2008/08/09

Ma première muse « de droite »

Cette portion de ma bibliothèque est dédiée surtout à des ouvrages que j’ai lus (ou relus) ces dernières années et qui m’ont influencés ou que je considère importants (il en manque plusieurs que j’ai prêtés ou qui sont hors-champ). Elle en contient un de quelqu’un qui a ouvert la porte au jeune progressiste grano que mon environnement familial et social m’imposait de devenir et lui a ouvert l’esprit à une autre façon de voir le monde. Cette personne est la première responsable de ce que j’appelle aujourd’hui mes sensibilités libertariennes (de droite). Pouvez-vous deviner de qui je parle?

Si vous avez nommé Ayn Rand, eh bien… vous vous trompez. (Hi hi hi! J’ai un peu fait exprès avec le titre et en poussant sur le féminin dans le paragraphe précédent.) Mais c’est quand-même d’elle dont je veux vous parler pour l’instant.

Atlas Shrugged est le “roman” d’Ayn Rand qui forme supposément le traité central de la pensée objectiviste dont se targuent tant de libertariens puristes (J’ai lu ce livre et ça a changé ma vie, entend-on si souvent). Je l’ai donc acheté il y a quelques années alors que je cherchais à explorer de façon plus pointue les différents courants idéologiques qui animent la droite américaine…

Confession: Je ne l’ai pas encore terminé, je n’en suis qu’aux deux tiers… et ce, depuis plus de trois ans.

Mais malgré cela, je peux, en toute confiance, vous affirmer ce qui suit le plus sincèrement du monde: Ayn Rand sucks.

Je pourrais me lancer dans une longue tirade, vous dire à quel point l’univers qu’elle construit est peu plausible et que l’argument philosophique pèse si lourd dans la structure narrative et est si cousu de fil blanc que cela rend le roman d’un ennui insupportable. Et que juste au niveau de la putain de langue anglaise… Grrr! Bon, je m’arrête car je commence déjà à m’emporter. Je cède plutôt la parole au policier de la série animée South Park dont les auteurs, pourtant eux aussi renommés pour leurs “sensibilités libertariennes”, ont du avoir une expérience semblable à la mienne.

D’abord, une petite mise en situation de l’extrait: Quelqu’un viole en série les poulets des environs et… oui, c’est ça, j’ai bien dis les poulets. …et laisse des indices dont la clé ne se trouve qu’en lisant des livres. L’agent Barbrady doit alors avouer qu’il est analphabète et demande l’aide des quatre ti-culs qui l’assistent dans son enquête et lui enseignent à lire. Rocamboles et boule de gomme, le policier apprend à lire et attrape le coupable. La ville lui lance un défilé et lui demande de prononcer un discours:

Mes amis, si vous êtes curieux au sujet de l’objectivisme, il y a des tonnes de ressources sur Internet qui vous en expliqueront les fondements sans être obligé de vous taper ce qui doit être le roman le plus pénible à lire de toute l’histoire de la langue anglaise. Croyez-moi, j’ai lu une traduction victorienne de Dostoïevsky qui était moins pénible!

Ayn Rand

Quant à la “philosophie” objectiviste comme telle, elle touche à des vérités fondamentales sur la plan de la liberté individuelle et fournit des outils d’analyse utiles et encore très répandus dans la “droite économique”, mais comme philosophie globale… on repassera. Quelques bonnes intuitions, certes, mais de là à en faire un système de pensée complet et fermé… Pfff…

Si vous êtes un de ces illuminés qui s’est convaincu qu’il ou elle est l’archétype de l’Übermensch nietzschéen, l’objectivisme est pour vous, c’est votre utopie. Mais pour le reste de l’humanité, elle n’évoque à mes yeux que misère et malheur… et son application dans l’absolu m’apparaît comme le meilleur moyen de se garantir une révolution bolchévique.

Mais Alain, me demandez-vous, si ce n’est pas Ayn Rand, qui est donc cet auteur que tu tiens si responsable de tes étranges délires de droite? Eh bien, il s’agit en fait de l’auteur de science-fiction américain Robert A. Heinlein (1907-1988) dont j’ai dévoré l’oeuvre presque toute entière entre l’âge de 14 et 18 ans. (Ce qui nous replace dans les années 80)… Je vous en reparlerai, un de ces quatre. Tout ceci n’était vraiment qu’un prétexte pour livrer une attaque parfaitement gratuite sur l’objectivisme randien motivé par mon insécurité et désir de m’assurer que les fortes sympathies libertariennes exprimées dans ce blogue ne soient pas associées à cette niche extrême du mouvement qui m’inspire un dégoût plus viscéral (je l’avoue) qu’objectif.

[Oui, mais tu ne t'aide pas, en t'associant à un personnage comme Heinlein sans t'expliquer... Il y en a qui feront leurs propres recherches et ils t'associeront à une frange encore plus étrange et marginale. Heinlein était... pour le moins dire... excentrique, tu le sais bien.] …me dit la petite voix dans ma tête. Oui, mais Heinlein n’a jamais eu la prétention d’être autre chose qu’un vulgaire auteur de fiction populaire et se défendait bien d’être un penseur, un philosophe ou un exemple. Et j’ai seulement dis qu’il m’avait influencé, pas que j’adhérais à la frange capotée qu’on lui associe parfois au sein du mouvement libertarien…

Comme j’ai dis, je vous en reparlerai.

En attendant, j’ai trouvé une mention (plus ou moins) respectable de son influence dans cette excellente “chronologie de la pensée libertarienne” produite par la publication de gauche Mother Jones:

1966: Sci-fi writer Robert A. Heinlein releases The Moon Is a Harsh Mistress, a libertarian retelling of the American Revolution set on the big cheese. The narrator, a polyandrous computer programmer who rebels against a meddling and incompetent Lunar Authority, appeals to the experimental, fiercely independent mentality of Silicon Valley’s emerging generation of techno-libertarian hippies.

Hmm… techno-libertarian hippie?… j’peux vivre avec ça.

PS: Félicitations à tous ceux qui ont bien deviné dès le départ, vous m’impressionnez. Mais j’avoue que j’ai de la peine à vous croire… j’exige des preuves de votre raisonnement! ;)


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6 commentaires sur “Ma première muse « de droite »”


  1. Moi dit:

    Ahah!trop fort!celle-là on ne me l’avait jamais faite! juger un livre sans même l’avoir lu! Félicitations!


  2. Aigo dit:

    hum! le gugus qui a écrit le commentaire qui me précède est un bel archétype des railleurs médiocres qui polluent la sphère libertarienne. Il ne sait même pas lire correctement. Anyways…

    Alors, deux remarques:

    1. Moi, j’avais deviné, non avec certitude mais avec un niveau raisonnable, que tu parlais d’Heinlein. D’abord, Ayn Rand m’est à peu près inconnue. J’ai déjà lu son nom, mais je ne suis pas assez familier avec les références libertariennes pour qu’il me saute aux yeux. En revanche, Heinlein est un auteur dont je connais assez les sympathies de droites, c’est même l’une des raisons qui m’ont poussé à lire l’un de ses livres. Et son nom apparaît quand même assez gros sur la photo. Ah, oui, et ailleurs tu parles de science-fiction. Gros indice.

    Que je n’ai pas fini. Je parle de Starship Troopers. Après plusieurs chapitres, je commençais à m’ennuyer ferme. Faire passer une idéologie par la fiction, je veux bien, mais là l’histoire en souffrait. La période d’entraînement de Rico donne lieu à de looooooooooongues digressions pseudo-philosophiques de valeur moyenne. Assez pénible. J’ai pour projet de finir le livre peut-être cet été. Mais après ce premier constat, je m’étonne que tu dises qu’il “n’a jamais eu la prétention d’être autre chose qu’un vulgaire auteur de fiction populaire et se défendait bien d’être un penseur, un philosophe ou un exemple.” Alors qu’il me donnait justement l’impression d’être l’un de ces nombreux auteurs qui, par paresse ou volonté de toucher un plus large public, sacrifient l’intrigue au détriment d’idées, transformant leurs (faux romans) en mauvais essais.
    Quand je m’y remettrai, je sauterai peut-être quelques pages pour arriver plus vite aux premières araignées.

    2. Le premier livre qui m’est sauté aux yeux est toutefois “The Game” de Neil Strauss. Je m’en doutais un peu, avec les quelques mentions que tu as fait de tes rapports aux femmes, ta manière de te définir comme amant. J’en profite pour poser un question peut-être indiscrète: es-tu un participant actif de la “Communauté” ou un simple observateur intéressé?


