2007/11/23

L’Église et nous

Je vous invite à faire un tour du coté de chez l’ami Renart qui à publié un court billet sur la plus récente sortie du cardinal Ouellet. Billet qui à mené à une discussion fort intéressante dans les commentaires qui montre bien la variété des réactions face à ce “mea culpa” inattendu du cardinal. On voit d’ailleurs que malgré l’indifférence feinte par certains laïcs endurcis, la question touche à quelque chose de sensible chez “nous” qui est loin d’être réglé ou établi.

Je me suis heurté à une drôle de notion lors de la discussion, que l’Église catholique n’avait pas vraiment progressé depuis 1960. J’ai trouvé ça un peu gros.

Puis ce matin, je suis tombé sur l’excellente chronique de Christian Rioux du Devoir à ce sujet. Comme il le fait souvent, M. Rioux exprime mieux que moi un aspect important de ma pensée et comme je ne peux mettre un lien vers le texte puisqu’il se trouve du coté payant du site du Devoir, je me permet de le reproduire ici car je tiens à la partager. (Il faudra bien un jour ou l’autre que Le Devoir, à l’instar du New York Times, se mette à l’heure de la blogosphère)

Des catholiques qui s’ignorent
Christian Rioux
Édition du vendredi 23 novembre 2007Vue de l’étranger, la polémique qui entoure ce qu’il faut bien appeler la confession de Mgr Ouellet apparaît étonnante. Difficile d’imaginer en France ou en Allemagne un tel émoi autour de la repentance, somme toute assez normale, d’un responsable religieux. L’affaire semble d’autant plus étrange que cela fait déjà un certain nombre d’années que l’Église catholique a entrepris de s’appliquer à elle-même la médecine qu’elle avait réservée autrefois à ses seuls fidèles.

Au lieu de regarder la déclaration de l’archevêque de Québec à la lumière des événements récents, peut-être faudrait-il…

Continuer la lecture…

l’inscrire dans l’histoire de l’Église. Certes, l’agitation permanente qui caractérise les médias rend difficile à comprendre des évolutions aussi lentes. L’Église ne vit pas tout à fait dans le même temps que nous, et c’est tant mieux. Lorsqu’un chef catholique parle, il porte deux millénaires d’histoire sur ses épaules, alors que nous avons parfois de la difficulté à nous rappeler le nom de notre grand-mère.***

C’est peut-être en 1994 que le pas majeur a été franchi. Dans sa lettre apostolique, Jean-Paul II avait alors souligné qu’il était juste que, «le deuxième millénaire du christianisme arrivant à son terme, l’Église prenne en charge avec une conscience plus vive le péché de ses enfants». Plus tard, il précisait que, «lorsque les fautes sont confirmées par une investigation historique sérieuse, l’Église ressent le devoir de reconnaître celles de ses membres et d’en demander pardon à Dieu». Il s’agit, disait-il, «de répondre à une impérative exigence de Vérité».

Depuis, on ne compte plus les repentances. Jean-Paul II a d’abord scellé la réconciliation avec les juifs en se recueillant à Yad Vashem, le mémorial de la Shoah à Jérusalem. Puis il s’est excusé pour les erreurs passées: croisades, inquisitions, colonisation. Pour une institution qui se prétendait infaillible depuis 1870, il s’agissait d’une vraie révolution.

Depuis, les déclarations n’ont pas cessé. En 1995, c’est encore Jean-Paul II qui présente ses excuses pour l’oppression dont les femmes ont été victimes dans le passé. Le pape estime que le mouvement féministe a été «substantiellement positif» même s’il a sa part d’erreurs. Trop peu pour certains, mais pas à l’échelle d’une institution millénaire.

Dans chaque pays, cette nouvelle attitude a pris des formes particulières. En France, au moment de commémorer la déportation de centaines de juifs vers Auschwitz, l’évêque de Saint-Denis lit la déclaration de repentance de l’Église de France à l’égard des victimes du régime de Vichy. En 1992, l’évêque Charles G. Palmer-Buckle du Ghana s’excuse du rôle joué par les Africains dans le commerce des esclaves en direction des Amériques.

En 2002, le cardinal du plus grand diocèse américain, Roger Mahony, de Los Angeles, ne tarde pas à présenter ses excuses aux fidèles pour le scandale des prêtres pédophiles. Il est suivi par quelque 300 évêques et cardinaux réunis à Dallas, qui demandent pardon. Trois ans plus tard, le cardinal Daly fait la même chose en Irlande, un pays où 90 % de la population est catholique, le plus souvent pratiquante. La chose aurait été inimaginable dix ans plus tôt.

Et dire que certains trouvent que ce n’est pas assez!

