2007/10/31 14:17

Pourquoi j’ai signé la pétition « Québécois dits "de souche" contre l’intolérance » malgré certaines sérieuses réserves

J’ai appris l’existence de cette pétition grâce à un billet de Renart L’éveillé où il nous explique pourquoi il ne peut la signer malgré sa grande tolérance naturelle (en faveur de laquelle je témoigne volontiers).

La pétition est ici.

J’avoue que le libéllé du point numéro trois, tel qu’originalement écrit et raporté par Renart m’aurait aussi posé problème et m’aurait empêché d’y apposer mon nom. La révision, qui n’est toujours pas assez pour Renart, me pose encore problème mais a été assez diluée pour que je puisse m’y joindre.

À condition de pouvoir y enregistrer mes dissidences particulières, ce qui fut fait.

Je reproduis ici le commentaire qui
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accompagne ma signature:

Je signe malgré mes réserves à certains aspects du texte parce qu’en tant que Québécois “de souche” ayant passé la majeure partie de ma vie à Côte-Des-Neiges à vivre parmi les immigrants, je suis profondément choqué et blessé par l’intolérance démontrée par trop de mes concitoyens.Par contre, mes réserves sont que j’appuie le principe d’une citoyenneté québécoise qui soit liée à la connaissance ou la volonté d’aprentissage du Français. Mais étant de nature profondément accommodante, je serais beaucoup plus inclusif dans sa présentation et flexible son application. Et je suis d’accord pour dire que le projet, tel présenté par le PQ, est d’une maladroitesse et d’une insensibilité malheureuse (presqu’absurde) en faisant une exigeance légale (la connaissance du Français pour se présenter à un poste électif) d’un principe qui est déjà très bien établi dans les us et coutumes, qui ne pose problême à personne et qui n’avais donc nullement besoin d’être codifié de la sorte. C’est vrai que cela présume injustement d’un manque de volonté qui n’existe tout simplement pas au sein des nouveaux adhérants à notre société. Bien au contraire…

Et je suis très d’accord pour dire que d’introduire ce projet de loi à ce moment-ci, dans sa forme actuelle, en pleine session de défoulement, relève d’une irresponsabilité étonnante.

De plus, bien que je suis loin d’aller aussi loin que Bock-Coté dans mon analyse… je ne suis pas prêt à condamner son discours aussi catégoriquement. Je crois qu’il existe un espace raisonnable de discussion où ses positions sont légitimes et méritent d’avoir voix au chapître (et non de dominer la discussion).

Ayant dûement inscrit mes dissidences particulières au libéllé, je signe avec enthousiasme cette pétition car il faut se prémunir contre l’intolérance aveugle quelle que soit son origine.

Alain Berger, Québécois d’origine “canayenne”


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6 commentaires sur “Pourquoi j’ai signé la pétition « Québécois dits "de souche" contre l’intolérance » malgré certaines sérieuses réserves”


  1. Sgt Scott dit:

    Merci Alain pour cet excellent commentaire car j’endosse les modérations que tu y fais. Aussi, le fait que j’aie travaillé dans Côte-des-Neiges pendant un an et demi fait que tres propos collent pour beaucoup à mon état d’esprit. Voilà pourquoi je signerai la pétition en y référant ton commentaire.
    Merci.
    Sgt Scott


  2. Alain B. dit:

    Merci Sgt.

    Maintenant, si seulement je peux convaincre Renart…

    ;)


  3. Renart L'éveillé dit:

    Me convaincre… hum!

    Justement, j’écoutais pour une rare fois les nouvelles à TVA et il y avait Paul Piché qui s’exprimait sur la question. Ça tombe qu’il pense comme moi. (Entre artistes on se comprend ça l’air…)

    Il ne dit pas que le projet de Pauline Marois est parfait, il avoue qu’il y était même indifférent au début, tout comme moi, mais il a fini par se rendre compte que de faire en sorte, par quelque moyen que ce soit, de participer à la protection du français est important.

    Moi c’est le fait que tout le monde monte aux barricades de la sorte devant cette idée de protection qui me pue au nez. Le moyen est moins important que le fait. Alors, cette pétition me semble encore inacceptable parce qu’elle met l’emphase, avec ce point no 3, sur l’immoralité de vouloir légiférer minimalement dans le sens d’encourager le français. Le deux-poids-deux-mesures entre la citoyenneté canadienne et une possible citoyenneté québécoise est discutable, non?

    Ce petit moment de télé m’a un peu réconcilié avec la couverture médiatique, c’est presque dommage que ce soit à TVA… En même temps c’est normal, avec la convergence Radio-Canada-La Presse, que j’aie l’impression qu’il n’y en a que pour les positions qui vont contre…


  4. Alain B. dit:

    Je suis en train de t’écrire un long commentairte sur ton billet… mais les distractions (comme le besoin de manger fusent de partout.

