Coucou! C’est moi.
J’espère que vous avez voté aujourd’hui (quoi que si vous êtes ici, je suppose que la question ne se pose pas) pour ma part, c’est déjà fait depuis une semaine. Je l’ai fait par anticipation lundi dernier. J’ai d’ailleurs un billet là-dessus que je n’arrive pas à finir depuis une semaine. [Soupir. Il faudra bien s'y faire, je crains] J’espère vous le livrer plus tard ce soir.
Le billet parle de mon expérience au bureau de scrutin, mais pas de mon vote. Donc aussi bien vous le dire tout de suite: j’ai voté pour Mulcair (à qui on prédit une victoire ce soir)… et je continue à être déchiré par ce vote. Je crois que c’en sera un que je continuerai à réviser et à regretter.
Car au fond, je n’ai pas eu le courage de voter mes convictions.
…
J’aurais aimé trouver le temps de poursuivre la série où je vous exposais le fond (et la gravité personnelle) de mon dilemme… vous dire comment le nationaliste fédéraliste que j’étais est devenu un “souverainiste par dépit” avec la mort le rejet de Meech… (Je vote PQ au provincial depuis… sauf pour la dernière) Et comment, malgré cela, le progressiste-conservateur que j’étais n’a jamais pu se résigner à voter pour le Bloc à Ottawa. On fera bien la souveraineté quand ce sera le temps, me disais-je, le plus tôt possible, j’espère. Mais d’ici là, je vais continuer à voter pour ceux que je crois qu’ils formeront le meilleur gouvernement pour le Canada. Et j’ai voté pour la candidate des conservateurs… de Kim Campbell. (Eh oui, mon premier vote au fédéral… en 1993, dans Rosemont) J’aurais aimé vous parler de la fédérale suivante et de ma période “gauchiste”… (Des années de pauvreté abjecte m’ont guéri de mes idées de droite, me plaisais-je à dire.) …de mon premier vote NPD pour Tooker Gomberg qui, à l’époque, n’avait pour affiche électorale que des photocopies noir et blanc 8 ½ x 11 dont certaine montraient une photo du candidat déguisé en Robin-des-Bois devant une enseigne de la Banque de Montréal (Tooker fait alors 6% dans Outremont; le meilleur score du NPD au Québec!) …du fait que fédérale après fédérale je votais pour n’importe quel parti sauf le PLC toujours assuré de la victoire dans mon comté. J’ai voté pour le Parti Marijuana (et j’en suis fier)… j’ai aussi voté pour l’Alliance-Canadienne de Stockwell Day (et, oui, j’en ai honte)… Mais l’idée que je voulais souligner dans tout ça est que le nationaliste québécois que j’ai toujours été s’est toujours dit qu’il ne pourrait jamais voter pour le PLC de Trudeau (et de Chrétien) qu’il tient responsable d’avoir condamné l’avenir de l’unité canadienne à ce combat perpétuel en imposant une vision du Canada qui ne sied tout simplement pas à son principal peuple fondateur. Que mon rêve le plus cher en politique fédérale était d’un jour pouvoir défaire les libéraux dans Outremont. C’est pourquoi, à la dernière fédérale, avec les commandites qui chauffaient les pieds rouges du Québec, j’ai mis de coté mon aversion bloquiste afin de voter pour Jacques Léonard qui se présentait alors contre l’infâme Jean Lapierre car je croyais qu’il y avait enfin une chance de battre les foutus libéraux. Et c’est pourquoi j’étais si content à la partielle de l’an dernier d’enfin pouvoir clamer pour la première fois de ma vie: “J’ai gagné mes élections!” en élisant Mulcair, malgré que je sois plutôt opposé à la majorité des politiques prônées par son parti.
Et c’est pourquoi je m’en veux d’avoir voté à nouveau pour lui. Car si j’avais vraiment osé voter mes convictions, j’aurais voté… Libéral.
Depuis l’an dernier, Stéphane Dion a proposé exactement les politiques économiques et environnementales dont je rêvais dans ma petite tête d’informaticien amateur de tout ce qui ce trame dans dans l’académie idéo-politique et ses think-tanks. Pour tout vous dire, le “virage vert” des libéraux me fait carrément bander. Dion a proposé la solution conservatrice aux changement climatiques. C’est exactement le genre de solution que je prônais (même si je ne l’ai jamais écrit ici) autant pour la crise énegétique/des changements climatique que pour passer à une économie du 21e siècle et dont je désespérais de l’impossibilité politique d’implanter. (Désespoir, hélas, confirmé par la campagne de Dion)
Mais je n’ai pas eu le courage de voter pour le parti qui proposait (enfin) des politiques alignées parfaitement avec mes convictions et ce, pour des raisons strictement identitaires… pour la même raison que je souhaite voir le NPD remplacer les libéraux (pourtant plus proche de mes valeurs) comme opposition progressiste. J’ai été immature et irresponsable. J’aurais pu voter pour le seul parti ayant une chance de faire bouger ma société dans le sens qu’exigent les défis de l’avenir, mais comme tous les autres québécois progressistes à qui je reproche de voter Bloc plutôt que pour un parti national pouvant gouverner, j’ai refusé d’être un adulte et de mettre de côté ma dent identitaire québécoise contre les libéraux fédéraux.
Et après la victoire probable de mon candidat ce soir. Je pourrai m’inclure parmi les québécois progressistes que je blâme pour la victoire d’un parti dont j’ai maintenant la conviction qu’il est nocif pour ma société.
…
Bon. Je me tape la couverture un peu et je vous reviens.
Signé Alain B.