2008/11/01

Franco-ontarien et nation québécoise: Ça dépend de quoi?

Ils semble que plusieurs aient de la difficulté à répondre à mon nouveau sondage. On trouve la question trop vague ou les choix de réponses pas assez nuancés. (Pour ma part, je prends cela comme un signe que je pose enfin la bonne question)

Je reproduis ici ma réponse à Aigo et Yvan qui m’ont exprimé leur frustration…

Je comprend (en partie) votre frustration. Mais comprenez-moi, j’ai passé, dans une autre vie, près de 10 ans sur les lignes de front de l’industrie du sondage et s’il y a une chose que j’ai apprise, c’est qu’une réponse comme “Ça dépend” n’est d’absolument aucune utilité et n’éclaire rien. Une telle réponse peut trop facilement être choisie par deux personnes ayant une opinion diamétralement opposée sur la question et cela ne fait que brouiller le portrait d’ensemble qu’on essaie de glaner.

J’ai envie de vous relancer comme lorsque j’étais “sondeur”: Prenez les termes comme vous les entendez avec ce que cela évoque pour vous et faites un choix. Penchez-vous davantage vers une réponse ou vers l’autre?…

La seule utilité d’un concept comme “ça dépend” dans un tel exercice est lorsqu’on insiste sur une réponse ouverte où le répondant peut expliquer les subtilités et nuances qu’il voit ou qu’il insiste pour qualifier sa réponse. Mais là, on est davantage dans un “focus group” que dans un sondage. Ou encore on est… dans un blogue aux commentaire ouverts.

Et lorsqu’on est frustré par le manque de nuance d’une question de sondage qu’on trouve intéressante, on a l’opportunité, non seulement de se plaindre du manque de nuance de la question, mais aussi d’y exprimer les nuances qu’on aimerait y voir. ;)

Alors, les amis, je suis très intéressé à comprendre votre problème avec la question et je vous invite à le partager…

Ça dépend de quoi?

…et j’ouvre la question à tout le monde.

Si pour vous la réponse à la question “un franco-ontarien fait-il partie de la nation québécoise” passe par “ça dépend”, je suis vraiment curieux de vous entendre.


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7 commentaires sur “Franco-ontarien et nation québécoise: Ça dépend de quoi?”


  1. Yvan St-Pierre dit:

    Ayayaille, Alain! Je ne me rappelle pas avoir exprimé de frustration à l’égard de tes sondages autant qu’à l’égard des débats où l’on évacue les nuances, mais bon en un sens ça revient peut-être au même.

    Maintenant, ta réaction ne manque pas de piquant: je comprends très bien que “ça dépend”, c’est de la bouillie pour les chats dans la tête d’un sondeur qui veut vendre de la bonne salade à ses clients, mais en tout respect, très, très estimé collègue, si ma salade est dure à vendre parce que trop de gens restent perplexes face à mes questions, je me poserais des question à propos de mes questions il me semble, surtout si j’espère en faire mon pain et mon beurre.

    Dans le cas de ton petit dernier, je dirais que mon véritable problème est que je n’accepte pas les présupposés qu’implique le choix de réponses que tu proposes. Je reviens sur le fond à l’instant, mais si je te donne le choix entre accepter des accommodements raisonnables et exiger que les citoyens se conforment à la loi, ça se peut-y que tu trouves la question bizarre quand l’accommodement raisonnable est un concept juridique qui fait partie de la loi? Il est-y blanc comme neige (wow, que la rhétorique est pleine de petits plaisirs) ce sondeur-là dans ton livre? Alors quoi, si je réponds “kosséssa c’te question là madame, me semble que j’ai pas d’affaire à choisir entre les deux”, faudrait-y que j’m'excuse?

    De retour aux francos-ontariens. D’abord je t’ai bien dit que je n’étais pas tanné de “tes histoires”, alors ça élimine une première réponse. Je peux pas répondre “c’est quoi un franco-ontarien” même si c’est la réponse qui me tente le plus - peut-être juste pour embrouiller le client du sondeur - parce que mon ignorance serait tout de même une pure feinte, et j’ai encore quelques principes.

    Reste donc tout simplement “oui” et “non”, et à moins de pouvoir répondre les deux en même temps, ce qui aurait l’avantage d’être au moins cohérent avec ce que j’en pense, je dois supposer que les termes de la questions sont définis de façon suffisamment univoques pour répondre ou bien oui, ou bien non, mais pas les deux sous peine de contradiction. Or je crois que si la question était aussi claire, elle n’aurait plus beaucoup d’intérêt polémique, et tu reconnais toi-même que tu cherches surtout à provoquer la discussion.