    Je veux préciser que moi je n’ai aucun problème avec l’idée d’exiger une connaissance de base du Français pour obtenir la citoyenneté Québécoise. (Je ne ferais qu’une exception pour un citoyen reçu qu veut ammener sa perenté plus agée, genre 50 ans et plus)… seulement avec les dispositions particulières actuelles à l’idée d’empecher un non citoyen de se présenter aux élections… et ce, pas pour des raisons de peur de froisser les sensibilités… mais parce que ça heurte mes sensibilités à moi quand à la société francophone dans laquelle je veux vivre…

    Et je n’ai aucun problème à ce qu’on en parle… seulement… là le timing était mauvais… je m’expliquerai plus amplement dans les coms de ton billet… mon roti brûle!


  5. Anonymous dit:

    Cette pétition de Caroline doit être rejetée.

    L’expression “Québécois de souche” est extraordinairement réductrice.

    Cette expression me réduit, moi et tous mes concitoyens, à une seule “souche”, alors que nous sommes tous constitués, dans les faits, par une multitude d’appartenances politiques, culturelles, religieuses, ethniques, etc.

    Ces multiples appartenances définissent mon identité personnelle qui est complexe et unique.

    Il ne peut y avoir d’identité collective. Ce que l’on peut avoir, c’est une collectivité d’individus vivant dans un même territoire et acceptant de coopérer et de travailler ensemble sous l’égide d’un état de droit.

    Il y a une grave dérive ethno-raciste inconsciente dans la population québécoise.


  6. Alain B. dit:

    Anonyme,

    Merci pour tous ces commentaires, ton érudition et la précision de tes pensées m’impressionnent sincèrement. As-tu déjà pensé à lancer ton propre blogue?.

    Je comprends très bien ton point de vue. J’en viens.

    Tout cela est très beau et très vrai, dans le monde des sphères aristotélitiennes… ou dans un univers de personnages imaginés par Ayn Rand. (je n’associe pas ton discours au sien)

    Mais de concevoir toutes nos composantes identitaires comme tu le fais (moi aussi mon identité personnelle est composée de multiples appartenances) est de commetre un vice analytique. Il faut aussi regarder par l’autre bout de la lorgnette.

    À quoi appartenons nous? Quelle est la nature de ces “regroupements”… ces collectivités… auquelles nous ressentons le besoin d’appartenir?… qui sont essentielles à la définition de notre identité personnelle?

    Quel est le moteur de ce désir qu’ont les être humains de mettre leurs efforts en commun afin d’atteindre ce qu’ils ne peuvent pas seuls? Quel sont les conditions qui permettent d’appeler l’adhésion et de combiner les efforts du plus grand nombre pour le plus grand bien de la façon la plus concensuelle et harmonieuse possible? Ce sont les question qu’on doit se poser lorsqu’on se préoccupe de dynamiques collectives. Qu’il s’agisse d’une entreprise, d’une religion ou d’une nation.

    On ne peut pas nier l’existence d’entités collectives complexes et amorphes centrées autour d’idées, d’objectifs, pratiques et/ou cheminements, tant-tôt précis, tant-tôt vagues ayant leur propre logique de cheminement. Toi-même, tu mets de l’avant le concept d’appartenance. Je répète, à quoi appartiens-tu, sinon à des collectivités qui possèdent une “identité” dont la définition ne dépends pas entièrement de toi? Tu y adhère, elles te définissent, parceque tu te reconnais dans la résonnance identitaire qu’elles te proposent.

    Et y adhérerais-tu si elles n’avaient pas de composantes identitaires propre à leurs natures collectives que tu puisse amalgamé à ton identité propre?

    L’espace sociétal francophone d’Amérique est une de ces collectivités qui occupent mon attention. Je tiens à ce que cet espace socio-historico-culturel qui évolue depuis quatre siècles continue à en être un qui continue à appeler l’adhésion des hommes… à attirer de nouvelles appartenances… qu’il soit l’espace d’appartenance qui sous-tend l’État de droit dans lequel les individus acceptent de travailler et de coopérer ensemble… au même titre que l’espace anglo-saxon américain.

    Et ce n’est que l’illusion de l’espace culturel dominant de croire qu’il n’y a rien d’autre dans les faits et sur le terrain qui appelle l’adhésion des individus à son État de droit que le simple fait de vivre sur son territoire et accepter de coopérer et de travailler ensemble sous l’égide d’un état de droit.

    Pour citer Burke: “Les moeurs sont plus importantes que les lois et c’est souvent d’elles que les lois dépendent

    Ce n’est pas l’État qui défini les moeurs. C’est l’identité socio-culturelle collective sur lequel il est fondé qui détermine cela.

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