2008/08/06

Cinénomètres? Pfff… Bagatelles!

RFID Tag

[Ce billet se voulait un commentaire au billet de Renart L'éveillé qui critique la position de Martin Masse qui vilipende une prise de position de Pat Lagacé... fiou. Pour ceux qui n'iront pas lire les liens, le sujet est l'imposition de cinénomètres sur nos routes. Ça commençait à faire un peu trop long pour un simple commentaire, alors je le commet ici.]

On peut difficilement (j’espère) mettre en doute mes fortes sympathies libertariennes “éconocentrophile”, pour utiliser une expression de Renart … mais ici, je déroge et penche plutôt du coté de “Big Brother”. Je ne vois d’ailleurs pas vraiment ce qu’il y a de si “répressif” ou “coercitif” à l’idée de se servir de cinénomètres pour augmenter l’efficacité de notre système de circulation des biens et des personnes. (En réduisant davantage les “pertes”, si je puis m’exprimer ainsi.) La critique de Masse (avec laquelle je suis plutôt d’accord) porte surtout sur le réflexe autoritaire auquel fait appel Lagacé dans son désir d’imposer une telle solution… Mais qui a dit qu’il fallait “l’imposer”?… Il s’agit, selon moi d’une idée qui est politiquement vendable.

De plus, il n’y a pas qu’une question de sécurité routière dans tout ça, il y en a aussi une de productivité économique.

En fait, un système de cinénomètres est nettement insuffisant. Pour ma part, j’irais encore plus loin.

C’est une idée qui m’est venue non pas d’une préoccupation pour la sécurité routière, mais plutôt du fait qu’il y a peu de chose au monde que je déteste plus que d’être obligé d’attendre à un feu rouge lorsqu’il n’y a clairement pas un chat autour et de mon désir technophile de voir des feux de circulation assez “intelligent” pour me laisser passer dans un tel cas. Ma petite tête d’informaticien s’est mise à imaginer ce qu’il serait possible d’accomplir avec la technologie existante et soudainement, ça m’a frappé…

RFID Chips.

Ou, en français, selon l’OLF, des puces d’identification par radiofréquence.

La même technologie qui permet à Wal-Mart (ce modèle que les éconocentrophiles adorent citer en exemple) de suivre, en temps réel, chaque parcelle individuelle, tout le long de la chaîne de distribution, de façon à pouvoir les détourner et les diriger selon la demande spécifique dans chaque magasin (Le système de gestion et de flot d’inventaire le plus efficace au monde) pourrait facilement, en combinaison avec les aides à la navigation du type “OnStar“, être appliquée au système de circulation des véhicules.

Grâce à cette technologie et une série d’algorithmes distribués il serait possible de mettre en place un système qui permet de savoir avec précision, en temps réel, la position, direction et vitesse d’absolument tous les véhicules du parc routier sans exception.

Imaginez maintenant que votre véhicule soit équipé d’un bidule qui a accès à cette information de façon à vous assister dans votre navigation et qui vous suggère le trajet le plus efficace pour vous rendre à destination, non seulement en fonction de la circulation, mais aussi de façon à promouvoir une circulation optimale pour tout le système. Le système pourrait aussi détecter un conducteur qui agit dangereusement et aviser instantanément tous les conducteurs des environs d’être sur leur gardes tout en fournissant la position relative du véhicule dangereux. Il détecterait les infractions graves et aviserait les intervenants appropriés du lieu et du danger potentiel… pour les infractions moins grave il produirait les contraventions nécessaires… etc…

Le système pourrait même vous suggérer les vitesse optimales à adopter tout au long de votre trajet en prenant compte d’informations qui ne sont tout simplement pas disponibles à un conducteur isolé dans sa voiture, mais aussi en fonction d’une consommation d’essence optimale.

Selon moi, les gains en efficacité, en productivité, sans compter les économie palpables (et ce, à tant de niveaux que ça étourdit) qu’un tel système pourrait permettre font lettre morte des considérations de droit à l’intimité que certains, autant à gauche (crainte d’un Big Brother corporatif) qu’à droite (crainte d’un Big Brother étatique) pourraient soulever

L’analogie orwellienne ne fonctionne que si l’on imagine une figure d’autorité centrale qui à accès à toute l’information en même temps et qui soit capable de la traiter. Mais surtout, pour que ça fonctionne, il faut qu’elle ait accès à cette information de façon exclusive.

Ce que l’ère des technologie de l’information nous révèle, c’est l’absurdité, voir l’impossibilité, d’une telle cette vision centralisée. Ce qui devient de plus en plus apparent, par contre, ce sont les bénéfices extraordinaires que l’on peut soutirer lorsqu’on se sert de ces technologies pour colliger le plus d’information possible des façons les plus diverses possibles et surtout, en la rendant accessible au plus grand nombre possible… Mais cela implique aussi que pour en augmenter les bénéfices, il est nécessaire d’abdiquer de plus en plus de terrain au niveau de ce que l’on considère la “sphère privée”… n’en déplaise à plusieurs, moi le premier!

