2008/03/04 23:35

“Yes, she will”

C’est la réponse de la campagne Clinton au slogan d’Obama.

La foule scandait ces trois mots pendant le discours de Clinton… c’était, très évidemment, planifié. Et c’est pas mal génial.

Mais entre ces deux slogans se dégage, selon moi, la différence essentielle entre le message des deux candidats. Là où le message d’Obama lance un appel au gens à se mobiliser pour améliorer leur sort, à prendre en main leurs responsabilités, Clinton leur dit: Relaxez, je m’en occupe. C’est le message étatiste classique: vous êtes une victime et le gouvernement s’occupera de vous.

Yes, she will.


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7 commentaires sur ““Yes, she will””


  1. M. Bergeron dit:

    « Mais entre ces deux slogans se dégage, selon moi, la différence essentielle entre le message des deux candidats. Là où le message d’Obama lance un appel au gens à se mobiliser pour améliorer leur sort, à prendre en main leurs responsabilités, Clinton leur dit: Relaxez, je m’en occupe. C’est le message étatiste classique: vous êtes une victime et le gouvernement s’occupera de vous. »

    Une analyse pénétrante, ne pensez-vous pas que c’est justement là la raison pour laquelle elle va probablement la perdre? Eh bien, on verra quelque jour… Pourquoi la présidentielle doit-elle prendre plus qu’un an? J’en suis las. Pouvons-nous voter pour qui sera président encore? Je crains que ça va croître de cycle en cycle et bientôt on ammorcera une campagne la soirée de l’inauguration!


  2. Yvan St-Pierre dit:

    Je sais, je sais, vous me traiterez de vieux croûton cynique, mais je lis quelque chose de très différent là-dedans. Je pense qu’il y précisément a une sorte de fuite de responsabilité citoyenne dans cette Obamamanie, sauf tout le respect que j’ai pour vous, Messieurs.

    Idéaliser ce que la “Washington politics” pourrait être, comme au bon vieux temps - c’était si simple - du “We, the people” des “framers” de la Constitution, espérer donc une politique idéale et rédemptrice, au lieu d’accepter qu’elle reflète d’abord les conflits internes d’une société complexe, ça me semble tout-à-fait contradictoire avec une volonté sérieuse d’assumer ses responsabilités.

    D’ailleurs, si on élit des gens, c’est pour qu’ils fassent une job qu’on ne peut pas faire nous-mêmes, non? Sinon, si on peut tout faire ce qu’on veut nous-mêmes, à quoi diable est-ce que ça sert d’avoir des institutions? Qu’est-ce que je ne comprends pas, moi là là?


  3. M. Bergeron dit:

    Les choses n’était pas si bonnes au “bon vieux temps” des fondateurs et “Nous, le peuple” était limité aux seuls propriétaires blancs mâles. Quelle démocratie!

    Nous avons des représentants parce qu’il serait complètement infaisable que chaque question, situation ou décision soit votée par le peuple. Nous sommes occupés, nous n’avons pas de temps à voter toutes les trois semaines. Nous votons assez souvent maintenant, merci.

    Du changement à Washington, ça serait bon, mais personne ne s’attend à une révolution. Ce que je voudrais: un démocrate à la Maison-Blanche, et une majorité démocrate forte au Congrès. Puis, nous pouvons passer de vraie législation progressive et nous tirer du bourbier irakien. Et qui sait, peut-être trouver enfin Oussama.


  4. Yvan St-Pierre dit:

    Ma référence au “bon vieux temps” était ironique, en effet. J’ai simplement l’impression d’entendre pas mal de cette “nostalgie” dans un certain idéalisme anti-establishment. Mais je peux me tromper, bien évidemment. Quelle course fascinante, quand même.


  5. M. Bergeron dit:

    Intéressant. Je n’ai pas remarqué. Quelque chose à contempler.


  6. Alain B. dit:

    Discussion intéressante. Si je comprends bien, Yvan fait référence à la nostalgie d’une solidarité d’autrefois qu’il semble entendre dans un certain discours “anti-establisnment” (dois-je lire jeune? ;) et qui serait illusoire. Je suis, en partie, d’accord, mais j’ajouterais qu’il y a plusieurs autres discours politiques qui se nourissent d’un autrefois idéalisé.

    Il est vrai aussi que malgré l’unité initiale qui anima les “framers”, la vérité est que le tout dégénéra très vite en ultra-partisanerie et en combats rhétoriques qui en feraient rougir plusieurs aujourd’hui. Il est tout aussi vrai que la partisanerie, la mauvaise foi et la division forment plutôt la norme que l’exception depuis. Pourquoi, alors sommes nous si choqués de la sauvagerie partisane qui dure depuis les années 90?

