2007/11/25 15:30

L’Église et moi

Ce billet ne fait que rassembler plusieurs commentaires que j’ai écrit ici, sur le blogue de Renart L’éveillé, lors d’une conversation suite à son billet sur le fameux mea culpa surprise du cardinal Ouellet cete semaine. Je tenais à les rassembler car ma réflexion sur l’Église et la religion en est une qui est en plein mouvement et n’est nullement arrêtée. J’essaie d’en garder la trace.

Suite à la sortie du cardinal Ouellet, où il demande pardon aux québécois pour les abus de pouvoirs de l’Église d’avant 1960 tout en plaidant pour un retour de l’enseignement religieux à base confessionnelle dans les écoles (aspect de sa démarche sur laquelle je me prononcerai dans un lettre ouverte que je suis en train d’écrire au cardinal), Renart publie ce billet qui m’inspire à lui poser la question suivante:

Tu dis: « Reste à savoir si cela impressionnera le public. Pour ma part, pas du tout puisque dans ce cas précis, ma capacité à pardonner est handicapée par ma raison. Et elle est impitoyable! “Ma question, alors:

Qu’est-ce que ça prendrait pour que cette institution dont le message est fondé sur l’amour, le pardon, l’ouverture, le partage, l’humilité, une préoccupation pour le bien de la communauté et la paix entre les hommes (des valeurs que tu partage, je crois) puisse se racheter à tes yeux?Tu dis que ta raison est “impitoyable”… c’est justement ce qui me fait le plus peur des gens qui disent fonder leur pensée strictement sur la raison… et qui sont convaincus que cela donne une plus grande valeur à leur opinion. C’est dangereux, ça… Ça manque de …pitié.

Renart était alors occupé à donner une conférence en Abitibi (qu’il raconte ici et ici) donc la conversation s’est déroulée avec ses autres lecteurs.

Dans son intervention, iamwormbuffet me lance en passant:

Alain, quand une institution doit être prise en pitié…

Ce qui m’inspire la réponse suivante: (je réponds à toute son intervention, pas seulement cette phrase)

Je ne dis pas que l’institution doit être prise en pitié… je dis seulement que ceux qui la condamne en manque.Outre les “institutions”, moi, les seules personnes qui me donnent l’impression d’être convaincu de détenir la vérité… sont les partisans le la laïcité qui méprisent la religion. De mes rencontres avec des gens qui ont “la foi”, se dégage une impression de gens infiniment plus humble devant “la vérité”… et avec une volonté beaucoup moins grande d’imposer leurs valeurs et coutumes aux autres… Ce qui est pourtant ce qui leur est reproché par ces “laïcs” qui veulent que tout le mopnde entre dans un même moule non-religieux.

J’ai de la peine à m’expliquer cette contradiction.

D’après moi, le fusil de l’intolérance et de l’intégrisme a changé d’épaule… on s’en est juste pas encore apperçu parcequ’on est trop convaincu de détenir la “vraie” vérité.

Et ça, c’est quelque chose qui devient de plus en plus flagrant à mes yeux.

Je passe par-dessus mon altercation avec un dénomé Roblechon car elle n’apporte rien de neuf. Lui: Regarde l’histoire et toutes les atrocités commises par la religion. Moi: Le fanatisme existe autant et est tout aussi dangereux en dehors de la religion, c’est une erreur de lier les deux. Bla bla bla…

J’en profite, par contre, pour souligner l’analyse réfléchie et perspicace de Capitaine Virgil.

Vient ensuite, Philippe David qui décide de «relever le défi» de ma question initiale et de s’y attaquer:

Ma réponse est “qu’elle commence à pratiquer ce qu’elle prêche”. C’est beau que Mgr Ouellet nous demande pardon pour les torts de son Église, et encore il le fait seulement pour avant 1960, mais l’Église n’a absolument pas progressé depuis. Ma mère est une pratiquante dévote qui a divorcé et s’est remariée. Elle s’est butée maintes fois à l’attitude archaïque de l’Église envers le divorce et envers les femmes à chaque fois qu’elle participait aux activités paroissiales. Et vous croyez vraiment que l’Église fait preuve de charité lorsqu’elle proscrit l’usage du condom? 30 millions de croyants africains et sud-américains infectés du VIH en payent le prix.Je ne peux pas parler pour Renart, mais pour ma part, c’est justement parce que je partage les valeurs que tu mentionnes ci-haut que j’ai bien de la difficulté à pardonner l’Église. Je le ferai peut-être un jour si elle change, mais avec Benoit XVI, ça ne risque pas d’arriver.

Je respecte, je comprends et j’accepte cette réponse… mais elle m’inspire tout de même la lancée suivante: (qui est le morceau principal que je voulais conserver)

Merci de ta réponse. Qui selon moi est juste, sensé et très valide. Je suis forcé de te donner raison en ce qui a trait à tes raisons de ne pas (encore) pouvoir pardonner l’Église. Sauf lorsque tu dis qu’elle n’a pas du tout progressé depuis 1960… Quand-même, je te consent qu’elle a encore beaucoup, mais alors là, beaucoup de chemin à faire, que le gouffre qui la sépare encore de la population est énorme… mais de là à dire qu’elle n’a pas du tout progressé…Pour ma part, je n’ai été élevé dans absolument aucune forme de religion… je ne suis même pas baptisé. J’ai plutôt eu une éducation à saveur « Age of Aquarius », ma spiritualité personnelle est très riche, puisée à plusieurs sources, fortement anchrée dans le rationalisme scientifique et teintée de nuances… et j’en suis fier. Mais je me retrouve aujourd’hui avec une belle spiritualité personelle et… solitaire. Et je constate que c’est le cas pour la plupart de mes contemporains.