Tout savoir sur tout le monde peut devenir une grande bénédiction… à condition que tout le monde puisse tout savoir.

I have seen Big Brother and He is Us.
(Quelqu’un a sûrement déja dit ça avant moi)


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5 commentaires sur “Cinénomètres? Pfff… Bagatelles!”


  1. Renart L'éveillé dit:

    Super billet, super théorie, qui ne m’effraye pas du tout, puisque je considère qu’en entrant dans une voiture on doit absolument perdre de notre liberté, simplement en suivant les règles de (bonne) conduite sur les routes que nous partageons collectivement. (Je ne sais pas, mais j’ose espérer que la partie de mon billet où je parle de la conduite automatisée future t’a influencé!)

    Sinon, je ne comprends pas comment tu peux être d’accord avec Martin Masse (même si c’est seulement « plutôt ») et en même temps proposer un système de la sorte, aussi peu individualiste, qui rendrait autant caduque la liberté (des chauffards) de se mouvoir sur le réseau routier.

    Je fais un peu de projection, mais la technologie permettrait plein d’amélioration de la sorte, même dans le système gouvernemental, ce qui pourrait réduire les coûts reliés à l’État, pour que ça fonctionne à merveille en même temps de faire taire les critiques de la lourdeur de l’État…


  2. Alain B. dit:

    Je précise. Je ne suis pas d’accord avec Martin Masse dans son oppositions aux cinénomètre… ou avec la part de son argumentation qui plaide en faveur de la liberté (d’être chauffard) sur les routes. Seulement, en lisant son billet, j’y vois surtoût une une critique de ce que Lagacé appelle du “courage politique”… et de notre réflexe (bien réel) à vouloir que tout soit dicté d’en haut. Là-dessus, je le rejoint.

    Masse aurait plus raison si la vaste majorité de la population s’opposait à de telles mesures… mais je soupçonne qu’il y a beaucoup plus d’appui qu’on ne le croit à l’idée de cinénomètres… et cela a bien peu à voir avec quelque Führerprinzip que ce soit. Pour le reste, ce qui est requis, c’est davantage le talent politique de vendre l’idée que le courage de l’imposer, comme le soutient Lagacé.

    Ce que je propose peut d’abord sembler contraire à la liberté et l’individualisme… mais je le vois comme la première étape d’un système qui permettrait éventuellement de libérer complètement le conducteur et d’en faire un passager… même solitaire… libre de choisir sa destination… Il me semble qu’en bout de ligne, ce serait plutôt un grand pas pour la liberté individuelle.

    Quand à l’application de la technologie au niveau gouvernemental, je te rejoint complètement… Mais mon contact avec la gouvernance municipale m’enseigne que le principal obstacle à ce type de changement de nos jours est… la sclérose syndicale.

    C’est une des raisons pour lesquelles j’appuie tant sur la pensée libertarienne dite “de droite”, malgré mes sympathies pour l’état et “l’action collective”.


  3. Philippe David dit:

    @ Alain B.

    J’appuie Martin Masse pour les mêmes raisons que toi. Pas tant que je sois contre les cinémomètres comme tel (ce n’est qu’un outil parmi tant d’autres, après tout), mais pour ce réflexe que nous avons de toujours se tourner vers la coercition étatique pour tout. C’est mon opinion que notre système devient de plus en plus infantilisant.

    Ceci dit, je crois que ton idée a du mérite dans la mesure où elle peut être utilisée pour guider la circulation et accessible par tous.

    Cet article pourrait t’intéresser également: http://www.wired.com/wired/archive/12.12/traffic.html


  4. Redge dit:

    Renart à vu juste, je crois. Les automobiles qui conduise de façon autonome sont l’avenir du transport individuel. Le MIT planche actuellement sur la chose.

    J’ai bien hâte de lire mon journal en relaxant durant mon trajet vers mon boulot!


  5. Alain B. dit:

    Philippe,

    Merci pour le lien. Très intéressant. Et désolé pour le délai, tes commentaires avaient été interceptés par mon filtre de spam. C’est la première fois que ça arrive, à ce que je sache.

    Redge,

    En effet, et l’idée proposée ici s’inscrit dans cette veine. Je ne connais pas les détails de ce qui se passe au MIT, mais je m’imagine que leur but est un véhicule auto-dirigé 100% autonome… qui pourrait circuler n’importe où. Un but louable, mais un défi technique qui pousse vraiment les frontières de nos capacités actuelles. J’espère qu’ils réflechissent aussi à un système distribué où “l’intelligence” serait partagée entre le véhicule et le “réseau”. Evidemment, on ne peut aller “hors-piste”, mais techniquement parlant, c’est beaucoup plus faisable… simplement avec un amalgame de technologies déjà bien dévellopées.

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