2008/05/19

Les patriotes ne sont pas morts pour la “nation québécoise”

Aujourd’hui, c’est la “fête des patriotes”. Une réponse enfantine de la “nation québécoise” qui boude le fait que le congé d’aujourd’hui provient en fait d’une tradition qui célèbre la naissance de la reine Victoria.

Queen Victoria

En instituant cette fête, la “nation québécoise”, cette construction née dans les années soixante d’un désir de renouveau et d’affranchissement si fort qu’elle exige une révision identitaire, cache mal son insécurité existentielle et démontre plutôt son immaturité. (Si on voulait vraiment donner aux patriotes la place qui leur revient dans notre paysage mythique, on ferait du 15 février une fête de recueillement national au même titre que le 24 juin en est une de célébration et de joie… et on laisserait cette journée-ci aux traditions britanniques)

Mais puisqu’il est question de nos braves patriotes aujourd’hui… et de leur appropriation par les tenants d’une idéologie historique qui se sent obligé de défigurer ses racines pour se donner la permission d’exister, je me permets une petite montée de lait qui me ronge le coeur depuis quelques années.

Chevalier de Lorimier

Le 14 février 1839, à la veille d’être pendu, le patriote François-Marie-Thomas Chevalier de Lorimier écrit son “testament politique”. Un des documents politiques les plus importants et éloquents de notre histoire… qui encore aujourd’hui fait vibrer tous les souverainistes et autres révolutionnaires de salon de notre petite nation.

Le texte intégral de la lettre est ici.

Faute d’être dûment enseigné dans nos écoles, ce texte est tout de même transmis dans la culture populaire à travers les oeuvres de certains poètes incendiaires de la nouvelle nation qui crient toujours si fort son nouveau nom qu’on croirait qu’ils veulent à tout prix nous faire oublier l’ancien… celui dont s’affublait les pères de leurs pères… et leurs pères avant eux qui se sont battus (ou non) aux côtés des compatriotes de Chevalier de Lorimier.

Je pense en particulier à La complainte des hivers rouges de Roland Lepage (1974) et, plus récemment, au film 15 février 1839 de l’inimitable Pierre Falardeau (2001). Ces deux oeuvres reprennent presque mot pour mot plusieurs passages de la fameuse lettre de Chevalier de Lorimier…

Je dis presque parce qu’on peut être certain que le passage suivant, tiré de la lettre, ne s’y retrouve pas et sera toujours gommé par ceux qui s’acharnent à faire de nos patriotes des “héros de la nation québécoise”…

Le sang et les larmes versés sur l’autel de la liberté arrosent aujourd’hui les racines de l’arbre qui fera flotter le drapeau marqué des deux étoiles des Canadas.

Pourtant, il me semble que c’est là un des passages les plus révélateur, sinon de ce qui motivait nos patriotes, du moins de la dichotomie qui semble exister entre ce qu’ils étaient vraiment et le mythe que nous avons créé autour d’eux pour supporter notre idée moderne d’une “nation québécoise” qui n’aurait eu aucun sens à leurs yeux.

Drapeau patriote (le tricolore canadien)Pensez-y… cet homme qui, à la veille de son exécution, sait qu’il écrit ce qui sera considéré comme le testament final de son mouvement… qui prend la peine de l’écrire par volonté qu’un tel testament soit remis à la postérité… Drapeau patrioteCet homme, lorsque vient le temps de mentionner la bannière sous laquelle il meurt, ne nous parle pas du tricolore canadien… ou d’une drôle de bannière avec un poisson et des feuilles d’érable… ou d’un castor… ou tout autre symbole appartenant alors à sa “race” française.

Non.

Drapeau patriote (les deux étoiles)Cet homme, qui tient à ce qu’on comprenne au nom de quel idéal il meurt nous dit qu’il meurt au nom d’un “drapeau marqué des deux étoiles des Canadas“. Symbole, oublié depuis, représentant deux états libres, mais unis, Betsy Ross Sews the First Amarican Flagl’un anglais (le haut-canada), l’autre français (le bas-canada), ayant déclarés leur indépendance de l’empire et frayant, main dans la main, le chemin du destin emprunté par les peuples libres. Le tout dans une logique symbolique les destinant éventuellement à s’unir à la grande expérience d’union démocratique naissante déjà entamée par 13 colonies voisines…

Pauvre Chevalier… il a pris tant de peine à faire comprendre qu’il mourrait pour avoir voulu libérer les siens du joug de Londres dans un contexte d’union “des deux étoiles des Canadas”…

