2007/11/25

L’Église et nous (suite)

Dans mon billet, L’Église et nous, où j’ai eu une discussion avec une baby-boomer La Longueuilloise qui me parlait de son rejet de l’Église, Renart me fait le commentaire suivant:

Alain,je ne comprends pas pourquoi tu fais un lien entre la spiritualité et l’Église. Moi je crois que plus on s’en éloigne et plus la spiritualité est forte, parce qu’elle n’est pas asservie par des obligations.

Pour ma part, je crois la spiritualité plus en phase avec la philosophie. Là est ma position, car justement j’ai vraiment de la difficulté à m’inclure dans la spiritualité par un autre chemin que celui-là.

J’ai commencé à y répondre, mais, comme c’est souvent le cas avec les interventions de Renart, ma réponse s’est éternisée et s’est transformée en billet sur l’importance de la religion…

Ma pensée évolue à ce sujet… Croyez-moi les amis, si vous m’aviez dis, il y a environs cinq ans, que je plaiderais ainsi un jour en faveur de la religion organisée et de l’expression religieuse… j’aurais ri. Enfin, je le prends comme signe que mon esprit n’est pas encore complètement fermé.

Renart,

Lorsque tu dis: «Pour ma part, je crois la spiritualité plus en phase avec la philosophie. Là est ma position, car justement j’ai vraiment de la difficulté à m’inclure dans la spiritualité par un autre chemin que celui-là.»

Je te comprends, j’ai longtemps été (je suis encore fondamentalement, en tant qu’individu) en phase avec toi là-dessus.

Mais je ne te parle pas seulement de spiritualité, je te parle du désir de solidarité, de communauté… ne reproches-tu pas, toi-même, le manque de solidarité et de sens de destin commun de ta société… son individualisme à outrance?

Ta philosophie et ton Humanisme sont un ingrédient essentiel à tout ça… et doivent demeurer au coeur de l’équation, mais sont-ils suffisants? Peuvent-ils faire consensus suffisant? …même à l’intérieur d’un petit groupe? Sont-ils assez fort pour créer un réel sentiment de solidarité et de destin commun qui trenscende les crises?… pour créer un tissu social plus fort que les lois?

Laissons de coté l’Église catholique québécoise pour un instant… qui doit avoir été bien loin dans son hypocrysie et sa cruauté pour avoir rendu le peuple québécois si allergique au concept même de la religion organisée… et qui continue de récolter ce qu’elle doit avoir semé, à mon avis.

Mais vraiment, je ne comprends pas que tu sois incapable de voir dans la religion organisée un lieu de partage et de communauté spirituelle… où l’être humain est appelé de façon concrete à mettre sa spiritualité en relation et au service de la communauté… à refléchir sur ce qui est plus grand que lui, dans une perspective fondée sur l’humilité et l’amour. (Tout en comprenant qu’on ne peut jamais complètement éliminer “l’hommerie” de l’activité humaine - incluant celle-là.)

Selon moi, l’Humanisme, la stricte raison comme seul fondement de la spiritualité… est insuffisante. Toute la rationalité du monde ne peut s’addresser aux pulsions profondes de l’Homme… à un besoin de mysticisme… de mythe… Nous remplissons en partie ces besoins par l’art, la musique, le cinéma, l’alcool, les drogues, etc…

Mais sans quelque chose de solide auquel ratacher cet aspect de notre humanité… sans quelque chose pour l’encadrer (le plus sainement possible, de préférence) l’éparpillement de nos pulsions mène, me semble-t-il, à une dé-solidarisation individuelle (désespoir, dépression, suicide, etc) et collective (fractionnement social, individualisme nocif, etc)

Comprends-moi bien, je ne parle pas du tout contre l’art, la musique, etc… (ni même contre les drogues, ce serait le comble de l’hypocrysie) et encore moins pour que ces choses soient encadrées par ou mises au seul service de la religion. Je dis seulement qu’en enlevant l’expérience spirituelle communautaire (la religion organisée) de nos vies. Nous enlevons un point d’encrage central et essentiel qui permet non seulement d’encadrer notre coté irrationnel, mais de le propulser au service de notre bien-être et celui de la communauté.

Car au fond, c’est ce que je vois dans la religion. Une tentative de diriger les pulsions humaines au plus grand bénéfice en plaçant la plus puissante et bénéfique des pulsions, l’Amour, au coeur de nos préoccupations.

Je ne prétends pas qu’un retour vers l’Église avec un grand «É» soit la solution… je suis résolument tourné vers l’avenir. Mais je constate que nous n’avons encore rien trouvé d’aussi fort que la religion comme ancrage collectif pour nos pulsions, et je lie plusieurs des problêmes sociétaires que nous vivons à ce phénomène.

Rejeter l’Église catholique pour toutes ses tares institutionnelles… parce qu’elle continue à refuser d’intégrer l’Humanisme dans son message central (qui n’est pourtant pas du tout incompatible avec les fondements du christianisme, à mon avis, au contraire)… je veux bien.

Mais je me pose sérieusement la question si nous ne sommes pas allé trop loin en rejetant la religion et l’expression religieuse.

Et je me demande par quoi nous allons la remplacer.

