2007/12/01 22:30

Ma lettre au cardinal Ouellet

…tarde à sortir, je le sais.

…et elle ne sera pas dans ce billet.

En fait, les habitués doivent s’y attendre maintenant… si je vous promets quelque chose et que ça n’arrive pas dans les 24 heures suivantes, les chances sont que ça n’arrivera pas. Et lorsque je vous annonce que je diminue mon rythme de publication, attendez-vous à le voir augmenter. Je crois vous avoir déjà parlé de ma relation tendue avec la discipline personnelle.

J’avais de grands plans avec cette lettre… Fort de mes récents « succès » dans les médias, je planifiais, en plus de l’envoyer au cardinal et de la publier ici, de l’envoyer aussi aux journaux… qui sait?

Mais pour que tout ça ait une chance de fonctionner, il aurait fallu que je l’aie pondue lundi ou mardi et envoyée sitôt. Là, on commence à passer la limite du cycle de 7 Jours (Bonne Semaine!) décrété par les impératifs corporatifs de notre petit univers pour presser le citron d’un évènement médiatique avant de passer au prochain sujet chaud. (Encore mieux si ça peut démarrer le dimanche soir à TLMEP, avec trois jours de pré-avis… Ça, on aime ça!)

Enfin… Voilà déjà deux jours que la petite bannière en-haut qui annonce la venue de cette lettre n’est plus qu’une charade pour m’éviter à avoir à répondre à vos commentaires pendant que je lis et écris ce qui me chante. (Surtout que là, je suis complètement freaked-out depuis que le Mistral a soufflé chez moi… [Ok, enough with the puns! It's not that imaginative.])

Ce qui m’a stoppé dans mes tracks, comme disait Shakespeare, c’est cette discussion que j’ai eue (et que j’ai laissée sans réponse, ce qui est assez impoli de ma part) avec Suzanne, une radi-catho à tendance sédévacantiste (que j’aime ce mot depuis que je le connais) qui tient un blogue pro-« culture de la vie » et que j’ai croisée via le blogue de Philippe David. Disons que cette expérience a eu pour effet de refroidir mes ardeurs à l’idée d’explorer les possibilités de rapprochement avec l’Église. Avant de pouvoir continuer, je dois me réconcilier avec le fait que cette dame, malgré ce qu’elle en dit, ne représente pas l’attitude actuelle de l’institution, mais bien un courant qui souhaiterait retourner au moeurs, rites et dogmes d’avant Vatican II. C’est justement une de celles qui l’est trop, comme dit le maire Jean Tremblay, et qui lui tape sur les nerfs.

Mais bon. Ça a ruiné mon élan.

Et bien que j’aimerais explorer avec elle la cohérence de son attachement farouche aux doctrines de l’Église combiné à son rejet, ou du moins sa déception, face à « l’Esprit de Vatican II » qui est reflété dans la doctrine moderne (I think) et qu’elle se doit donc de suivre selon ses propres principes: « Si on croit que l’Église a la parole de la Vie, on la suit, malgré la difficulté de comprendre certaines doctrines, parce qu’on croit qu’elle est protegé de l’Esprit saint par l’erreur doctrinale,[sic] et qu’elle est chargé de prêcher la vérité de Dieu. » J’ai eu ce type de discussion avec des fondamentalistes de toutes les variétés dans ma vie et ce n’est vraiment plus cet aspect des choses qui m’intéresse.

En fait, mon intérêt et mon ouverture actuelle face à l’Église et à la religion en général me viennent de deux sources très distinctes, je crois.

La première étant la réaction extrême que j’ai eue récemment face à toute l’intolérance patente du discours laïcisant à la commission BT. Je le répète, les seules personnes que j’entends exprimer le désir de vouloir dire aux autres comment vivre dans toute cette histoire sont les laïcs. Les religieux ne revendiquent qu’un espace de liberté suffisant pour être heureux sans trop déranger les autres. Cette intolérance face à la croyance religieuse est tellement répandue dans la culture ambiante qu’il est permis, sans que personne ne bronche, de dire des choses sur les croyants qu’il est interdit de dire à propos de tout autre groupe.