    Sans nier que l’idéalisation d’un monde plus parfait dans le passé ou l’avenir est un trait de l’âme humaine qui a toujours été présent, je prétend que nous sortons d’une période récente de réelle unité qui sous-tendait même le jeu politique et les differends idéologiques.

    Cette “Greatest Generation” dont l’enfance fut formée dans la misère de la grande dépression, la jeunesse endurcie par la seconde guerre mondiale et la vie adulte occupée à inventer la modernité dans laquelle nous vivons fut, je crois, une exeption aux “normes historiques” que j’ai énoncées plus tôt. Les hommes politiques de cette génération, malgré leurs différends idéologiques, étaient animés d’une réelle solidarité, un sens interne de “we’re all in this together” que la génération suivante n’a pas compris dans son désir de remetttre en question l’ordre établi (j’admet qu’il y avait beaucoup à remettre en question) pour redéfinir les bases de la solidarité d’une façon à la diviser amèrement jusqu’à ce jour.

    Ce qui fait qu’aujourd’hui, le sentiment d’une “solidarité perdue” qui anime toutes les époques est d’autant plus criant qu’il est ancré dans une certaine réalité, celle de cette génération qui vient de s’éteindre.

    C’est peut-être (c’est probablement) naïf d’espérer que cet homme (à cheval entre les boomers et les “x”) qui fut en grande partie élevé par son grand-père “who fought in Patton’s army”, puisse parler à ce sentiment criant “d’unité perdue” de façon à le canaliser en volonté politique suffisante à l’accomplissement de réformes significatives, mais cette campagne carbure à l’espoir.

    Ce que je sais, c’est qu’avec Clinton, on est dans le prolongement de la guerre culturelle/idéologique que se livre sa génération depuis les années 60 et tout changement se fera à l’arachée.

    Je tente ma chance avec le mec qui me permet d’espérer autre chose… parce que si ça marche… the change will be tectonic.


  7. Yvan St-Pierre dit:

    Salut Alain,

    Tu sais, si cette interprétation du passé récent fait ton bonheur, qui suis-je évidemment pour la picosser ainsi sans vergogne. Alors ne le prends pas personnel, mais je pense que l’idée que tu te fais de l’Amérique d’avant les Beatniks est elle-même dégoulinante de mythologie. J’achète assez facilement l’idée que la crise de 29 a soudé une solidarité inégalée depuis, mais c’est ce qu’elle a fait aussi en Allemagne nazie, et certainement pas de manière aussi sympathique. La peur et la misère peuvent en effet transformer une société en troupeau quasi-unanime, mais de là à y voir un Eldorado…

    D’ailleurs est-ce qu’une des différences - j’ai bien dit une DES différences - entre l’Allemagne de Hitler et l’Amérique de Roosevelt, ce ne serait pas justement la nature du rêve dans lequel on s’est investi pour fuir la complexité du réel - rêve de conquérir à tout prix un “espace vital” chez les uns, rêve plus acceptable moralement chez les autres mais tout aussi illusoire, de transformer les Temps Modernes de Chaplin en nouvelle Jérusalem? N’est-ce pas tout simplement de ce rêve-là qu’on s’est réveillé quelque part entre “On the Road” et la “Reagan revolution”? On jase, là…

    Évidemment, comme tu es d’esprit plus conservateur que moi, tu valorises peut-être ce genre de solidarité “retrouvable” a priori, je ne sais trop, mais moi j’y vois la conséquence d’une détresse - en cela on est d’accord - bien plus que la cause d’une amélioration des choses, ergo ça ne m’inspire guère - et en cela je ne te suis plus. Parce que ce n’est pas cette “solidarité” qui nous a donné les trente glorieuses selon moi, mais l’accession des femmes au marché du travail, et quelques politiques redistributives qui ont essentiellement favorisé le consumérisme banlieusard.

    C’est pourquoi, paradoxalement sans doute pour un libéral dans mon genre, je préfère le leader politique plus classique, celui qui fait une sorte de yoga avec son électorat, et qui l’amène, petit demi-pouce de compromis par petit demi-pouce de compromis, juste assez loin par-delà sa zone de confort pour l’aider à s’adapter au monde qui change, le tout sans se faire trop de mal. La tectonique, c’est pas tout-à-fait mon échelle, je pense.

    Réflexion très éclairante de ta part, néanmoins. Au plaisir encore.

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