
Lutopium observe l’extraordinaire montée du progressisme prudent d’Obama dans la grosse nation d’à côté qu’on croyait si conservatrice et réfléchit au contraste que ça donne avec la “montée de la droite” dans notre petite nation à nous qu’on croyait si progressiste:
Après une soirée historique à contempler les paradoxes de la société américaine, je me suis rappelé mon pays. Celui qui semble être attiré de plus en plus par les politiques « de droite », celui qui sera appelé à donner un autre mandat aux conservateurs ou les foutre à la porte, celui qui semble avoir de la difficulté à comprendre ce qui est arrivé à Montréal-Nord, celui qui porte attention aux discours de Mario Dumont….
Des parents signent une pétition contre le nouveau cours sur « l’éthique et les les religions », favorisent l’école privée et demandent aux écoles d’instaurer la discipline au sein de leur famille. Afin de protéger ses acquis, Mario Dumont parle aux électeurs du 450, et à ceux du 418… La réponse aux problèmes de Montréal-Nord, l’école privée avec ses uniformes, ses équipes de football et ses génies en herbe? Les conseillers de Mario Dumont doivent bien savoir que Montréal-Nord n’est pas Rivière-du-Loup…
Serions-nous tout à coup plus conservateurs que les américains?
Je reproduis ici (avec hyperliens en bonus) le commentaire que sa question m’a inspiré:
En tant qu’observateur assidu du conservatisme américain, je ne crois pas que nous soyons “tout à coup plus conservateurs que les américains”… je dirais même que malgré Obama, les américains demeurent (et demeureront) nettement plus conservateurs que nous.
Mais ce qui me semble certain, c’est que nous sommes (et avons toujours été) beaucoup plus conservateurs que l’image que nous aimions nous donner de nous même depuis les années soixante. La “question nationale” a fait en sorte que nous avons confondu projet de société social-démocrate et identité nationale dans notre discours politique. C’est d’ailleurs sur cette ambiguité/confusion qu’est fondé le PQ: Une alliance entre un rêve social-démocrate progressiste et un courant d’affirmation nationale/identitaire plus traditionaliste.
Notre “conservatisme” inhérent a dédié ses énergies et s’est submergé dans la question de l’affirmation nationale pendant 40 ans, autant du coté fédéraliste que souverainiste. Cette division entre conservateurs s’attachant à une identité canadienne/canadienne-française et conservateurs attaché à une identité proprement québécoise voulant s’exprimer dans un pays a empêché qu’on aie ce débat entre progressisme et conservatisme… entre social-démocratie et libéralisme économique que toutes les autres sociétés analogues ou voisines tiennent depuis longtemps. (Incluant, bon an, mal an, le Canada-anglais.) …ou du moins de l’avoir en dehors du prisme du choix entre fédéralisme et souveraineté.
Il y a plusieurs facteurs (incluant, qu’on le veuillent ou non, le flair de Mario) qui expliquent la récente “montée de la droite” chez nous. Mais selon moi, un des facteurs principaux tire ses origines dans la “gaffe” de Parizeau au soir du référendum et, comme le dirait Bock-Coté, à la subséquente “dénationalisation tranquille” du projet souverainiste pour en faire un projet exclusivement progressiste dénudé de sa dimension identitaire. Cette évacuation graduelle, mais constante depuis 1995, de la dimension identitaire par les souverainistes progressistes (largement majoritaire au sein du mouvement), culminant avec l’élection de Boisclair, a finalement poussé les conservateurs traditionalistes à quitter pour aller s’allier à ce qui restait de leurs confrères traditionalistes fédéralistes et enfin (re)former un mouvement conservateur politique qui se tienne sous la tutelle de Dumont.
Aujourd’hui, le PQ, s’étant apperçu de son erreur, tente désespérement de regagner du terrain sur le plan du discours identitaire (le “retour” du nous) pendant que Dumont fait le funambule sur sa formule autonomiste pour tenir sa coalition conservatrice en place.
Heureusement (ou malheureusement, selon le point de vue), ce que Dumont n’a pas (encore?) réussi à faire, c’est attirer la droite libérale et/ou modérée dans sa coalition. Si cela se produit un jour (ce qui semble beaucoup moins possible aujourd’hui qu’il y a un an), attention chers amis progressistes car ce jour là un véritable “vent de droite” soufflera sur le Québec. Je postule que dans des circontances optimales (dont j’admet ne pas connaître la forme) une majorité politique dite “de droite” est possible, même chez nous.
Ce que j’essaie de dire, c’est que tous ces courants existent et ont toujours existé au Québec. Ils ont simplement été brouillés dans le débat souverainiste-fédéraliste depuis trop longtemps. Et avec l’éclatement de la coalition souverainiste, ils ressortent tels de vielles névroses… Il ne faut donc pas s’étonner de l’hystérie initiale de certains de ces courants après tant d’années de refoulement.
Je crois que tout cela est sain.
Je crois surtout que si le mouvement souverainiste veut survivre (et s’il veut un jour réunir une large majorité en son sein) il doit trouver moyen de transcender tous ces courants (incluant le “projet de société” si cher aux progressistes). Il doit trouver moyen de se redéfinir sur une base identitaire/culturelle qui puisse “infecter” la vaste majorité de ces courants idéologiques.
La première étape est qu’il doit devenir assez mature pour admettre d’avance que tous ces courants se retrouveront aussi (et de façon encore plus démarquée) au sein d’un Québec souverain… et tenir compte de cela dans “l’idéal identitaire” qu’il propose.
…
L’ère des TI a aussi changé la nature des coalitions politiques… chez nos voisins du sud, elle a permit la resurgence d’un mouvement progressiste et l’eclatement de la coalition républicaine… ici, elle a permit l’expression plus marquée des vrais courants idéologiques de notre société et l’eclatement de la dualité souverainiste-fédéraliste.
Vive Internet.
Un bon blogueur sait exprimer ses idées de façon concise et percutante. Moi, je laisse des commentaires plus long que les billets qui me les inspirent. [Soupir.] Décidément, je ne ferai jamais un bon blogueur.
[Photo: L’abbé Gadbois, face au public, fait chanter les milliers de spectateurs assemblés au Forum de Montréal en 1942. Source: La Bonne Chanson]











