causes de la crise est aberrant.

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