***

Une fois ce contexte défini, avouons qu’il y a de quoi s’étonner du caractère épidermique de certaines réactions aux propos de Mgr Ouellet. Les souffrances endurées par les Québécois dans les années 50 n’arrivent quand même pas à la cheville de celles des juifs, des Africains ou des Espagnols de l’époque franquiste. Et si l’Église québécoise a des excuses à faire, on peut aussi juger que, sans elle, nous ne serions pas là pour en parler.

Ces réactions spontanées sont évidemment dues à l’importance qu’a occupée l’Église au Québec. Un peu comme en Pologne et en Irlande. Mais elles manifestent aussi une relation avec la foi qui n’est pas véritablement apaisée. Comment qualifier autrement des propos qui osent traiter l’Église de «cadavre qui grouille encore»?

Si les réactions sont si vives, c’est peut-être que nous tentons éperdument de nous définir hors de la religion alors qu’elle fait encore partie de nous. Parmi les pays que je connais, le Québec est en effet un de ceux qui débordent le plus de ferveur religieuse. Mais nos églises sont vides, direz-vous.

Et pourtant, je connais peu de sociétés où le sentiment religieux pénètre autant les débats de société. Le Québec n’a plus l’armée de missionnaires qu’il a longtemps déployée sur tous les continents, mais celle-ci a été remplacée par des bataillons d’ONG chargées de répandre la bonne parole à travers le monde. Nous ne faisons plus de pèlerinages, mais l’incantation écologiste adopte parfois les mêmes intonations. Nous ne pratiquons plus la confession, mais le discours expiatoire sur ce que nous avons été atteint des proportions abyssales.

Les cours de religion sont sur le point de disparaître. Belle affaire, puisqu’ils reviennent par une autre porte sous le déguisement d’un enseignement éthique qui s’annonce d’un moralisme à faire pâlir les vieux frères des écoles chrétiennes. Certains Québécois ont beau feindre l’indifférence à l’égard de l’Église, ils sont les premiers à revendiquer comme un droit syndical l’ordination des femmes. Même la ministre de la Condition féminine se mêle d’un débat considéré dans les États laïques comme une affaire strictement religieuse. Nous dira-t-elle demain comment choisir les imams et les moines bouddhistes? On n’imagine pas un ministre français s’ingérant de la sorte dans des affaires qui ne le concernent pas. D’ailleurs, qui a remarqué que la lettre de Mgr Ouellet s’adressait aux croyants?

Les Québécois ont beau fuir la religion, celle-ci semble les poursuivre dans tous les recoins de leur être. Il n’y a pas de pire catholique que celui qui s’ignore.

***

crioux@ledevoir.com
Source: Des catholiques qui s’ignorent

Un jour, il faudra bien que les Québécois apprennent à s’apprivoiser eux-même, si nous voulons que les “autres” nous apprivoisent à leur tour.


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14 commentaires sur “L’Église et nous”


  1. La Longueuilloise dit:

    Le texte de Rioux est une lecture parmi d’autres. D’ailleurs ce qu’il dit est faux sur certains points : Benoît XVII (quel numéro? what number?) est en train de défaire ce qui s’est fait depuis Jean XXIII, notamment en affirmant encore récemment que le catholicisme est la religion «la plus parfaite». Je ne peux plus souffrir l’arrogance de ces dinosaures zozotants.

    Je n’attache aucune valeur culturelle ou historique au crucifix. Alors, pour être cohérente, je n’ai pas fait baptiser mes enfants, entre autres. Tant de Québécois sont philosophiquement entre deux chaises. De quoi ont-ils peur?

    Je n’en ai rien à cirer de Wallet et de ses fausses excuses. Ce type est incapable de sortir de ses schèmes de pensée préfabriqués et étroits (unable to think out of the box). Pour une fois je suis d’accord avec Dubuc http://www.cyberpresse.ca/article/20071123/CPOPINIONS05/711230842/6741/CPOPINIONS.

    Je n’ai rien contre les gens de la base, y compris certains curés, ni contre la foi ou la religion. J’en ai contre les fondamentalistes et la hiérarchie, son hypocrisie (pédophiles simplement changés de paroisse au vu et au su de tout le monde jusqu’à Rome y compris — il y a des preuves écrites en ce sens), les excuses assorties de remontrances (il peut se les mettre où il pense), le double discours égalité-sexisme, l’homophobie dans la doctrine alors que plein de prêtres sont homosexuels et que la science prouve que ce n’est pas un péché, le pied de nez récent aux autres religions qui représente un retour à la période pré-Jean XXIII, le retour vers le passé avec la messe en latin, etc.

    Je n’ai plus rien à faire avec cete institution humaine que j’ai quitté en 1969 (j’avais 13 ans comme Francine Raymond!) qui érige son bla-bla (sous le couvert de «tradition») en doctrine d’importance égale à L’Évangile.