En terminant, je sais que je risque de t’irriter un peu en t’envoyant à nouveau vers une source anglophone… Mais je te recommande fortement ce discours de Barack Obama qu’il a donné il y a plus d’un an devant un public de religieux noirs et/ou progressistes. Il y parle de sa relation avec la foi et du conflit états-unien entre les consevateurs religieux et les laïcs progressistes, mais les echos et paralleles avec le notre sont frappants. Je viens de me le retapper et il reflète plus profondément ce que j’essaie d’exprimer ici.


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5 commentaires sur “L’Église et nous (suite)”


  1. La Longueuilloise dit:

    Peut-être ceci pourrait-il t’intéresser?http://www.uuqc.ca/introduction.html


  2. J.H. dit:

    C’est vraiment une réflexion intéressante.

    S’il y a déclin des religions traditionnelles. Il y a toutefois une explosion de la pensée spirituelle (ou pseudo spirituelle) individualiste tendant dans un mélange de New Age, culture de la croissance personnelle, ésotérisme.
    Des livres du type “Connais toi, toi même” sont des best sellers. Des psychologues concoctent un modèle miracle de succès personnel et ils sont adulés un peu partout.
    L’individualisme moderne, n’est pas de l’individualisme, mais du narcissisme.

    Les gens se font maintenant plaisir (au point de vue individuel). Les femmes et hommes sont rendus plus indépendants et centrés sur leur personne qu’ils naviguent de relation en relation. Les points d’ancrage de stabilité ne sont plus présents. L’adultère, l’échangisme, la prostitution, les rencontres d’un soir sont rendus des pratiques maintes et maintes fois propagés dans les médias. Offrir des bases stables dans le but d’offrir un environnement stable à l’épanouissement de la famille n’est plus encouragé.

    Les gens sont-ils en manquent de spiritualité ? Le taux de suicide alarmant, la culture sadomasochiste ou « jack ass », l’évasion dans les drogues, la prostitution, la pornographie sur Internet, la culture de violence gratuite… oui il y a certainement un manque de valeurs!

    La religion a eu le mérite au moins de créer une certaine cohésion sociale et d’édifier des balises pour garantir un environnement propice au plein développement des familles et des communautés. La religion a une place importante dans notre société.

    Toutefois, je rejette catégoriquement la méthode employée fondée exclusivement sur la peur.

    Moi-même je ne suis pas religieux. Toutefois, je constate moi aussi qu’il y a un vide spirituel.

    Plusieurs ont critiqué Mgr Ouellet, moi j’ai trouvé que ses écrits étaient empreints de profondeur.

    Je ne suis pas religieux du tout, je suis même pas Catholique comme toi Alain. Je constate comme toi toutefois l’importance qu’a prise la religion dans l’édification de notre société.

    Je trouve aussi pervers la tendance de mes contemporains à rejeter toutes contraintes éthiques ou morales à leurs actions.


  3. Renart L'éveillé dit:

    Je commence à comprendre où tu veux en venir avec tout ça. Et J.H. accompagne bien ta réflexion.

    Tu cherches donc une manière de souder un peu plus les humains ensemble, mais dans un territoire donné ou globalement?

    Je crois qu’ici, en ayant abandonné la religion dans un sens collectif, nous sommes plus près et plus prêts à nous joindre à l’humanité, mais il faudrait pour cela que toutes les nations fassent de même; sinon, au moins diminuer l’importance de la religion dans leur rapport à l’autre, celui qui n’adhère pas au même culte. D’où l’importance de la laïcité au niveau international, car il semble que la religiosité ne soit pas synonyme de paix…


  4. Alain B. dit:

    Merci J.H. comme dit Renart, tu complémente bien ma pensée.

    Renart,

    En fait, dans ce cas précis, ma démarche est dans une perspective très locale (presque personnelle)… Tu dis qu’en ayant abandonnés la religion nous sommes plus prêts à joindre l’humanité… si notre but est de se perdre dedans, tu as peut-être raison, mais l’aboutisment de cette pensée, selon moi, c’est le trudeauisme. Je ne dis pas que nous devons y retourner comme avant, mais sans quelque chose pour remplacer la “colle sociale” qu’elle fut, sommes nous vraiment prêts à “joindre le monde”? Je me pose la question.

    Je te suis dans un concept de laïcité internationale tant qu’il s’agit d’une laïcité qui traite l’expression religieuse comme un élément positif (sans égard à une religion plus qu’une autre)… pas une qui, comme cela semble etre de plus en plus le cas ces jours ci, la traite comme une pathologie à décourager.

    En fait, je dispute cette notion que la religiosité ne soit pas synonyme de paix, comme tu dis. Je crois vraiment que la méfiance mal placée de la culture ambiante face à la religion, fait qu’on analyse cette question de travers et qu’on se trompe de cible. Mais, là je vais m’éterniser, alors j’arête.


  5. Alain B. dit:

    La Longueuilloise,

    Merci du lien, mais comme on le voit ici, j’étais déjà au courant. S’il s’agissait seulement d’une démarche personelle, ce serait peut-être un choix, mais je suis plus intéressé à explorer les possibilités de conciliations entre le type d’approche des ces églises “universalistes” et celle de la plus ancienne institution au monde à toujours être en fonction, l’église romaine.

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