Quelle différence entre:

« Je n’ai rien contre la religion, mais ça ne devrait pas sortir de la maison et/ou de l’église/temple/mosquée/etc., on n’en veut pas sur la place publique. »

Et:

« J’ai rien contre les homosexuels, tant que ça reste derrière des portes closes. Le reste, j’veux pas l’savoir. J’veux pas les voir s’embrasser pis s’tenir la main dans la rue. »

Pour moi, il n’y a aucune différence entre ces deux attitudes.

Pourtant, dans la société bien pensante dans laquelle j’évolue, il est permis d’exprimer cette première opinion et de passer pour un être éclairé, tandis que la deuxième nous condamne à être perçu (à juste titre) comme un cro-magnon homophobe et intolérant.

J’ai toujours accusé les homophobes d’avoir peur de leur propres désirs homosexuels. Maintenant, j’accuse les laïcisants de la place publique d’avoir peur de leur propre soif de Dieu.

…Mais je m’éloigne de mon propos.

Ce que j’essaie de dire est que dans de telles circonstances, j’ai tendance à beaucoup (trop) m’identifier avec celui que je perçois comme injustement persécuté. J’aimerais pouvoir le dire en français, mais ça sort pas, I’m a classic bleeding-heart liberal in that sense. Sauf que ce sentiment est éphémère et s’évapore rapidement au contact de quelqu’un comme Suzanne.

La deuxième (et plus profonde) source de mon ouverture est plus difficile à expliquer.

Elle vient en grande partie du fait que mon cheminement spirituel, incluant toutes les recherches que j’ai faites ces dernières annéees sur les origines historiques et l’évolution des différentes religions (surtout le christianisme et l’Islam), m’a récemment mené à un endroit à l’intérieur de moi où le paradoxe apparent de la phrase suivante: « Il n’est pas nécéssaire de croire en Dieu pour croire en Dieu » semble s’évaporer.

Je sais que ça semble ésotérique… ça m’apparaît si clair et si simple, mais en même temps, je n’ai pas l’impression que je pourrais l’expliquer comme il faut en moins de 20 pages. Alors je n’insiste pas.

Sauf pour dire que depuis ce temps, c’est comme s’il m’était permi de « croire en Dieu » sans abdiquer la moindre parcelle de mon adhésion à la pensée critique et rationelle, non plus qu’à la méthode scientifique et la cosmologie qui s’en dégage.

Délire? Vue de l’esprit? Je ne sais pas.

Mais savoir si c’est « vraiment vrai » n’est pas la question.

C’est utile.


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4 commentaires sur “Ma lettre au cardinal Ouellet”


  1. Arnold S. dit:

    Salut Alain,

    Suzanne est une réactionnaire qui fait partie d’un courant très minoritaire, en marge de l’Église catholique de Rome. Rien de représentatif…

    Quant à la Commission B-T, un de ses grands bienfaits aura été de nous faire prendre collectivement conscience de l’importance de la religion et de la virulence, de l’intolérance et du caractère intégriste du discours laîciste québécois.

    Les gens commencent à peine à constater et prendre conscience de tout le “massacre” historique commis par ces “pseudo-progessistes” sur la grande histoire, la culture et les traditions morales, spirituelles et religieuses du peuple canadien français. La soi-disante “grande noirceur” est un pur mythe inventé par ces “penseurs”.

    Ces “intellos” progressistes ont occupé la majeure partie du débat public depuis 1967 et nous ont conduit collectivement dans un grave cul-de-sac moral et politique.

    L’histoire jugera de l’ampleur de cette catastrophe humaine.


  2. gaétan dit:

    Beau texte.
    Dans la religion moi je prends ce qui fait mon affaire. D’accord avec toi: moi aussi ça m’agace cette intolérance face à la religion en général.
    Rien n’est parfait dans ce bas-monde surtout pas la religion. N’abandonne pas ton idée de lettre à envoyer à mon seigneur (quel titre prétentieux quand même). C’est souvent de l’intérieur que le changement se fait ou par le dialogue. Je ne crois pas que c’est en crachant sur la religion ou sur l’église que les choses vont changer à moins que ceux-là ne veulent pas vraiment que les choses changent. C’est souvent ceux qui crachent le plus qui viennent nous casser les oreilles avec le manque de solidarité dans notre société malade.


