2008/02/28

Le conservatisme de Buckley

Selon Sullivan.

Ma traduction:

Il aura vécu assez longtemps pour voir son précieux héritage dilapidé de façon grotesque par l’estabishment conservateur qu’il avait aidé à mettre en place. Comme plusieurs d’entre nous (conservateurs) il en est venu à voir l’administration de George W. Bush comme représantant peut-être la plus profonde et sombre trahison des valeurs conservatrices. Et l’horrible mouvement haineux qui la soutenait aveuglément comme faisant partie du problème et non de la solution. Mais il n’était certainement pas surpris. Un conservateur sceptique qui sait réfléchir sait qu’au fil du temps les grandes idées motrices s’ossifient en idéologies, que les idéologies peuvent devenir propagande et que la propagande peut dégénérer vers un factionalisme des plus toxiques. Cela relève de la nature humaine et de son histoire. Il n’y a aucune raison pour laquelle le conservatisme, en tant que mouvement politique, échaperait à la critique centrale que fait le conservatisme envers tous les mouvements. Buckley était poli à ce sujet, bien plus poli que plusieurs d’entre-nous. Mais il avait assez d’intégrité intellectuelle pour ne pas le cacher non plus.

Que savait-il? Qu’il n’y aura jamais paradis sur terre; qu’il n’y aura jamais de fin à la pauvreté ou à la bigoterie ou au mécontentement. Qu’il y a plus de sagesse dans la tradition qu’il nous en paraît au premier coup d’oeil et que la liberté est indispensable pour permettre à la tradition de se déplacer; de s’adapter et de répondre aux besoins et désirs changeants des êtres humains. Que l’idéologie est toujours et partout un mensonge. Qu’un gouvernement fonctionne mieux lorsqu’il est petit, agile et conscient des limites de sa capacité. Qu’une société qui cherche à s’affranchir absolument des vérités religieuses est aussi condamné que celle qui s’organise autour de la volonté divine.

Il fut un temps où ces vérités étaient des hérésie interdites de parole. Qu’elles aient survécues à la démocratie de masse est, en soi, un petit miracle. Mais Buckley savait que tout ce dont le conservatisme a besoin pour survivre est la liberté de penser, la volonté de remettre en question et un goût du débat. Ce sont les valeurs qu’il incarnait. Puissions nous les retrouver à notre tour dans le grand vide qu’il laisse derrière.

J’étais, récemment, de plus en plus prêt à me départir de l’étiquette de conservateur que j’essaie de rendre confortable à mes sensibilités depuis quelques années. Mon constat étant que le mouvement qui porte ce nom était rendu ailleurs et rejetait la vision dite conservatrice qui m’animait. Je me disais que c’est le conservatisme à la CPAC qui domine aujourd’hui; qu’il s’était maintenant approprié l’étiquette et que j’étais prêt à la lui laisser. Si c’est eux les conservateurs, alors je suis une sorte de libertarien plus attaché aux institutions et traditions.

Mais je lis ce texte et il me réconcilie. Si on définie le conservatisme comme ça…

I’m a Buckley conservative.

Plus de détail sur Buckley ici.


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10 commentaires sur “Le conservatisme de Buckley”


  1. J.H. dit:

    Merci pour ce texte et la traduction. Je connais pas Buckley, mais cela m’invite à le connaître.


  2. J.H. dit:

    Ce qui me dérange dans le courant néoconservateur, je dirais que c’est l’espèce d’esprit islamophobe. Sur les blogues néoconservateurs, on voit une obsession contre tout ce qui rapporte à l’Islam, ça en devient haineux et violent. D’ailleurs, il y a un courant de haine et trash qui fait peu honneur à l’esprit d’honneur qui caractérisait le conservatisme.


  3. Alain B. dit:

    J.H.

    Je crois qu’il y a une distinction à faire dans les termes ici. Le néo-conservatisme est surtout une idéologie qui concerne l’intervention internationale qui prône quelque chose comme l’idée que les États-Unis (et autres puissances libérales) sont justifié d’intervenir (militairement et autrement) partout dans le monde pour faire échec au totalitarisme et “répandre la liberté”. Cette idéologie a en partie été fondée par des survivants de la Shoa (ou leurs enfants) aux valeurs plutôt libérales en ce qui concerne la politique domestique.

    Le courant grossierement islamophobe dont tu parle oeuvre surtout dans le “mouvement conservateur contemporain”… un espèce de mélange entre une droite évangélique anti-intellectuelle et le paléo-conservatisme à la Pat Buchanan. Le problême c’est que ce courant se sert à tort des thèses savantes des vrais néo-conservateurs pour justifier sa bigoterie.

    Le plus gros problème c’est que ce sont ces gens qui sont entrain de s’approprier la définition contemporaine du conservatatisme… au détrimement des autres.


  4. Alain B. dit:

    Hmmm… apparament, la confusion sur le terme est répandue:
    http://andrewsullivan.theatlantic.com/the_daily_dish/2008/02/buckley-a-neoco.html


  5. David Gagnon dit:

    Un vidéo sur l’héritage de William F. Buckley Jr.

    http://www.antagoniste.net/?p=2907

    En passant, Buckley a été un grand défenseur de la guerre au vietnam.


  6. Alain B. dit:

    Merci pour la mise-à-jour David.

    On peut admirer l’homme sans toujours avoir été d’accord avec lui.

    Il a aussi pendant un temps proné de ne permettre le droit de vote qu’aux citoyens éduqués… Et autres idées du genre.

    Je suis aussi convaincu que si on lui avait demandé aujourd’hui, sans nécéssairent tout renier, il aurait certainement reconnu plusieurs erreurs de jugement dans son raisonnement de l’époque concernant la guerre du Vietnam. C’était ce genre d’homme… Toujours prêt à remettre même ses propres positions en question.


  7. Harper vient de me perdre - Le Petit Émerillon dit:

    [...] souvent dis que j’avais des sympathies conservatrices… je m’affuble moi même de cette étiquette… bien que je la définisse différemment de ce qu’on entend souvent [...]


  8. Quelqu’un peut-il m’expliquer… - Le Petit Émerillon dit:

    [...] “conservateur” ou “de droite” malgré les fondements burkeiens de ma pensée)… je disais donc que ce blogue m’apprend aujourd’hui que ce projet de loi est [...]


  9. Comment céder le terrain à ses adversaires - Le Petit Émerillon dit:

    [...] original… Les idéaux ne se réalisent jamais pleinement dans le réel (c’est là un principe central du conservatisme selon moi), une fois qu’ils ont fait tout le chemin possible, les mouvements [...]


  10. Instruire les profs « Temps et fiction dit:

    [...] conservatrices (je parle ici d’une certaine idéologie conservatrice, tel que nous la défini le Petit Émérillon, et non des sinistres clowns qui nous dirigent en ce moment – Et allez voir aussi cet article [...]

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