    Cependant, à défaut, Monsieur Truc qui répond “oui”, et Madame Chose qui répond “non”, ne t’en disent pas tellement plus que Machinchouette qui répond “ça dépend”, sauf à précisér à quel point leur définition de “nation québécoise” pourrait, peut-être, être plus ou moins élastique, évidemment, et si ça t’intéresse de savoir ça, alors pourquoi pas. Mais attention! Ce ne vaut encore que dans la mesure où Truc et Chose ont une définition assez arrêtée de la “nation québécoise”, et dans la mesure aussi où ils croient que ce qui s’applique à un franco-ontarien (to be or not to be) doit s’appliquer à tous les franco-ontariens.

    Or moi, snif, snif, je ne suis ni dans l’une ni dans l’autre de ces deux mesures: je pense que la nation québécoise est un concept à géométrie variable, y compris du point de vue des franco-ontariens, et que par conséquent, il est impossible de répondre autre chose que… ça dépend. Ça dépend de la définition qu’on retient pour la nation québécoise, et si elle est suffisamment inclusive, ça dépendra encore des franco-ontariens, selon qu’ils considèrent ou non cette détermination comme pouvant faire partie de leur identité. Évidemment, j’aurais pu me dire qu’un “oui et non” ou un “ça dépend” te ferait de la peine, et répondre de manière biaisée sans t’en souffler mot. Encore une fois, c’est-y bin bin mieux?

    Remarque que si tu me demandais si c’est la job du gouvernement Ontarien de s’occuper des affaires de la nation québécoise, parce que certains ontariens pourraient s’y identifier, là je t’aurais répondu non. Et si tu m’avais demandé “selon votre définition de la nation québécoise, est-il possible que certains franco-ontariens en fasse partie”, je t’aurais répondu oui. En fait, si t’avais écrit “un franco-ontarien PEUT-il faire partie de la nation québécoise”, j’aurais répondu oui.

    Enfin. Je présume que tu ne me laisseras pas m’en sortir aussi “facilement”, alors vas-y - lâches-toi lousse.

    Ciao for now.


  2. Noisette Sociale dit:

    Bon.

    J’ai répondu “ben non”.

    Simplement parce que pour moi, la nation québécoise implique nécessairement le territoire du Québec.

    Dans franco-ontarien, il y a Ontario.

    Si on avait la nation franco-canadienne, on pourrait alors inclure tous les francophones du Canada.

    Mais en ce qui me concerne, la nation québécoise ne concerne que le Québec.


  3. Aigo dit:

    Comme j’inclus les anglos-québécois et autre minorités dans la nation québécoise, j’exclus de la définir sur une base strictement linguistique.

    Reste trois principales possibilités: l’héritage historique en est un. On peut se poser la question des racines historique de la “nation québécoise” (problème que je laisse ouvert car je n’ai pas d’idée arrêtée dessus) et en fonction d’elle déterminer si tout, partie ou pas de franco-ontariens en sont les héritiers.
    Une autre se rapporte au territoire, qui exclue les franco-ontariens. Faudrait-il exclure les québécois expatriés, ou enfants d’expatriés? On peut pour résoudre la question étirer le concept de territoire à celui d’appartenance civique.
    L’autre, c’est toujours mon critère prioritaire dans les questions d’identité, et c’est justement le sentiment d’identité. Un franco-ontarien se sent-il québécois? Honnêtement, je ne sais pas. J’imagine que c’est variable selon individus et que la majorité répondrait “non”.


  4. Yvan St-Pierre dit:

    Si je peux me permettre encore, étant donnés les autres commentaires, il me semble qu’on voit assez vite que les définitions de ce qu’est une nation, objectivement si je puis dire, varient pas mal selon les perspectives. Or le problème, c’est que presque tout le monde convient, en général, qu’un nation reflète au moins un lien subjectif, auquel on adjoindra ensuite, de façon variable encore une fois, des trucs aussi objectifs qu’un territoire, une langue, des institutions, une histoire.

