2008/08/15

Réponse à un elfe caché dans sa forêt

Il y a quelques jours, j’ai perdu les pédales en lisant ce billet et je ne me suis pas gêné pour l’exprimer. (pas très original, je le sais… mais j’étais vraiment en colère et c’est excessivement rare que j’emploie un tel langage) Hier, l’auteur du billet en question a pris la peine de me répondre dans un commentaire que je reproduis ici:

Salut Alain
Bon on va commencer par:
1. As-tu déjà vécu dans Montréal-Nord ? Ou as-tu déjà visiter ce coin ? J’y ai vécu pendant 4 ans, 4 ans ou j’ai vu des choses assez spéciales. J’habitais sur Maurice-Duplessis, entre Jubinville et Lapierre(milieu du quadilatère des émeutes - juste au nord de la rue Pascal, considérer comme étant le ghetto).
J’ai entendu le coup de feu qui a démoli la vitre arrière de la voiture de police ce printemps(C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai décider de quitter cet été).
J’ai vu du monde se mettre en gang autour d’un pauvre type et le taxer en plein jour, au yeux de tous.
J’ai entendu du monde du monde se dire “fier d’ete su l’bs”. Et tu viens me traiter de xénophobe ? En passant, quand je parle de racaille, ça implique toute les races: québecois, haitien, arabe et latino. Comme dans chaque race, il y a du bon et du mauvais monde. La racaille ne concerne que les mauvaises personnes.

2. Oui c’est vrai que je rêve de voir l’armée rentrer dans le tas, mais pas n’importe qui, grosse nuance ici. Je parle de ceux qui sont reconnu comme étant membre de gang de rues. À ce que je sache, le monde applaudissait l’escouade Carcajou du temps de la guerre des motards; peut-être que le monde applaudirait l’armée dans ce cas-ci.

Je l’avoue candidement: je voudrais que mon gouvernement, qu’il soit provincial ou fédéral, aies les couilles assez grosses pour se calisser de l’opinion publique et nettoie un des plus beau quartier de Montréal, malgré ses bougons. Que ce nettoyage montre aux jeunes que le crime ne mène qu’à la prison et que si tu veux avoir de l’argent et être célèbre, tu dois aller à l’école et bucher fort pour y arriver.

Si tu veux encore me rentrer dedans, vas-y fort, mais au moins, vas-y pour les bonnes raisons maintenant…

Ma réponse:

Ivellios,

Non, je n’ai jamais habité dans Montréal-Nord comme tel (oui, je l’ai visité), mais outre quelques années de cégep passées dans le joli coin où tu habites maintenant, j’ai vécu presque toute ma vie dans divers coins de l’île de Montréal. J’y ai passé la majeure partie de mon enfance, toute mon adolescence, et presque toute ma vie adulte. J’ai connu le “repère majoritairement bougon” du Plateau dans les années 80, avant qu’il devienne la mècque de la bourgeoisie branchée qu’il est aujourd’hui, j’ai connu le labyrinthe ethno-culturel de Côte-Des-Neiges / Notre-Dame-De-Grâce, ses codes et ses tabous, et j’y ai découvert l’extraordinaire traitement préférentiel (souvent inconscient) que ma propre société m’offrait du simple fait de mes origines canadiennes-française. J’ai surtout connu ce “repère majoritairement bougon” qu’était (qu’est toujours?) Hochelaga-Maisonneuve dans les années 90 où j’ai été témoin d’à peu près toutes les mêmes horreurs que tu décrit (et pire), à l’exception qu’il s’agissait tous de gens de ma supposé propre culture nationale. (Et laisse moi te dire que la culture québécoise n’a absolument rien à apprendre au haïtiens pour ce qui est de se complaire “dans la violence quotidienne, dans la pauvreté, dans l’ignorance, dans la facilité…”) On me retrouve ensuite à Rosemont, à l’extrémité sud de la 7e Avenue, avec vue… sur le repère des Hells!

J’ai côtoyé les seringues dans les parcs du Plateau de mon enfance, les crack-house (et les fusillades) du sud d’NDG dans mon adolescence, et les ruelles à piquerie de… au nord du cartier gai (le nom exact du cartier où j’habitais m’échappe) à l’age adulte. Je sais ce que c’est que de grandir dans la misère et de côtoyer tant de richesse autour de soi et je sais ce que c’est que d’incarner cette richesse et de côtoyer tant de misère. Je suis un montréalais bord-en-bord et ce ne sont pas tes quatre années passées dans un Montréal-Nord en crise et ta fuite vers la sécurité d’une banlieue homogène qui m’impressionnent.

