Crimes d’honneur et… multiculturalisme?

Cette histoire est tout à fait toublante et horrible… je n’ai pas le talent nécessaire pour évoquer en mots ce que je ressens (et encore moins le désir d’essayer), c’est trop horrible.

Mais je suis aussi passablement troublé par la teneur des commentaires et analyses que cette histoire provoque aujourd’hui dans les sphère médiatiques et citoyennes. Quoi qu’à ce stade-ci, ça ne devrait plus me surpendre… car là, vraiment, tous les ingrédients y sont. Je suis bien forcé d’admettre qu’en combinant les mots « famille montréalaise d’origine afghane » et « crime d’honneur », on touche au nerf le plus sensible de la relation incertaine qu’entretient une bonne part me ma société avec certains de ses nouveaux arrivants. En plus que chaque détail de l’histoire révélé jusqu’ici vient parfaitement alimenter toutes les pires craintes et préjugés entretenus envers ce groupe (la très vaste majorité du temps sans réel fondement).

Mais voilà, il s’agit d’une histoire, une seule. Et nous ne nous aidons pas (je dirais même que nous nous faisons un grand tort) en croyant qu’elle est représentative de toute une communauté… ou encore symptomatique d’un quelconque « problème de société » ou « d’intégration culturelle » qu’on pourrait contrôler où éviter si seulement on arrivait à mettre en place les bonnes politiques.

Ce matin j’entendais Christain Dufour à la radio en réaction à cette histoire dénoncer le réflèxe de notre culture de vouloir tant se montrer « ouvert à l’autre » que l’on n’ose pas insister sur certaines balises propres à notre culture. Puis, ce fut le tour de Djemila Benhabib, auteure de Ma vie à contre Coran, de pointer du doigt « le multiculuralisme » et d’insister sur le fait qu’il faut envoyer un message clair « à l’opresseur » que certains de ses gestes à l’egard des femmes « ne sont pas convenables dans la société dans laquelle nous vivons » (citation complète à la 2e minute de l’entretien). …Et je passe outre la surenchère de routine des suspects habituels qui commencent à devenir tristement prévisibles.

Pour ma part, j’ai peine à faire le lien. Faisant partie des partisans farouche de « l’ouverture à l’autre » comme moyen d’enrichir et de faire fleurir ma culture (autant sur le plan collectif que personnel), je puis vous assurer que mon attitude « d’ouverture » ne s’étend pas à la tolérence de gestes ou d’attitudes où l’on considère les femmes comme subordonnées aux hommes. Et je ne connais personne qui pousse son « réflexe d’ouverture » à ce point. Je ne vois pas non plus en quoi nos politiques de multiculturalisme, ni le principe qui les sous-tend, envoient le message que notre société tolère qu’une femme soit traitée comme une esclave, une citoyenne de seconde classe ou même autrement qu’avec le respect et la dignité dûs à tout être humain.

À ce que je sache, tout est en place dans notre société pour qu’une femme qui veut revendiquer ses droits puisse le faire. Nous avons aussi tout en place pour qu’une femme qui se sent menacée dans son intégrité physique (et psychologique) puisse trouver refuge et commencer à prendre en main l’autonomie et la liberté qui lui revient de droit. Et si on me montre des lacunes dans ce système, je serai le premier à revendiquer son amélioration.

Et en ce qui concerne le meurtre de jeunes filles, je ne vois pas en quoi l’attitude de notre société pourrait être plus clair; c’est un crime impardonable méritant les peines les plus sévères infligées par notre système. Les considérations culturelles (multi ou autre) n’ont rien à y voir. [Si la cour ordonne que les questions d’ordre culturel soient traitées comme un « facteur atténuant » dans la considération de la sentence, comme ce fut la cas il y a plusieurs années dans ce cas, présidé par la très controversée (aujourd’hui ex) juge Andrée Ruffo Raymonde Verreault, d’un père musulman qui viola sa fille à plusieurs reprises… mais sans la dépuceler (je n’en dis pas plus), croyez moi, je serai le premier à monter au baricades contre ce principe. Mais je doute sérieusement que ça se produise ici.] Je vois difficilement quel message plus clair on peut envoyer dans des cas comme celui-ci qu’une sentence de prison à vie pour ceux qui ont participé à perpétrer (et à dissimuler) cet acte ce crime abominable.

Dans son entretien avec Franco Nuovo, Mme Benhabib mentionne que les sociétés occidentales « ont nettement évolué quant à l’égalité entre les hommes et les femmes ». Et que « aujourd’hui, il est indéniable que l’égalité fait partie de notre culture ». Je suis bien d’accord avec elle sur ce point et je n’hésite pas à le célébrer. Et pourtant, malgré cette évolution, malgré la place de plus en plus établie que prend ce principe dans notre culture nous sommes encore régulièrement confrontés à toutes sortes d’histoires horribles de conflit familiaux et conjugaux menant aux tragédies les plus incompréhensibles. Quel que soit le « degré d’évolution » de notre moralité occidentale, quel que soit le système que nous nous donnons, nous ne réussirons jamais à complètement prévenir les occasionels excès de la folie du côté sombre de la nature humaine.

Je ne dis pas que nous ne pouvons pas élaborer un système… mettre en place des politiques pour prévenir ce genre de crime et protéger les innocents. Je dis que ce système existe déjà… que ces politiques sont déjà en place et que malgré nos meilleurs efforts, elles ne fonctionneront jamais parfaitement. Je dis surtout que nous ne pouvons pas aller plus loin sans devenir « l’opresseur » qu’on cherche à banir.

C’est le temps de prendre un grand respire et de laisser la justice suivre son cours. En espérant qu’elle soit exemplaire ici.

Facebook et la CIA? Bouse de vache!

C’est la Saint-Jean… et cette histoire iranienne qui a tant capturé mon âme depuis deux semaine ne sera finalement pas une pièce en un acte (et reste encore à voir s’il s’agira d’un récit héroïque ou d’une tragédie)… J’avais donc l’intention aujourd’hui de retourner ce blogue à ses couleurs originales, mais après un tour d’horizon rapide de ce qui se dit au sujet de l’Iran dans la sphère d’ici, j’ai décidé que le vert en appui au manifestants au peuple iranien restera encore un temps.

J’avoue que j’ai été plutôt déçu de constater le peu de réactions à la situation iranienne dans les billets qui défilent le long de la section de mon aggrégateur RSS dédié à la “sphère d’ici” depuis que toute cette histoire a commencé. Et encore plus déçu que les réactions que j’y vois expriment principalement du scepticisme face à la nature du mouvement de réforme et à l’intégrité des infos qui se rendent jusqu’à nous.

Je pense principalement à AntiPollution qui n’a pas compris que ce mouvement dépasse largement la personne et les ambitions de celui qui en est (symboliquement) à sa tête. C’est peut-être vrai que Mir Hossein Moussavi est tout autant investit dans la survie du régime islamique, de l’état iranien et de ses institutions que ses soi-disants adversaires au pouvoir… et c’est vrai qu’une partie de l’histoire ici est celle d’une élite dirigeante sérieusement divisée se batant pour le contrôle absolu du même “état pourri”. Mais je crois que ce que l’intensité du mouvement spontané avant l’élection ainsi que la férocité et l’étendu de la contestation après l’annonce de résultats si clairement bidons démontrent, c’est que si c’est vrai que Moussavi ne faisait qu’initialement “exploiter” le désir de libéralisation de la population simplement pour “être caliphe à la place du caliphe”, les forces qu’il a libérées le dépassent maintenant autant qu’elles dépassent le régime. Et pour le moment, Moussavi est davantage le pion des désirs du peuple que le contraire. Maintenant, si tout ceci finit par se solder en sa faveur, il n’a plus le choix, s’il veut régner, que de réformer le système qu’il tient à présever dans le sens des désir de la population (ça s’apelle la démocratie). De toutes façons, quoi qu’on pense de Moussavi, Rafsanjani et les autres et de leurs motivations, les motivations de millions d’Iraniens de tout acabit qui veulent une démocratie digne du nom et qui protestent depuis 10 jours, elles, sont sincères et méritent notre appui et notre solidarité, pas notre cynisme.

Mais me voilà déjà à 400 mots et je n’ai pas encore touché au vif du sujet dont je voulais traiter en vous écrivant aujourd’hui:

Ma plus grande déception fut de tomber ce matin sur ce billet de Renart L’éveillé où il met en doute (du moins en partie) l’image donnée par le spectacle de Twitter-Réalité par lequel la majorité de l’information nous est parvenu, Twitter étant un des seuls trous que le régime n’a pas réussi à bloquer, pour ensuite mettre sur la table (sans complètement l’endosser) la théorie du complot de CIA qui participerait activement à fomenter la révolte et à en manipuler l’image pour la consommation occidentale via toutes ces mêmes nouvelles technologies de communication et de résautage social qui font justement la force de la résistance iranienne actuelle.

[12h30: Zut! J’écris trop lentement! Je dois interrompre l’écriture de ce billet, c’est la Saint-Jean et je dois me rendre à un BBQ… Mais ceci n’est qu’une intro… j’y reviendrai (avec corrections et plus de liens) ce soir ou demain; j’entend aussi contester sur une base factuelle certains trucs dans le billet de Renart. D’ici là, réserver vos commentaires… Et bonne Saint-Jean!!!]

50% du budget pour 12% de la population? Vraiment?

Louis Préfontaine de L’Électron Libre accroche sur le passage suivant d’un papier d’Yves Beauchmein du Devoir portant sur une controverse linguistique au Collège Édouard-Montpetit:

Que les locuteurs français ne forment que 2 % de l’Amérique du Nord est sans importance. Notre fragilité ne doit pas nous empêcher d’être charitables. Voilà pourquoi, par exemple, dans le dossier des deux méga-hôpitaux de Montréal, le gouvernement offre 50 % des budgets aux 12 % de la population que constitue la minorité anglophone (langue maternelle) dans la région métropolitaine. […] La bonasserie est plus près de la bêtise que de la bonté.

…et en profite pour porter la réflexion plus loin:

Le problème est la suivant: les anglophones au Québec (langue maternelle) ne représentent que 7,9% de la population. Comme le demande Beauchemin avec justesse, pourquoi financerait-t-on « leur » méga-hôpital à la même hauteur que celui des francophones? Ce faisant, ne lance-t-on pas le message que les anglophones ont davantage droits à la santé que les francophones? […] Au regard de la construction de centres de santé hyper-spécialisés dans l’optique du Québec de demain, les anglophones reçoivent près de sept fois plus de financement que les francophones, per capita. Prépare-t-on un Québec de demain où les francophones seront moins nombreux, voire minoritaires?

Selon moi, il s’agit là d’un raisonnement tout-à-fait pervers.

Le problème, je crois, viens du fait que MM. Beauchemin et Préfontaine semblent se faire une idée bien …archaïque de ce que constitue un hôpital « anglophone » dans le Québec d’aujourd’hui. Clairement, ni un ni l’autre n’y a mis les pieds ces 20 dernières années. Peut-être parce qu’ils croient (comme plusieurs de mes concitoyens et j’hésite à défaire le mythe de peur de voir s’engorger l’urgence du Jewish qui m’a si bien servi depuis tant d’années) qu’on ne peut y être servi qu’en anglais.

En tant que montréalais francophone qui a presque toujours vécu en proximité de ces institutions et s’est prévalu de leurs services à maintes reprises, je puis vous affirmer en toute certitude que rien n’est plus loin de la vérité.

En fait, les hopitaux dits « anglophones » ne sont pas là pour servir exclusivement les anglophones, ils sont là pour servir la population dans son ensemble et ce, en français. C’est seulement qu’ils offrent aussi un service en anglais (en conformité avec les « droits ancestraux » de la communauté anglophone du Québec d’avoir ses propres institutions de santé et d’éducation. Droits qui, à ce que je sache et corrigez moi si j’ai tort, sont reconnus jusque dans la sacrosainte charte québécoise!)

Sérieusement, je met quiconque au défi de visiter le Jewish, le Montreal General ou le Royal Vic et de réussir à avoir de la difficulté à se faire servir en français. C’est à peu près impossible (contrairement au centreville de Montréal qui, je l’avoue, commence à faire vraiment pitié sur ce plan). …à moins que l’occasionel accent anglais (parfois assez prononcé) vous pose problème, mais dans ce cas, dites vous que l’anglophone visitant la même institution rencontre deux fois plus souvent le même problème, mais à l’inverse. Les employés de ces hôpitaux sont à grande majorité des francophones qui parle anglais avec un accent. En fait il serait plus précis, dans le cas de ces institutions, de parler d’hôpitaux bilingues.

Il est donc faux (ou du moins extrêmement trompeur) dans le dossier des « super-hôpitaux » d’affirmer que le gouvernement « réserve 50% du financement pour servir 12% de la population » ou, comme Louis le fait, que « les anglophones reçoivent près de sept fois plus de financement que les francophones, per capita. »

Une façon plus juste de présenter la chose serait comme suit:

Le gouvernement finance et met sur pied deux « super-hôpitaux » (ce qui, pour toutes sortes de raisons, entre autres une saine rivalité dans la quête d’excellence, est mieux qu’un seul) offrant un service en français à 100% de la population et dont un seul sera configuré pour répondre aux droits linguistiques d’une communauté minoritaire que notre société a choisie de reconnaitre officiellement.

Dit comme ça, est-ce que ça vous pose encore un problème?

On peut certainement débattre de la validité et de la sagesse de cette reconnaissance (et je prendrai sa défense), mais de grâce, faisons le franchement, pas en fabriquant des hommes de paille et en citant de fausses « injustices ».

Y a-t-il un docteur dans la salle?

Arrive un moment dans la vie où même si l’on se sait privilégié d’avoir habité presque toute sa vie tout près de l’hôpital bénificiant du plus important appui complémentaire venant de contributions privées de toute la province et qu’on est très heureux des services reçus à ce jour, on réalise que si on a envie de continuer à garder une santé adéquate, on ne peut plus simplement ignorer les petits malaises passagers et compter sur les services hors-pair de l’urgence du Jewish pour régler les plus gros… (comme je l’ai encore fait la semaine dernière, suite à un trouble gastro-intestinal qui refusait de s’atténuer) …on réalise que, passé un certain âge, la « santé » n’est plus une norme acquise de laquelle on déroge à l’occasion, mais plutôt un objectif de plus en plus difficile à atteindre qui exige un effort grandissant et un certain… suivi.

Ce qui me mène à la question (semi-)existentielle suivante:

Dans notre beau, grand, merveilleux et ô combien universel système public de santé, mettons qu’un célibataire approchant la quarantaine se cherche un « médecin de famille »… tsé, quelqu’un qui peut le « suivre » au fil des bobos et des malaises de plus en plus nombreux qui l’attendent desormais sur la pente, hélas, descendante que sera le reste de sa vie sur ce plan… par où il commence?

Y’a-tu des médecins dans les Pages Jaunes?

Euh… en fait, ça existe-tu encore les Pages Jaunes?

Pfff… Il commence à se sentir vieux le bonhomme.

Le voile dans la fonction publique: médias en manque de controverse?

Voilà, ce matin en écoutant la radio, j’entend une nouvelle voulant que la Fédération des femmes du Québec se prononce officiellement contre l’adoption d’une loi interdisant le port de symboles religieux (lire: le voile islamique) dans la fonction publique.

Soit. Bravo. J’en suis bien content. Ceux qui suivaient ce blogue lors de ses premiers balbutiements savent bien l’allergie violente que j’ai à l’égard du courant d’intégrisme laïc qui a (hélas trop) tendance à dominer le discours dans ma société. Ma réaction à l’entente de cette “nouvelle” ce matin fut donc quelque chose comme ce qui suit:

Ah non! Pas encore, cal*sse! Veux-tu bien me dire quelle gang de twiterons se sont mis dans leurs petites têtes bornées que la société a besoin d’une telle loi? C’est quoi l’affaire? Pourquoi redémarrer la controverse maintenant? On a pas eu assez de Bouchard-Taylor? Une loi? À l’assemblée nationale? Je gage que c’est encore les know-nothing de l’ADQ… ou alors c’est l’initiative d’un backbencher insignifiant quelconque… en tous cas, j’espère que ça vient pas du gouvernement! Jouer la carte du psychodrame identitaire en pleine crise économique… have they lost their f***ing minds?!

Ce midi, je décide d’enquêter plus en détail… je veux lire le texte du projet de loi, savoir ce qu’il implique réellement …et savoir qui est derrière. Question de monter aux bonnes barricades… et de pisser sur les bons souliers.

Tout ça pour apprendre que ce projet de loi n’existe pas.

Il n’y a tout simplement pas de tel projet de loi à l’agenda. Et personne, aucun parti, aucun député d’arrière banc, pas même le solidaire solitaire de Khadir ne parle d’en mettre un de l’avant.

C’est juste qu’après avoir été divisée et incapable de prendre position sur cette question lors des travaux de la commission Bouchard-Taylor, la FFQ est (enfin) arrivée au bout de sa looooooongue reflexion pour nous annoncer (2 ans plus tard!!!) que finalement, ils sont pour le port du voile dans la fonction publique.

Bon. Ok. Maintenant que je sais de quoi il retourne, deux commentaires:

1. Y’était temps, ’stie.

2. Ça compte comme une nouvelle, ça?