Mon pauvre Chevalier… le destin rit de toi, mon pote. Si tu savais à quel point tes “héritiers” s’en foutent. Aujourd’hui, ils ont appris à avoir honte du nom de canadien que tu portais fièrement comme étant celui de ton peuple… ils ont appris à cracher sur les symboles qui ralliaient tes frères; le castor; la feuille d’érable; tout en croyant reprendre ton flambeau… les uns ignorants… les autres hypocrites… si tu savais à quel point ils s’en foutent de savoir ce qui t’animait vraiment…

Ils sont trop occupés à se redéfinir dans une identité fragile qui veut tant fuir la honte de ses origines qu’elle s’est déconnectée de ses racines et ne sait plus se nommer

Ils sont trop occupés à s’oublier pour pouvoir célébrer l’idéal pour lequel est mort un vrai patriote.

À la tienne, mon Chevalier.


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15 commentaires sur “Les patriotes ne sont pas morts pour la “nation québécoise””


  1. Renart L'éveillé dit:

    Quelque chose là-dedans me rend triste aussi, mais, vivre dans le passé et renier l’actualisation, même s’il se base sur du fautif, ne m’apparaît pas comme un combat important à mener.

    Pour le politique, l’Histoire n’est qu’utilitaire…


  2. M. Bergeron dit:

    Bonne fête quand même à tous mes cousins du Grand Nord, si vous célébrez l’anniversaire de la Reine Vic, les Patriotes ou Dollard des Ormeaux, ça m’est égal. L’important, c’est de célébrer, n’est-ce pas?

    P.S. Salut, Alain! Je n’ai pas laissé un commentaire chez vous depuis un temps, mais je vous lis toujours.

    A plus tard.
    Michael


  3. M. Bergeron dit:

    A propos de rien, je suis curieux de lire votre opinion du fameux rapport de MM. Bouchard-Taylor. Je remarque que ça remue la presse et les blogues de chez vous depuis quelques jours.

    Michael


  4. Philippe David dit:

    Excellent texte Alain. J’avoue que j’avais oublié beaucoup de détails de cette page de notre histoire. Merci de me raviver la mémoire.

    @M. Bergeron
    Parlant strictement pour moi, j’attend de pouvoir prendre connaissance du rapport avant de me prononcer dessus, mais les fuites ne présagent rien de bon.


  5. Arnolds S. dit:

    Il est souvent très instructif de retrouver la vérité des textes fondateurs.

    Dans ce cas-ci, on peut réaliser jusqu’à quel point nos “pseudo-modernes-péquistes-et-cie” ont dévoyé, détourné et récupéré à leur profit le sens premier du projet canadien.

    Excellent texte Alain.

    Mes hommages Michael…En passant, vous, franco-américains, n’êtes pas des cousins, vous êtes des frères! ;)


  6. M. Bergeron dit:

    @Philippe David
    C’est très sage d’attendre, mais (pardonnez l’anglais, je ne sais pas comment dire ceci en français) the cat is out of the bag. Ça promet d’être houleux si la conclusion de tout ce drame-là (que j’ai suivi de mon mieux d’ici, principalement via la SRC) est de pointer la doigt aux canayens (encore une fois). Tous les pays de l’Ouest ont leurs problèmes issus de l’immigration, le Canada (Anglais ou Français, n’importe, sauf que la réaction est bien différente) n’en est pas exclus.

    @Arnolds S.
    Merci beaucoup, mon frère ! Bonne fête à vous et aux vôtres, et félicitations à nous tous, francos, d’avoir su exister ces quatre cents ans! Que Dieu nous bénisse d’en avoir quatre cents de plus !


  7. Philippe David dit:

    @ M. Bergeron

    Je ne saurais dire si le chat est vraiment sorti du sac. Tout ce que nous avons sont les extraits publiés dans The Gazette avec le spin qu’ils y ont mis. C’est pourquoi il est préférable d’attendre avant de monter aux barricades.

    Ceci étant dit, si le rapport est aussi à-plat-ventristes que les rumeurs semblent dire, je l’attend «avec une brique et un fanal».


  8. Alain B. dit:

    Renart,

    Toute tentative d’actualisation qui se fonde sur l’auto-affranchissement et le déni du passé est vouée à l’échec. On ne peut s’affranchir de soi-même… pour grandir sainement, il faut s’assumer. Il n’est pas question ici de “renier” l’actualisation, seulement d’en questionner les fondements… Si elle est pour durer, il faut qu’elle se fasse sur une base solide, sinon, elle se perdra dans une fuite en avant.