  3. SUZANNE dit:

    Je ne suis pas “réactionnaire”. Tout ce que je dis va dans le sens du Magistère, l’office enseignant de l’Église.

    Je ne suis non plus “sédévacantiste”, et je ne préconise pas le retour à la messe en latin, bien que je ne m’y oppose pas non plus. Je prône simplement l’orthodoxie.

    Les gens ont beau dire que je suis minoritaire, je suis orthodoxe. Ça ne veut pas dire que je connais toutes les doctrines, et je ne suis jamais en erreur. Ça veut dire que j’accepte l’autorité du Magistère d’enseigner fidèlement sur la Parole Divine, et j’accepte que lorsqu’il exercice son office solennellement, ses propos son protégés par l’Esprit saint.

    C’est l’enseignement de l’Église. Ce n’est pas une affaire de “minoritaire” “majoritaire” “progréssiste” ou “réactionnaire”. C’est ce que l’Église dit tout bonnement.

    Mon objection envers les élites catholiques de l’Église canadienne (surtout francophone) c’est que quasiment personne enseigne cette vérité de la foi. Donc vous avez l’idéé que c’est acceptable, selon la Tradition Catholique, de croire ce que tu veux ou de faire ce que tu veux et être croyant.

    Mais ce n’est pas ça la foi catholique. La foi catholique a des instruments pour définir et propager la foi, mais bien des gens ne l’utilisent pas parce qu’ils ne sont pas des véritables croyants dans la foi catholique. Ils croient en l’hérésie moderniste– que les doctrines de l’Église peuvent “évoluer”– que les dogmes comme la résurrection, l’assomption, etc sont des métaphores et non pas des véritables expériences historiques. Comme si on pourrait changer les doctrines de l’Église pour qu’elles disent le contraire de ce qu’elle enseigne. Pas du tout.


  4. Christian B. dit:

    Bonjour Alain j’ai lu hier tes commentaires sur le blogue de Renart Leveillé concernant le mea culpa du cardinal Ouellet pour les erreurs commises avant 1960 ,l’église catholique et le positionnement de Renart dans tout cela.En suite de quoi,inspiré par tes commentaires et ceux des autres participants sur ce blogue j’ai laissé filer,non sans une grande hésitation,un texte décrivant la relation très particulière qu’il semble y avoir à mes yeux du moins entre Jésus et moi.La première fois qu’une telle idée est venue traverser mes neurones avec une force assez convaincante est survenue dans le courant de l’hiver 91 92 lorsqu’en lisant les évangiles j’ai soudainement eu une très forte impression de déjà vu suivi par un court moment qui a duré tout au plus quelques minutes où j’ai été habité par une très forte impression d’avoir été ce Personnage antérieurement jusqu’à ce que je tombe sur un passage nous mettant en garde contre les faux-christs qui revendiqueraient ce fameux titre suite à quoi je me suis vertement excusé d’avoir ainsi osé réduire une telle entité à ma petite personne.Ensuite si je me souviens bien pendant un bon bout de temps je n’ai pas été ennuyé par de telles idées,j’ai même subi un incendie en 93 sans que je ne fasse le lien avec le fait que j’avais alors 33 ans,ce n’est que récemment que je l’ai fait(ce lien).Bon là c’est Morphée qui va s’occuper de mon esprit à l’heure qu’il est si je continue sur ma lancée (peut-être la pire gaffe de ma vie)au départ je voulais juste t’aviser que j’avais indirectement donné suite à vos commentaires et que ça pourrait peut-être t’intéresser.Et là je suis pris d’un léger fou rire mais le pire c’est que je suis sincère dans toute cette histoire qui peut sembler du délire religieux ou de la fiction digne d’Harry Potter.Sur ce j’assume.

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