J’ai soif, et je suis convaincu de ne pas être seul, d’une spiritualité qui soit davantage communautaire, collective, solidaire… J’entend le cri des gauchistes qui désespèrent de cette société de consommation basée sur le « culte du moi » et qui déplorent surtout son manque de solidarité… et je me demande si en abandonnant la religion organisée, nous n’avons pas mis de coté justement cet ingrédient qui est supposé la créer… en tout cas, nous n’avons encore rien trouvé pour la remplacer… L’État à certainement un rôle à jouer pour encourager la solidarité, mais il se doit d’être neutre et pluraliste et est (doit être) sérieusement limité dans la sphère des valeurs personnelles et communautaires.

Est-ce que je prône un retour vers l’Église? Je ne le sais pas… en tout cas, je suis loin de prôner un retour en arrière. Et malgré ma grande ouverture à la religion et aux valeurs qui la sous-tendent, (dans lesquelles je me reconnais entièrement malgré mon absence totale d’indoctrination) j’ai exactement les mêmes problêmes que toi et les autres avec les politiques institutionnelles de l’Église catholique dans sa forme actuelle et ses abus de pouvoir du passé.

Mais pour une raison qui m’échappe, je semble avoir l’instinct de pardon et de compassion plus développé que mes compatriotes… Je replace les choses dans leurs contexte historique… j’essaie de comprendre les conjonctures… et je me dis que les hommes du passé ont fait du mieux qu’ils ont pu compte-tenu de leur contexte.

Mais je trouve aussi que “nous” avons un rapport complètement névrosé avec cette institution et son rôle historique dans la survie et la formation de la collectivité francophone d’Amérique… et de son caractère.

Cette Église qui nous dominait tant “avant la révolution tranquille”, n’arrivait pas de “l’extérieur”… elle était formé de nos “intellectuels”… nos oncles, nos tantes, nos ancêtres… en la comdamnant nous nous condamnons nous-même… Une certaine réconciliation avec cette aspect de notre caractère historique est nécéssaire si nous voulons envisager l’avenir de manière saine.

Et malgré ma grande antipathie initiale pour l’homme, je me dois d’admettre qu’au moins, sa démarche cherche sincèrement à s’approcher de la mienne… la distance à parcourir est encore grande, mais c’est un début.

Pour l’instant, je n’approche pas la question avec des réponses, mais avec un questionnement.

Et une des questions que je me pose est: Abandonne-t-on la société démocratique de droit parce que nous avons des gouvernents corrompus qui en trahissent les idéaux? Pourquoi le faire avec l’Église alors? En 1960, on aurrait pu me répondre parcequ’elle est tellement pourrie de l’intérieur qu’elle est irrécupérable et j’aurais surement acquiéssé. Mais aujourd’hui?

Voilà, ma réflexion continue…


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2 commentaires sur “L’Église et moi”


  1. Philippe David dit:

    Salut Alain,

    J’avais vu ta réplique sur le blogue de Rénart, mais j’ai pensé te répondre ici.

    Je suis d’accord avec toi sur le fond. Notre société vis un certain malaise actuellement qui découle en grande partie de notre délaissement de l’Église catholique et du fait que nous n’y avons pas encore trouvé de substitut valable.

    J’ai grandi dans les années 60 et j’ai connu les cours de catéchisme à l’école élémentaire et de religion au secondaire. J’ai fait une partie de mon secondaire dans un collège privé géré par les frères Ste-Croix. Là j’ai benificié (?) de cours de religion un peu plus poussés que ce qui se donnait à l’époque aux écoles publiques. Nos cours faisaient vraiment de l’interprétation biblique. Je dois admettre que j’y ai appris beaucoup. C’est un peu là que j’ai commencé à voir une différence entre le message de la bible, tel que moi je l’interprète, et celui de l’Église. J’en suis devenu désabusé et j’ai relégué la question de Dieu aux oubliettes, mais il n’empêche que si j’ai rangé ma Bible, je n’en ai pas oublié les leçons. C’est ce qui me donne mon compas moral.

    Ok, je vais admettre que l’Église a évolué un petit peu sous Jean-Paul II, mais pas assez. L’Église est encore trop rigide, et malgré les excuses de Mgr Ouellet, avec Benoit XVI, elle menace de régresser aux dogmes pré-Vatican II, ce qui fera tout sauf nous réconcilier.

    Malheureusement, sans substitut viable, ça nous laisse vulnérables à la montée de l’islamisme. Je crois que c’est vraiment ça qui est à la racine de notre crise identitaire. Peut-être dans le fond, nous jalousons un peu les musulmans pour leurs convictions et leur foi…

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