2007/10/05

Le voile de la peur

Hé les amis!

J’ai une petite question pour vous.

Combien de fois, dans votre vie, avez-vous vu, en personne… pas à la télé ou en photo mais dans la vraie de vraie vie, une femme au visage voilé?

Vous savez ce que je veux dire.

Je parle de ceci:

Parce que moi, pendant toutes les quinze années de ma vie que j’ai habité le cartier Côte-Des-Neiges (le coeur de l’immigration au Québec, s’il y en a un) je peux vous dire honnêtement ça ne m’est arrivé que trois fois.

Trois fois en quinze ans!

Je l’avoue, à chaque occasion, cela m’a rendu profondément mal-à-l’aise… j’irais même jusqu’à dire que ça m’a un peu choqué. Et c’est à ces moments que j’ai pu voir si j’étais vraiment tolérant. Parce que, mes amis, c’est ça la tolérance, c’est quand on n’aime pas quelque chose… quand quelque chose nous choque… et qu’on décide, au nom du respect des différences, de le tolérer.

Moi, de façon générale, les gens qui ne sont pas comme moi, qui ne pensent pas comme moi, je ne les tolère pas, je les accepte… sans ambages… je n’ai pas grand mérite, je suis tout simplement fait comme ça, je ne sais pas comment faire autrement.

Ce n’est qu’à ces trois occasions que j’ai vraiment eu à me poser la question si j’étais capable de faire preuve de tolérance.

Mais quand même… trois fois en quinze ans!

Je constate l’hystérie collective autour de moi ces jours-ci entourant toutes ces questions dites « d’accommodements raisonnables, » (un pauvre petit concept de droit qui est présentement en train de subir tout le poids d’une crise identitaire qui dépasse largement son application)

…et je ne peux que me poser la question suivante:

Avons nous si peu confiance en notre société, en l’attrait de notre culture, que nous nous sentions menacés pas une infime minorité de gens qui revendique le droit à la différence?

[Ajout: Je devrais préciser. Il s'agit d'une période de beaucoup plus que quinze ans. Je suis arrivé à CDN à l'age de 11 ans. J'y habite toujours. Cela fait donc 25 ans. Je n'ai pas compté les 10 ans (dont seulent trois hors de l'île) où j'habitait ailleurs à Montréal. Il aurait donc été tout aussi vrai de dire: Trois fois en 25 ans!]

[Re-ajout: Je n'avais aucune idée, en nommant ce billet ainsi, qu'il y avait un livre du même nom qui était sorti un an plus tôt... je ne l'ai découvert que quelques semaines plus tard en voyant ce reportage.]


Billets semblables

41

7 commentaires sur “Le voile de la peur”


  1. Sgt Scott dit:

    Bonjour Alain B.,

    Suite à ce billet j’ai écrit un (très) long commentaire que j’ai jugé à la fin plus pertinent de publier comme billet étant sa longueur. Voici le lien sur Le Blogue du Capitaine Virgil: http://capitainevirgil.wordpress.com/2007/10/05/sur-le-voile-commentaire-a-renart-leveille/

    Si vous préférez tout de même que je le publie comme commentaire sur votre blogue, dites-le moi et je ferai les corrections dès lundi prochain (je quitte le bureau en ce moment et je n’ai pas Internet à mon appartement).

    Bonne fin de semaine,


  2. Alain B. dit:

    C’est très bien fait comme ça.

    Merci du commentaire, j’apprécie.

    J’y répond ici.


  3. Capitaine Virgil dit:

    Je crois que tout c’est la manière canadienne de gérer les difficultés liées à la différence. Je vous conseille trois auteurs qui traitent du problème.

    Le premier est James Tully. Il s’intéresse à la question amérindienne, mais plus spécifiquement au concept de colonisation interne. Ce concept peu ensuite être réappliqué dans les rapports entre la majorité et la minorité.

    Le second est Will Kymlicka. Dans la Citoyennté multiculturelle, il y décrit notamment la difficulté d’intégrer des visions en apparence contradictoire au sein d’un même État et d’assurer à cet État une certaine stabilité.

    Il dit entre autre que le choix canadien a toujours été de nier l’existence de la voix Québécoise, non pas parce qu’elle n’est pas légitime, mais parce qu’elle menace l’unité canadienne.

    Par contre, il croit que la non-reconnaissance, augmente la tension et donne des arguments aux séparatistes plutôt que de favoriser une véritable unité reconnaissant la différence.

    Enfin, le troisième texte, c’est celui de Charles Taylor, la Politique de reconnaissance qui met en lumière les effets de la non-reconnaissance sur les groupes minoritaires.

    Il y fait notamment l’argument que la minorité non-reconnue fini par intégrer la vision négative que le groupe majoritaire se fait de la minorité. Autrement dit, le groupe minoritaire finirait par devenir ce que le groupe majoritaire croit qu’ils sont.

    Je croyais que cela pourrait stimuler votre réflexion sur le sujet, notamment aux effets de notre regard parfois méprisant ou “tolérant” sur les minorités et le fait que nous, en tant que groupe majoritaire et à la fois minoritaire, sommes à la fois victimes et bourreaux.


  4. Alain B. dit:

    Merci Capitaine.

    Je n’arrive malheureusement même pas à trouver le temps de compléter les lectures que j’affiche dans mon sidebar.

    Mais merci pour les suggestions, je les gardent en tête.


  5. La Longueuilloise dit:

    Je viens de vous ajouter dans ma blogoliste.


  6. Alain B. dit:

    Merci. Vous êtes déjà dans celle que je suis à mettre au point. elle apparaitra dès que je termine l’élaboration de mon nouveau sidebar. (les listes qui s’y trouvent aujourd’hui sont terriblement passé date)

Dites ce que vous pensez: