2008/08/14

La Russie n’est pas l’Union Soviétique

Cold War - xbox

Depuis le début du conflit russo-géorgien, plusieurs, à droite, en appellent à un militantisme au nom de la liberté qui nous replongearait dans une nouvelle guerre froide avec les russes. Le manque d’imagination (et de simple reconnaissance de la réalité) dont ils font preuve en ne faisant que ressortir le script poussiéreux des années 80 est d’ailleurs désolant. Et pour quelqu’un qui a grandi dans la terreur d’un holocauste nucléaire et qui a ultimement pris le parti de Reagan à l’époque, c’est même un peu offensant… Leur retour vulgaire à ce qui était alors une idéologie fondée sur une analyse profondément réaliste et perspicace des enjeux stratégiques existentiels du 20e siecle pour mythifier le conflit présent démontre l’épuisement de cette mouvance politique et surtout une absence de réelle réflexion globale quant aux réalités et enjeux stratégiques auxquels fait face la pax americana occidentale au 21e siècle. Et cette absence trahit plutôt, selon moi, un réflexe guerrier irréfléchi et aveugle ainsi qu’un grand besoin presque mystique de mythes grandiose pour définir son existence.

Dans les années 80, lorsque j’adhérait à l’idéologie cité plus haut, c’était surtout à gauche qu’on entendait un discours idéologique utopiste et complètement déconnecté de la réalité. Les réalistes étaient tous à droite et ce sont eux qui, ultimement, ont menés la guerre froide à terme. Aujourd’hui, c’est surtout à droite que j’ai l’impression d’entendre de vieux discours épuisés et rendus caduc par la réalité.

Où sont passés les réalistes?

Tout ceci n’était qu’un vague sentiment d’inconfort et de dégout que je n’arrivais pas à mettre en mot jusqu’à ce que je lise ce billet charnière d’Andrew Sullivan intitulé After The Cold War, où il répond aux nombreuses critiques à son égard quant à la timidité de sa réaction au conflit géorgien et à son refus d’embarquer dans le défilé “pro-liberté”. Sullivan est un conservateur qui prêchait pour la droite dans les années 80 et 90 et qui a appuyé Bush en 2000. Dans la période qui a mené à l’invasion d’Iraq, Il fut une des voix, sinon la voix la plus féroce de la toute jeune blogosphère à prêcher en faveur de cette guerre. Il fut aussi un des premiers à déchanter après l’invasion, et son mea culpa fut profond et complet. Allant jusqu’à publier, en 2006, un livre dénonçant l’administration Bush et le parti républicain comme ayant trahi les principes d’un conservatisme sérieux, prenant ses racine dans une longue réflexion historique, à la faveur d’un dangereux fondamentalisme manichéen n’ayant de conservateur que le nom alors qu’il est, en fait, l’antithèse du conservatisme.

Le billet qu’il publie aujourd’hui continue à illustrer la dérive idéologique de la droite contemporaine vers un néo-impérialisme ruineux.

Pendant que les vrais conservateurs se retirent, réfléchissent, et font appel à deux principes fondamentaux de la pensée conservatrice (qui est, au fond, davantage une approche à l’exercice du pouvoir qu’une “idéologie” utopiste)…

Le scepticisme et la prudence.

Ajout: Une autre bonne critique conservatrice de McCain et de la droite hystérique chez le “conservateur post-moderne”.

Re-ajout: Le journaliste “vedette” de centre-gauche, Joe Klein, lance un joli coup de chapeau à Sullivan en titrant sa réaction positive au billet d’Andrew: Enter Edmund Burke.

Re-re-ajout: L’analyse de Sullivan trouve echo à gauche.

Question: Le conservatisme responsable commencerait-il à converger avec la gauche modérée?


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