    Un sens aigü de l’Histoire est une antidote au politique.

    Michael,

    Merci.. et heureux d’avoir de vos nouvelles! J’ai beaucoup pensé à vous depuis cette fameuse décision. Mes hommages à vous et votre conjoint.

    Pour ce qui est du rapport BouchTay, comme Philippe David, je préfère attendre le dépôt du vrai rapport jeudi avant de me prononcer… d’autant plus que j’ai l’intention de le lire et de ne pas parler à travers mon chapeau… mais croyez-moi, j’y viendrai.

    En attendant, je laisse les fuites et les rumeurs repartir le psychodrame… car il y aura psychodrame, on dirait.

    Hang on to your hats, it’s going to be a bumpy ride!

    Heureusement la course démocrate est ENFIN terminée (à toutes fins pratiques)… juste à temps pour me permettre de changer d’obsession. Hé hé.

    Arnold,

    Merci… C’en est un qui me travaillait l’esprit depuis la fondation de ce blogue.

    Philippe,

    Heureux de rendre service… Hé hé.

    La rapport fournira matière à faire dégainer les “briques” de plusieurs cartiers je crois… comme tout bon rapport qui tranche une question épineuse, personne n’y trouvera son compte… mais attendons de le voir avant de désespérer.


  9. steven dit:

    je dois dire que je ne suis pas fière d être québécois.de voir au québec que l on veut en faire un pays bilingue comme le fait jean charest.et l on ne défend même pas notre langue.se n est pas en restant assis que cela vas changer.mais en posant des geste concrait,pour que les fédéraliste et libéraux comprenne une fois pour toute.je fais partie d une cellule qui s appelle ­­ULQ union de libération du québécois.et il y en n as d autre.je peut n en dire plus long.sauf que les québécois ne connaisse même pas leur histoire.et dise que la séparation es passer date donner vote pays au canada anglais sa iras plus vite.ses triste de voir cela.bien a vous.mercie.


  10. Prix du commentaire le plus… - Le Petit Émerillon dit:

    [...] [auquel je suis entrain de morde, j'imagine... enfin. Ça me donne une excuse pour vous inviter à lire mon billet] mais [...]


  11. À propos de l’identité québécoise - Le Petit Émerillon dit:

    [...] que j’y suis allé un peu fort rhétoriquement ces derniers temps pour ce qui est de remettre en question “l’identité [...]


  12. Mon problème avec Falardeau - Le Petit Émerillon dit:

    [...] déjà parlé, sans le viser directement, de mon problème avec un certain mythe identitaire “québécois” dont il est parmi les principaux prêcheurs, mais mon problème avec l’homme comme tel se [...]


  13. Jessica dit:

    Je tiens à dire que quand le chevalier de Lorimier à écrit qu’il mourrait pour le Canada, il parlait du Québec, car je te signal que le Québec était autrefois appelé le Canada. Ce sont les Anglais, qui ont volé ce titre et l’ont pris pour se désigner.
    Alors c’est nous les vrais Canadiens…. et DeLorimier est mort pour le Canada…donc, dans son temps…pour le Québec.


  14. Patrick Bourgeois et les « ennemis » du Québec - Le Petit Émerillon dit:

    [...] Les patriotes ne sont pas morts pour la “nation québécoise” [...]


  15. Julien dit:

    Bonjour,

    En fait, il faut rappeler qu’il y avait aussi un rebellion organisée dans le Haut Canada. Le Haut et le Bas canada sont ses deux étoiles que parle Lorimier. Les deux entités voulaient plus de liberté de Londres. C’est un peu malhonnête de dire que nous avons aujourd’hui rejeté le terme de canadien. À l’époque, le terme canadien désignait les gens de langue francophone, les anglais préféraient le terme British. C’est quand la confédération fut en vigueur qu’ils se sont appropriés le libellé de canadian et les francophones n’étaient plus canadiens, mais french canadians. C’est dans les années 50 que le termes québécois se détacha. Pourquoi?? Car durant le 20e siècle, les canadiens (francophone) ont été dominés par British d’ici et de Londre. Une fois Londres évacué, la domination continua sous les Canadians envers les french canadians, voir par la suite les Québécois. On a pas renier le terme canadiens, on se les fait ravir, c’est tout. Alors Lorimier se battait pour une liberté de tous les deux canadas, mais aussi pour sa nation francophone soit les canadiens d’antan, french canadians, aujoud’hui les Québécois.

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