  2. Alain B. dit:

    Ma mère aussi a fait comme toi. En 1966, à l’âge de 15 ans.

    Moi non-plus je n’ai pas été baptisé (phénomène encore très nouveau, en 1971) ni élevé dans quelque forme de religion que ce soit.

    Mais moi, qui arrive à l’autre bout de votre cheminement, je me retrouve aujourd’hui devant un vide spirituel et une situation où je trouve les repères collectifs font défaut.

    Je ne dénonce pas votre cheminement comme une erreur, au contraire, l’Église des années 60 était tout à fait intolérable, tout comme plusieurs aspects de sa doctrine actuelle, je reconnais l’impératif d’avoir quitté l’Église à cette époque… j’aurais fait la même chose…

    Mais votre génération n’a pas réussi à mettre en place quelque chose qui puisse combler les besoins spirituels et valeurs communautaires qui font défaut dans notre société “de consommatiuon à outrance” d’aujourd’hui.

    Alors ne soyez pas surpris si tout à coup, plusieurs de ma génération qui n’ont jamais vécu la religion soient soudainement réceptifs aux ouvertures du cardinal.


  3. La Longueuilloise dit:

    M. Alain B., vous avez droit à votre opinion. Et je ne suis pas en faveur des sectes, qui sont encore pires que les religions mainstream.

    Je n’ai AUCUN problème de vide spirituel. J’ai même étudié la théologie pendant un an.

    Pour moi la spiritualité c’est quelque chose d’intensément privé.

    http://cestuncoupdebelette.blogspot.com/2007/11/mgr-ouellet-peut-bien-dire-ce-quil-veut.html


  4. Alain B. dit:

    Je ne doute pas que vous n’ayez aucun proplême de “vide spirituel”, contrairement à moi, vous avez eu une enfance ou la religion était omniprésente… Malgré votre révolte envers l’institution religieuse qui vous la présentait, le fait d’avoir grandi dans la religion vous a donné les outils nécéssaires pour avoir une spiritualité forte… même si elle est (et c’est ce que je me fait toujours dire par les gens de votre génération qui ont fait le même choix que vous à l’adolescence) intensément personnelle.

    Mais on n’adresse presque jamais ma question principale qui est, à nous qui avons eu une enfance en totale absence de religion (même une contre laquelle on aurait pu se révolter), quels outils cela nous laisse-t-il? Votre génération, en réaction à une institution religieuse qui était devenue beaucoup trop intrusive, avez décidé de faire de la religion une chose profondément personnelle… et d’en vider l’espace public. Sauf que la génération qui vous suis ayant grandi dans un espace public asceptisé de valeurs communes fortes ne s’y retrouve plus.

    Vous dites que vous n’avez rien contre la base, y compris certains curés( aujourd’hui, j’ai plutôt l’impression que c’est la plupart), ni contre la foi ou la religion, mais plutôt contre le fondamentalisme (qui selon moi, existe tout autant en dehors de la religion), la hiérarchie et son hypocrisie (même chose), le double-discours (encore), et les politiques du pape actuel, incluant l’emphase sur l’homophobie, le sexisme, et le courant qu’il représente qui souhaiterait abolir vatican II.

    Au fond on se rejoint, je suis entièrement d’accord avec vous. Mais je ne comprend pas ce rejet en bloc de toute l’institution, malgré la bonne volonté de la vaste majorité des individus (principalement à la base) qui la compose.

    Je pose la même question que j’ai posée sur le billet de Renart: Faut-il abandonner la société de droit démocratique et le libre marché parce que nous sommes gouvernés par des élites corrompues qui n’en ont que pour leur intérêt personnel? Pourquoi seulement l’Église?

    En passant, pour mettre les choses au clair, je n’appuie pas la demande du cardinal quant au retour de la religion dans les écoles… d’après moi, l’école est une institution civique et ne devrait donner que des cours de civisme démocratique ou de “valeurs civiques”. L’enseignement religieux devrait être l’affaire des parents et de leurs institution religieuses respectives.

    Mais pour que cela fonctionne sainement dans une société, il faut une forte présence de la religion organisée dans la sphère privée commune (une autre façon de dire l’espace publique)

    Mon intérêt dans sa démarche n’est que pour l’opportunité que sa sortie pourrait produire vers une certaine guérison de notre hystérie collective envers la religion.


  5. Renart L'éveillé dit:

    Alain,

    je ne comprends pas pourquoi tu fais un lien entre la spiritualité et l’Église. Moi je crois que plus on s’en éloigne et plus la spiritualité est forte, parce qu’elle n’est pas asservie par des obligations.

    Pour ma part, je crois la spiritualité plus en phase avec la philosophie. Là est ma position, car justement j’ai vraiment de la difficulté à m’inclure dans la spiritualité par un autre chemin que celui-là.