  3. Alain B. dit:

    Je salue ton sens de la déduction Aigo, mais c’est vrai que je vend la mèche dans l’hyperlien qui t’as mené ici… c’était un gros indice ;)

    Hmmm, Starship Troopers est un de ceux que je n’ai pas lu. Il l’a écrit comme “roman jeunesse”, je crois, et c’en est un qui s’inscrit en dehors du “canon principal”, si je puis m’exprimer ainsi. [Pfff...]

    Si on ne lit qu’un Heinlein ça devrait être Stranger in a Strange Land, celui qui est dans la photo. (en plus qu’une partie de la réponse à ta seconde remarque s’y trouve)

    Par contre, je prend bien pas ta critique sur les “looooooooooongues digressions pseudo-philosophiques de valeur moyenne” (et en plus, à en juger du film, Starship Troopers est beaucoup plus “action-packed” que le Heinlein typique)

    Heinlein disait faire de la “fiction spéculative”, en ce sens qu’il essayait, en combinant ce qu’il glanait du progrès technique et scientifique à une idée bien …personnelle qu’il avait de la nature humaine, de s’imaginer des avenirs possibles plus ou moins lointains dans lesquels situer des histoires divertissantes. C’est un exercice qui comporte un aspect nécessairement “pseudo-philosophique”… mais ce n’était rien d’autre pour lui (prétendait-il) qu’un exercice intellectuel intéressant et n’avait pas plus de valeur que le prix d’un simple divertissement pour le lecteur. C’est vrai qu’on peut y dégager une certaine pensée et à force de relier différents “univers” et personnages récurent, certains thèmes, mais il aurait été le premier à admettre qu’il pouvait se contredire d’un moment à l’autre car son but était simplement de se divertir avec le lecteur pas de lui faire la leçon. (Contrairement à Ayn Rand, qui aurait mieux fait d’écrire des traités que des romans)

    Tout ça pour dire que je reconnais que l’intérêt d’un Heinlein se trouve davantage au niveau du questionnement philosophique que de l’intrigue, c’est juste qu’il n’avait pas la prétention d’offrir des réponses.

    Et pour moi il ne représente que le début d’une réflexion.

    Ceci dit, il avait selon moi une compréhension singulière du caractère américain… dans la “future history” qui se dégage de ses premières nouvelles, il a, d’une certaine façon, prédit les excès sociaux des années 60 et 70 (alors qu’il écrivait dans les années 30 et 40!), l’hyper-sexualisation de la société que nous vivons présentement (alors qu’il écrivait dans les années 50!) et le plus inquiétant pour moi en regardant ces dernières années, c’est qu’il a aussi prédit un siècle où les États-Unis sombrerait dans un régime théocratique hyper-religieux isolé du reste du monde. Et je n’arrive pas à replacer l’écrit exact, (probablement quelque part dans le ramassis posthume Rumbles From The Grave) mais je ne peut m’enlever l’idée qu’il a prédit que le premier président noir serait quelqu’un comme Obama.

    C’est aussi à travers lui que j’ai pu comprendre le point de vue d’un Ronald Reagan dans les années 80 et réaliser qu’il n’était pas exactement le diable que mes parents et mon environnement me présentait.

    Pour la seconde question, je ne cache pas ma passion pour les dynamiques sexuelles (autant sur le plan “intellectuel” que… “pratique” — et en relisant Stranger in a Strange Land, je réalise que Heinlein y joue un rôle plus important que je ne me souvenait) C’est dans ce contexte que le livre de Strauss s’inscrit parmi mes “oeuvres influentes”. Mais je suis loin d’être un “participant actif” dans cette communauté… d’ailleurs, je ne crois pas avoir déjà “séduit” une femme qui n’a pas fait le premier pas vers moi. C’est “après” qu’elles ne veulent plus me laisser partir [Pfff... 'garde le donc qui s'vente] …donc la réponse est “observateur”

    …le mot clé étant “intéressé”


  4. Citation pour l’occasion - Le Petit Émerillon dit:

    [...] “La planète Terre est un panier beaucoup trop petit et fragile pour que l’humanité y place tous ses oeufs.” –Robert A. Heinlein [...]


  5. Dans la catégorie « huh? » | Le cul entre deux chaises dit:

    [...] Bonus. pondu par → Alain B. [...]


  6. Blasphème | Le cul entre deux chaises dit:

    [...] provoquée par les épisodes récents de South Park. Certains sauront que je suis un fan fini de la série… j’ai donc suivi l’histoire de près depuis le début et sachez que [...]

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