Tu dis:

En passant, quand je parle de racaille, ça implique toute les races: québecois, haitien, arabe et latino. Comme dans chaque race, il y a du bon et du mauvais monde. La racaille ne concerne que les mauvaises personnes.

Ah? Bon. C’est bien de le préciser. C’est une attitude que je respecte (et que je partage) et je te prend au mot. Mais ç’aurait été mieux de le mentionner un peu plus que “en passant”… comme dans le billet lui-même, peut-être? J’aurais, à tout le moins, explosé “pour les bonnes raisons”, comme tu dis.

Sauf qu’il n’y avait rien dans ton billet qui suggèrait une telle distinction, il y a plutôt cette association à peine voilée au sujet de “la racaille de Montréal-Noire, ce repère majoritairement bougon qui se complaît… [etc]“. Ce que tu insinues assez clairement, c’est qu’il y a peu d’honnête gens parmi les noirs. Tu poursuis ensuite en isolant plus spécifiquement la communauté haïtienne dont tu parle à grands traits comme d’une culture malpropre et violente. Tu associe la communauté haïtienne entière au problème de criminalité du cartier pour ensuite souhaiter donner carte blanche à l’armée pour “régler le problème”…

Phoque! L’armée! L’instrument de répression le plus brutal à la disposition de notre société. Je suis loin d’être contre l’armée, bien au contraire, mais ces gars là sont pas entraînés pour comprendre un environnement criminel et distinguer les “bons” (les honnêtes gens) et les “moins pire” (les honnêtes gens pris dans un engrenage infernal) des “méchants” (les vrais criminels qu’il faut enfermer)… Ils sont fait pour intimider une population entière à la soumission par une démonstration de force maximale… ou pour faire la guerre!

Pour ce qui est de Carcajou, il s’agissait d’une opération concertée, ciblée et chirurgicale sur une couche du crime organisé, l’art policier (et non militaire) à son meilleur. Je serais le premier à applaudir une telle initiative qui vise à enlever les vrais criminels violents de la rue… mais étant donné la prévalence d’attitudes comme la tienne qui sont incapables de faire les mêmes distinctions qu’ils feraient dans un milieu purement “de souche”, on a un sérieux travail à faire pour me convaincre que ça se fera dans un respect des “honnêtes citoyens” de la communauté.

C’est peut-être l’idée qui sous-tend ton billet lorsque tu parle de “carte-blanche” mais ce n’est vraiment pas l’idée suggérée en mentionnant l’armée.

Alors bravo pour ton regard universel sur la racaille… il est bien noble dans ton esprit, et je veux bien croire qu’il est sincère, mais ton billet est une attaque sans nuances sur toute une communauté et “ses” criminels que tu dissocie clairement de “ta” culture et de “ta” société. Et ça, c’est le cas type d’un réflexe xénophobe primaire. Désolé, ce n’était peut-être pas ton intention, dans ce cas il faudrait peut-être faire certaines nuances comme celle que tu es venu faire ici, mais sur ton propre blogue, car je ne serai pas le seul à l’interpréter ainsi. Mais si, comme ton billet le suggère, c’était ton intention de “blanchir” (jeu de mot non-intentionnel) l’implication de ta propre culture dans le problème persistant de Montréal-Nord en en jetant toute la responsabilité sur la communauté haïtienne (Note bien que je n’ai pas dit ici que cette communauté n’avait aucune responsabilité), alors dis le franchement et assume l’étiquette de xénophobe qui vient avec une telle analyse.

Je me demande si tu dirais les même trucs sujet des québécois en général que tu semble prêt à dire au sujet des haïtiens si tu avais vécu (et vu ce que j’ai vu) à Hochelaga…

Je me permet d’en douter.


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2 commentaires sur “Réponse à un elfe caché dans sa forêt”


  1. Renart L'éveillé dit:

    Je laisse un petit commentaire pour simplement m’abonner à la discussion, au cas où…


  2. Alain B. dit:

    Hmmm… on ne dirait pas que ça va se produire.

    Oh well.

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