2008/04/23 13:01

Anatomie d’une attaque politique

Hier, je vous annoncait (via NBC News) que les républicains s’apprétaient à se lancer dans une attaque en règle contre Obama en Caroline du Nord (où les sondages lui donne une très forte avance sur Clinton).

C’est parti.

Voici la pub lancée ce matin par le parti républicain de la Caroline du Nord:

Le pire genre de culpabilité par association. On présente les opinions d’une connaissance du candidat comme si c’était les siennes. En plus, étant donné le ton du communiqué de presse qui annoncait cette attaque, on aurait pu s’attendre à de nouvelles révélations. Au lieu, on nous sort une histoire qui a été épuisé dans les médias depuis quatre semaines.

La controverse concernant ce sermon du pasteur d’Obama, livré peu après le 11 septembre 2001, est déjà une vielle histoire. Clinton a eu beau pousser dessus et les médias nous annoncer que ça allait le couler, rien n’en fut. Il est même monté légèrement dans les sondages alors que la controverse faisait rage.

Il faut dire que sa réponse, dans un discours sobre et mature qui fut encensé par plusieurs comme le discours politique le plus important des 30 ou 40 dernières années y fut pour quelque chose. Je me permet de le reproduire ici… tapez-vous le et demandez-vous si vous avez déjà entendu un politicien s’elever au dessus de la politicaillerie pour parler aussi sobrement… avec une telle justesse et profondeur:

Mais le titre du billet vous prommettait “une anatomie” de l’attaque républicaine. J’y viens.

Voici comment la machine républicaine fonctionne. Tout d’abord, je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il ne s’agit pas d’une attaque contre Obama, nous disent-ils, c’est une pub, produite par le parti d’état (indépendant du parti national, pensez PLQ) qui s’attaque au deux candidats démocrates qui se font la course pour la position de candidat au poste de gouverneur de l’état. (Les deux ont annoncé leur appui à Obama) Il s’agit donc de politique locale qui ne concerne que les nord-caroliniens, aucun lien avec la course à la présidence. (Je me permet de rire sarcastiquement).

Evidemment, le RNC, l’organe nationale du parti républicain, a logé une plainte officielle ce matin auprès du parti d’état et demande que la pub soit retiré. Il n’en sera rien, mais ça ”blanchi” McCain qui a promis qu’il ne se livrerait jamais à ce genre d’attaque. Il a beau jeu, le McCain. Il pourra dénoncer la politique sale pendant que son propre parti en fait sur le terrain et dire que c’est hors de son contrôle. Quelle hypocrisie!

[Please sir, show me the decency you claim to stand for and put your foot down in a definitive way, I'll take it back]

Et voilà qu’un “groupe indépendant” nous annonce qu’ils ont aussi l’intention de s’en méler avec des pubs comme ça au cours des prochaines semaines. Combien on gage qu’on assistera à la même charade où McCain et le parti national dénoncent cette tactique et tentent “en vain” (lire pas vraiment) de faire retirer les pubs?

Ça me dégoute.

Ma prédiction? Dans la Caroline du Nord de 2008, dans cette Caroline dont la démographie a beacoup changé ces derniers temps grâce au grand succès qu’elle a eu à développer un secteur des hautes technologie qui fait la jalousie de plusieurs états voisin, dans cette “nouvelle” Caroline, dis-je, ça va leur sauter dans le visage. Ça risque d’aider Obama plus que lui nuire. Enfin je le souhaite.

Pour moi, cette course est devenu un test de maturité pour cette culture nombriliste qui nous voisine. l’Élection d’Obama sera un signe qu’elle est capable de s’élever au dessus de sa puérilité intrinsèque ou du moins, qu’elle y aspire. Une victoire de Clinton ou de McCain, s’ils persitent à s’y prendre de cette façon, donnera raison aux adeptes du “america bashing” qui croient qu’elle est fondamentalement irrécupérable.


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6 commentaires sur “Anatomie d’une attaque politique”


  1. Yvan St-Pierre dit:

    Sa puérilité intrinsèque? Ayoye. C’est pas un tout petit tantinet péremptoire, ça là là? Le reste de l’humanité est-y supposé être mature, lui? Enfin, bon, je compatis avec ta frustration, mais comme dis je sais pu qui du club des ex dans son annonce à RDI, la politique c’est pas de la pastorale…


  2. Alain B. dit:

    Oui. C’est très (ok, trop) péremptoire… et ce n’est que parce que j’ai un tel amour pour cette culture que je me permet de la juger aussi sévèrement.

    Je suis, normalement, beaucoup plus nuancé. Mais je l’avoue, j’ai perdu mon objectivité face à Clinton et je laisse entièrement parler ma frustration ici.

    Ceci dit on peut quand-même constater qu’une certaine dynamique malsaine s’est installée, depuis les années 90, dans la façon qu’ont nos voisins du sud de faire la politique. (On peut appeler ça les “culture wars”, mais ça va plus loin selon moi) Une dynamique qui, si elle persiste, risque de perpétrer l’immobilisme étatique alors que les défis sont si graves et urgents.

    En quelque sorte, Obama se présente davantage contre cette dynamique que contre un candidat. Clinton, elle, l’a embrassée à plein bras. Je réserve encore mon jugement face à McCain… qui semble démontrer un réel désir de s’en détacher… le problème est que son parti y est accro.

    Chez nos voisins, l’expression est “politics ain’t beanball”. Je veux bien, mais quand le candidat démocrate présente son rival démocrate comme moins qualifié que le républicain… Je suis désolé, mais…

    We’re not in Kansas anymore, Toto.


  3. Yvan St-Pierre dit:

    Ah. Que veux-tu, respecté mais idéaliste collègue, on ne fait pas d’omelette…


  4. Dieu merci, y’en a qui ont de la classe - Le Petit Émerillon dit:

    [...] station de télé de la Caroline du Nord refuse de diffuser la pub dégueulasse dont je vous parlait hier. Une autre y pense. le cynisme me triomphe pas de [...]


  5. Calme américain, anxiété québécoise et le retour du goût d’écrire - Le Petit Émerillon dit:

    [...] se doit depuis le début (mis à part quelques moments de panique où j’ai failli perdre la [...]

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