  6. Alain B. dit:

    Renart,

    Je te réponds ici


  7. Arnold S. dit:

    Que de facilité dans les propos de la longueuilloise. Ils démontrent une ignorance abyssale de la religion et de sa contribution positive à notre société.

    Tout ce discours anti-religieux est superficiel et lassant. Du néo-Janette Bertrand recyclé.

    J’ai quelquefois l’impression que ces baby-boumeuses hermpahrodites ont atteint le degré zéro de la réflexion…


  8. La Longueuilloise dit:

    >«Que de facilité dans les propos de la longueuilloise. Ils démontrent une ignorance abyssale de la religion et de sa contribution positive à notre société.»
    C’est une blague? Ignorance abyssale de la religion? (Et, à propos, parler de LA religion, en parlant du catholicisme, c’est un joli lapsus qui montre votre myopie). Ignorance de sa contribution? Ce n’est pas de la religion que je parle (d’ailleurs comment savez-vous ce que j’en pense) mais bien du speech de M. Ouellet. Pensez-moi ignorante si ça vous amuse, je m’en moque même si c’est faux mais si je donne des exemples qui prouvent que c’est faux, vous allez me dire que je me vante et que je suis narcissique.

    >«Tout ce discours anti-religieux est superficiel et lassant. Du néo-Janette Bertrand recyclé.»
    >Je suis sûre que vous écoutez souvent Janette Bertrand (où, premièrement?) et qu’elle parle souvent de ça! LOl! C’est un jugement de valeur — vous m’avez étiquetée «sale féministe» — et non une argumentation. Discours typiquement masculiniste.

    >«J’ai quelquefois l’impression que ces baby-boumeuses hermpahrodites ont atteint le degré zéro de la réflexion…» Bref, parce que je n’aime pas ce que M. Ouellet a dit, je suis conne. Évidemment.
    Généralisation à outrance, misogynie (hermaphrodites? de kessé?) mais aucune argumentation.

    Combien d’encycliques avez-vous lues? Combien de cours de théologie avez-vous suivis? Savez-vous de quoi vous parlez? Ce que vous prenez pour une réaction épidermique est au contraire fondé sur des dizaines de choses. Ça ne me tente pas de vous écrire 10 pages pour vous prouver par A+B. J’ai assez souffert personnellement de l’étroitesse de vues de l’institution romaine (je parle de la hiérarchie, non de la base) trop souvent pour ne pas avoir de bonnes raisons de penser ainsi.


  9. Alain B. dit:

    Belle répartie, La Longueuilloise, Je voulais intervenir face à ce commentaire gratuit… mais je vois que tu n’a pas besoin de moi pour prendre ta défense. :))

    Ceci dit, Arnold S, qui que tu soit, ce n’est pas parce que je difère d’opinion avec La Dame de Longueuil que je tolère des attaques puériles et gratuites du genre. La Longueuilloise a le mérite d’exliquer et de nuancer ses positions et j’ai beaucoup de respect pour sa perspective sur la question. Je cherche à comprendre pas à attaquer.

    Ton type d’intervention n’est pas le bienvenue chez moi. Avise toi de t’attaquer aux idées dorénavant, pas aux personnes.


  10. Arnold S. dit:

    Salut Alain et La Longueuilloise,

    Oh la la… Alain!! Hey! Du choc des idées naît la vérité!

    Ne trouves-tu pas que tu fais dans le “un petit peu moumoune” là! ;) Il n’y avait aucune vulgarité dans mes propos.

    La Longueuilloise est brillante et extrêmement articulée, son billet était violent et très anti-clérical, avoue-le, mais c’est tout et mon commentaire a suscité une jolie réponse de sa part, bien documentée et très amusante à lire. Je suis allé chercher le meilleur de la Longueuilloise! On n’est plus dans le soporifique, là. Je suis d’ailleurs certain qu’elle a pris un malin plaisir à fricoter sa réponse.

    Sans rancune.


  11. La Longueuilloise dit:

    Arnold, vous êtes un vlimeux :D.

    Je trouvais justement que ça ne vous ressemblait pas, mais plutôt à jim777, un masculiniste avec qui j’ai croisé le fer plus d’une fois (à moins que ce ne soit votre alter ego?). Sans rancune.

    Mais vous saurez dorénavant que «j’ai les dents assez pointues quand je m’y mets».


  12. Alain B. dit:

    Bon, bon…

    Je m’incline devant le “choc des idées”

    Disons que j’ai trouvé les mots “baby-boumeuses hermpahrodites” …un peu forts

    Mais clairement, celle à qui ils était adressés était capable de le prendre… je n’avais qu’a me tasser.

    Vivre la libre expression.

    ;)


  13. Alain B. dit:

    En passant, oui, je suis moumoune… et je m’assume comme tel.

    Au plaisir.

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