Il semble que mon billet questionnant la relation entre intervention gouvernementale et sortie de crise économique a eu un certain effet du coté droit de notre sphère. Quel beau cadeau de fête (c’était ma fête hier. 38 ans! …et toujours célibataire. [soupir]) de constater que malgré mon peu de présence ces derniers temps, je sois encore capable d’avoir un impact.
Vincent Geloso, une des sources qui a inspiré mon billet, me fait une réponse claire et bien documentée. Il affirme en termes qui dépassent mon niveau d’expertise, mais qui me semblent raisonnables que lors de la seconde guerre mondiale: “C’est vrai que l’activité a reprise, mais celle-ci doit être distinguée de la croissance.”
Et que:
suite à la guerre, l’État s’est retiré massivement de l’économie et a libéré des ressources pour le secteur privé. Cela a contribué à faciliter l’accés à plusieurs ressources autrefois dispendieuses pour le secteur privé. L’article cité ici de Robert Higgs dans The Journal of Economic History est probablement le plus intéressant quant à la question. Le plus important, c’est qu’à la fin de la guerre la grande majorité des commissions de gestion des prix ont été soulevées et les baisses dans la consommation réelle, l’investissement privé et l’épargne privée ont été renversés. C’est un peu comme cela que la reprise économique d’aprés-guerre s’est effectuée.
Je n’ai pas vraiment de problème avec cette lecture de l’histoire, mais Vincent commence sa réponse en affirmant que: “Selon Alain, avec la vague d’application des politiques keynésiennes pendant la guerre, il est normal que la reprise ait eu lieu ensuite.”
On semble m’avoir mal compris, je n’affirme rien de la sorte il me semble… je ne fais que poser certaines questions…
Et je n’ai pas parlé de politiques keynésiennes pendant la guerre. La période que je dit “complètement dominée par les théories keynésiennes” est justement la période de prospérité sans précédent que représente l’après-guerre (les années 50 et 60) Le “keynésianisme” demeure, grosso modo, l’idéologie dominante des élites autant républicaines que démocrates de cette époque. Du moins jusqu’à Goldwater chez les républicains… mais seulement vraiment purgée depuis Reagan. Cela n’empêche pas cette période (la plus pro-syndicale de l’histoire et marquée d’une politique réglementaire et monétaire visant à éviter la surchauffe, c’est à dire à stabiliser — et par conséquent parfois à ralentir – la croissance) de demeurer la période de prospérité contre laquelle nous continuons de nous mesurer économiquement et culturellement jusqu’à ce jour.
À savoir quelle part de tout cela s’est produit grâce aux politiques keynésiennes …ou malgré elles… demeure, selon moi, une question dont la réponse depend entièrement du prisme idéologique (du modèle) dont on se sert pour interpréter les faits, mais qui demeure ouverte sur le plan strictement empirique.
…
Ce qui m’amène à la réaction de Philippe David, Le Minarchiste Québécois, qui en a profité pour livrer une excellente vulgarisation de la théorie des cycles économiques selon “l’école autrichienne” pour m’expliquer pourquoi chaque instance d’intervention étatique dans mon exemple était nécéssairement nocive et que tout ce qui a de bon dans la vie venait obligatoirement de l’initiative privée.
Ce à quoi je ne peut m’empêcher de répondre que je trouve plutôt ironique de me faire citer la politique monétaire de la Fed américaine de 2002-03 comme exemple de “manipulation étatique du marché” (sous-entendue nocive de par sa nature… pourquoi au juste?) alors que cet instrument était justement entre les mains d’un prophète de “l’école autrichienne” et disciple d’Ayn Rand:
[Je sais que je me répète avec cette vidéo, mais cet evénement représente le moment où commence la remise en question à laquelle je m'adonne en ce moment.]
Mais Philippe non-plus semble ne pas avoir compris où se situe mon questionnement… Chez lui, après nous avoir cité une vidéo pas très convaincante, pour “prouver” que les stimulus du passé n’ont pas fonctionné, il lance un défi aux keynésiens (dont je ne suis pas):
Expliquez-nous donc comment les plans de stimulus de Bush, Obama et maintenant Harper, vont réussir là où toutes les autres tentatives de stimulus similaires ont échoué?
Il met le fardeau de la preuve sur les partisans du “stimulus keynésien” et je les invite à lui répondre.
Pour ma part, je me permet de lui relancer le défi contraire: Peut-il citer un seul exemple où des mesures du type “école autrichienne” ont été appliquées (où plutôt un cas s’absence de mesures interventionistes) à bon escient en période d’écroulement des marchés financiers et de menace déflationnaire (Eh les amis! C’est plus qu’une simple “récession” qu’on vit là!). Il n’y en a pas plus car aucun gouvernement démocratique ne peut se permettre de ne pas agir en temps de crise.
Tout le reste n’est que conjecture.
Ce que je veux dire est que Philippe se sert d’un modèle hautement sophistiqué (celui de l’école autrichienne) pour interpréter les faits. Mais qu’il le veuille ou non son modèle demeure surtout et principalement théorique, les exemples concrets de son application absolue sont brefs, rares, et peu conclusifs.
Mon problème principal avec son modèle est qu’il dépend d’une fausse idée que les “acteurs” qui le composent sont des êtres rationnels agissant toujours dans leur meilleur intérêt. Mais comme dit Matthew Yglesias dans un billet où il discute la permanent income hypothesis de Milton Friedman:
You could imagine an alien species whose psychology functioned this way. But that species wouldn’t have heavy smokers dying of cancer, problems with overreating and sedentary lifestyles. Voters belonging to that species would condemn governors who take advantage of boom times to cut taxes and hike spending—there would be massive popular pressure to sock it all away in a rainy day fund.
…
La raison pour laquelle je suis un grand fan de Megan McArdle est que bien que ses idées penchent du même côté que Philippe, lorsqu’elle parle du plan de ralance américain, elle sait faire la différence entre ce qu’on croit savoir avec nos modèles théoriques, si sophistiqués soient-ils, et ce qu’on sait vraiment:
Myself, I’m agnostic. I am skeptical that the stimulus will result in a permanent increase in output or decrease in unemployment. However, I have also recognized that we are going to have a massive stimulus whether I like it or not, so I might as well view this as an interesting natural experiment, rather than get into a lather. Especially since it’s quite possible that, as an empirical matter, I’m wrong.
La vrai de vrai vérité les amis est que nous ne savons pas. Et c’est ça qui me fait si peur.
…
Ma réponse au commentaire de Jean-Luc Proulx, qui m’accuse de dire, comme Paul Krugman, que “la guerre est bonne pour l’économie” viendra dans un autre billet. Pour l’instant je note que je suis très amusé de ce qu’un argument que je fonde en grande partie sur les écrits de Megan McArdle me place soudainement dans le même camp que Paul Krugman. Blogging is so much fun!