    Mais alors ce travail-là, de définition de ce qu’est une nation, c’est aussi fonction de la manière dont chacun se rapporte subjectivement au groupe qu’il ou elle définit comme une nation, et les différentes définitions sont alors elles-mêmes des manières différentes de vivre à l’intérieur de sa culture nationale, qu’on ne peut pas alors cerner, du coup, comme si on était à l’extérieur d’elle, right? Or moi je pense qu’on devrait célébrer la variété de définitions qu’on peut donner à ce concept, plutôt que toujours chercher à imposer une définition qui devrait présumément faire consensus.

    Quand on a la richesse d’un concept développé de tant de façons différentes, et fascinantes, par des gens comme Fernand Dumont, Michel Seymour ou Jocelyn Létourneau, je ne comprends pas qu’on veuille en faire une catégorie aussi tranchée que ce qu’il faut pour répondre à la question du sondage de manière univoque.

    Tiens, pour faire plus concret, si un franco-ontarien trouve qu’il est essentiel pour lui-même et pour l’avenir de ses enfants qu’une masse critique de francophones en Amérique du Nord soit dotée des institutions politiques nécessaires au développement de leur culture, s’il passe régulièrement ses vacances au Québec, qu’il forme ses opinions en lisant plus souvent les journaux du Québec que ceux de l’Ontario, qu’il prend pour le Rouge et Or et qu’il a décidé qu’il enverrait ses enfants étudier au Québec, je peux bien croire qu’il y a bien des définitions de ce que c’est que d’être Québécois qui vont trouver des moyens de l’exclure, notamment sous prétexte qu’il n’est pas sous la juridiction du gouvernement du Québéc (et alors il faudrait distinguer soigneusement les concepts de citoyenneté et de nationalité), mais il y en a d’autres, de ces définitions, qui vont l’inclure sans problème.

    Il me semble donc que c’est tout ce que ça prend pour que “oui et non” ou “ça dépend” soit une réponse acceptable. Maintenant, je note que Aigo, à la fin de son commentaire, parle de la “majorité” des franco-ontariens, et ça renvoie à un autre aspect de la question: est-ce que la minorité franco-ontarienne est elle-même une minorité nationale, et si c’est le cas, collectivement, est-elle une extension de la nation Québécoise, ou est-ce plutôt une partie d’une nation canadienne-française conçue comme une diaspora coast-to-coast, et définie essentiellement par la langue et l’histoire, au lieu d’être fonction de ses institutions en général?

    Et là se pose le problème d’une nation canadienne-française qui, comme telle, ne maîtrise strictement aucun levier politique, en plus de se définir de façon particulièrement traditionnaliste. C’est pas ça au fond la vraie question? Et la réponse à cette question-là, est-ce que ce sera une description d’un état de fait objectif, ou est-ce que ce ne sera pas plutôt une prise de position politique subjective, un jugement porté sur ce qui “nous” plairait le plus à cet égard?

    Comme on dit, il y a autant d’Hindouismes qu’il y a d’Hindous. Joli cercle. Alors tiens: Et si une nation n’était justement pas quelque chose dont on “fait partie” ou non, mais que ce soit elle qui fasse partie de nous ou pas?

    Ouf… tu m’excuses Alain - y’est peut-être temps que je me remette à déblatérer sur mon propre blogue plutôt qu’à me répandre chez les voisins, hein…


  5. Aigo dit:

    L’exposition de différentes conceptions de la nation n’est-elle pas un moyen de célébrer la diversité du concept, justement?


  6. Yvan St-Pierre dit:

    Aaaah, mais mon cher collègue, je n’ai aucune objection à ce que l’on en expose autant qu’on voudra, des conceptions de la nation, au contraire, et trois fois bravo! J’en veux seulement à l’idée qu’il devrait absolument y en avoir une seule vraie, et que les autres seraient nécessairement fausses. Et tout ce que j’en dis, au fond, c’est que si les réponses à “x appartient-il à l’ensemble A” doivent avoir une signification, il faut savoir comment chaque répondant définit l’ensemble A, non? Sinon, ou bien ça ne veut rien dire, ou bien on suppose qu’il y a une définition non-problématique de l’ensemble A, et c’est ce à quoi je m’objecte.

    Salutations éminemment respectueuses.


  7. President Obama - Le Petit Émerillon dit:

    [...] puis de prendre quelques jours de congé avant de vous revenir plus frais pour me mêler de la discussion nationaliste/identitaire (passionante) que j’ai sollicitée …et de l’élection provinciale, bien [...]

Dites ce que vous pensez: